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Lien entre les différentes communautés nigériennes et amis du Niger réparties de par le monde. Boubacar Guede
Mis à jour : il y a 1 heure 57 min

L’Ambassadeur de l’Union Européenne(UE) dresse le bilan de la Coopération UE-Niger : ‘’Le Niger est indiscutablement aujourd’hui un partenaire privilégié de l’Union Européenne’’, déclare M. Raul Mateus Paula

09/12/2016

SEM. Raul Mateus Paula, Ambassadeur de l’Union Européenne(UE) au Niger Excellence Monsieur l’Ambassadeur, comment se portent les relations entre l’Union Européenne et le Niger en cette fin d’année 2016, et quels en ont été les faits marquants?

Je crois pouvoir dire que les relations entre l’Union Européenne et le Niger sont excellentes. Le Niger est indiscutablement aujourd’hui un partenaire privilégié de l’Union Européenne. Cette relation privilégiée s’inscrit dans une communauté de vues sur de nombreux sujets qui touchent à la fois le Niger et la sous-région, nécessitant un partenariat ouvert et un dialogue politique permanent au niveau approprié.

Cette communauté de vues commence par l’analyse des défis de court et moyen termes auxquels le pays doit faire face. Je parlerai rapidement des défis ‘’exogènes’’ tels que les défis économiques, la chute des prix des matières premières et la situation économique du Nigeria, des défis climatiques qui menacent les potentialités agricoles du pays et risquent d’entrainer des mutations profondes, et bien entendu des défis sécuritaires aux frontières du pays, dont le coût financier, humain et les conséquences humanitaires sont désastreuses aujourd’hui. Je n’oublie pas les ‘’défis endogènes’’ importants que les autorités ont également parfaitement identifiés, tels que les défis sociétaux, pour que le pays s’engage résolument dans la voie d’une transition démographique nécessaire, les défis institutionnels relatifs à la gouvernance et aux nécessaires réformes structurelles qui devront permettre à la totalité de la population de bénéficier de la sécurité à laquelle elle aspire, ainsi que des services de base dans le domaine des soins, de l’éducation, des transports, de l’énergie….

Notre partenariat consiste avant tout à travailler ensemble pour permettre à l’Union Européenne, ainsi qu’aux autres partenaires du Niger, de contribuer aux plans de réponse élaborés par les autorités pour faire face aux défis mentionnés. Il s’agit donc d’établir un dialogue sectoriel régulier, permanent et ouvert pour garantir que les réponses soient à la hauteur des enjeux.

Enfin, ce partenariat doit être conduit dans le cadre d’un dialogue politique permanent. C’est mon rôle en tant qu’ambassadeur de l’Union Européenne de conduire ce dialogue en étroite collaboration avec mes collègues représentants les Etats-membres de l’UE au Niger. C’est aussi l’objet des nombreuses missions effectuées par les plus hautes autorités de l’UE à Niamey, ainsi que des rencontres régulières à l’occasion des différents sommets internationaux auxquels nous participons ensemble avec le Niger. C’est ainsi que Madame Mogherini, notre Haute représentante pour la politique étrangère a effectué au Niger son premier déplacement en Afrique en Septembre 2015. Cette visite a été suivie de nombreuses autres missions de haut niveau. Enfin, j’ai transmis, il y a quelques jours, une correspondance du président de la Commission Européenne, M. Jean-Claude Juncker, invitant SEM. le Président de la République, Issoufou Mahamadou à se rendre à Bruxelles.

Avant d’aborder ses aspects thématiques ou sectoriels, veuillez nous présenter les grandes lignes de cette coopération entre l’Union Européenne et le Niger?

Le programme de coopération est décidé conjointement entre la Commission Européenne et le Gouvernement nigérien, représenté par le Ministre des Finances, Ordonnateur national du Fonds Européen de Développement (FED), principal instrument de financement de ce programme.

Celui-ci est formalisé dans un document de programmation pluriannuelle, le Programme Indicatif National (PIN), dont nous démarrons actuellement la mise en œuvre qui porte sur la période 2014-2020 (11ème FED) et qui s’articule sur le Programme de Développement Economique et Social du Niger (PDES) et en reflète les priorités. En résumé, notre programme de coopération porte sur quatre secteurs principaux que sont la sécurité alimentaire et nutritionnelle et la résilience ; le renforcement de la capacité de l’Etat pour la mise en œuvre des politiques sociales, y compris le renforcement de la gestion des     finances publiques, la sécurité, la bonne gouvernance et la consolidation de la paix et,     finalement, le désenclavement de régions affectées par l’insécurité et le risque de conflit.

Une attention particulière est accordée aux appuis à la société civile et aux jeunes, à la lutte contre la radicalisation et aux valeurs démocratiques. Outre l’approche projet, l’appui budgétaire est une modalité importante de mobilisation de l’aide communautaire. A côté du PIN, il y a un Programme Indicatif Régional (PIR) dont le Niger est un des bénéficiaires. On y retrouve, à l’échelle régionale, certaines des priorités du PIN (sécurité alimentaire, paix et sécurité) et des thématiques telles que la conservation et la gestion durable des ressources naturelles, le développement d’infrastructures et de l’énergie, ainsi que du secteur privé et de l’intégration commerciale.

A cela s’ajoute le fonds fiduciaire de stabilité pour la migration en Afrique qui a été lancé lors du Sommet Europe-Afrique sur la migration, tenu à La Valette, en novembre 2015 et qui prend une importance croissante pour s’attaquer aux différentes dimensions de la migration irrégulière.

Veuillez nous éclairer sur l’option de l’appui budgétaire que l’UE privilégie de plus en plus dans le soutien qu’il apporte à l’Etat du Niger. Pourquoi cette option et quel apport pour le Niger, notamment en 2016 ?

L’appui budgétaire est une modalité avancée d’octroi de l’aide au développement, mais il ne faut pas penser qu’il s’agit d’un chèque en blanc. L’appui budgétaire n’est pas non plus accordé à tous les pays. Il est soumis à une série de critères d’éligibilité qui doivent être remplis avant et durant la mise en œuvre du programme, et ses conditions doivent être satisfaites avant que les paiements ne soient effectués. L’appui budgétaire est fourni pour servir de ‘’vecteur de changement’’ en vue de répondre aux défis posés par le développement ; c’est un moyen de fournir une aide de meilleure qualité et de parvenir aux résultats escomptés en matière de développement durable.

En fait, le transfert de fonds sur le compte du Trésor n’est qu’un des éléments des programmes d’appui budgétaire qui se focalisent aussi sur le dialogue, l’évaluation des performances et le renforcement des capacités, sur la base d’un partenariat et d’une redevabilité mutuelle.

Dans le cas du Niger, il a été considéré que l’appui budgétaire devait être l’instrument privilégié pour la mise en œuvre du 11ème FED. Une fois les conditions remplies et le décaissement effectué, l’utilisation des fonds de l’appui budgétaire se fait conformément aux systèmes de gestion des finances publics nationaux. La gestion des ressources provenant de ce transfert incombe à l’Etat nigérien. A notre avis, c’est la meilleure approche pour renforcer les capacités nationales, minimiser les coûts de transaction et optimiser la redevabilité, évitant la création des systèmes parallèles, souvent lourds et coûteux.

L’appui budgétaire est donc en totale harmonie avec les principes et les engagements pris dans le cadre de la Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide (2005), du Programme d’Action d’Accra (2008) et du Partenariat de Busan pour une coopération efficace au service du développement (2011). Pour la mise en œuvre du 11ème FED au Niger, nous avons déjà identifié trois nouveaux programmes d’appui budgétaire pour un montant total de 362 millions d’euros, soit environ 237 milliards de FCFA, auxquels vient s’ajouter un programme financé par le Fonds Fiduciaire d’Urgence pour la migration d’un montant de 20 millions d’euros, soit environ 13 milliards de FCFA.

Parmi ces programmes, on trouve de l’appui budgétaire général et aussi sectoriel, centrés en particulier sur la sécurité alimentaire, la nutrition, l’éducation, la justice, la sécurité et la gouvernance.

A titre d’exemple, dans le domaine de la sécurité alimentaire, l’Union Européenne accompagnera l´Etat du Niger à travers la mise en œuvre d´un contrat de réforme sectoriel d´un montant de 203 millions d’euros, soit plus de 133 milliards de FCFA, couvrant la période de 2016 à 2020. Pour l’année 2016, les cinq programmes d’appui budgétaire en cours comportent 23 objectifs. Nous sommes en train d’analyser le degré d’atteinte de ceux-ci pour déterminer le montant à décaisser, qui pourrait avoisiner, au total, les 70 milliards de FCFA, soit 107 millions d’euros.

Le respect des Droits de l’Homme est une valeur fondamentale de l’UE qu’elle a toujours promue et défendue. Le 10 décembre est la journée internationale dédiée aux Droits de l’Homme. Quel est le message de l’UE à cette occasion, et quel est l’état des relations entre l’Union Européenne et le Niger sur ce volet ?

Nous célébrons effectivement ensemble la journée internationale des Droits de l’Homme, dont le slogan défini cette année par le Haut-Commissaire aux droits de l’Homme des Nations Unies rappelle que la défense de ces droits est une responsabilité individuelle; il appelle «chacun à défendre les droits de quelqu’un». Mais au-delà, il s’agit aussi d’un engagement collectif, dans lequel l’UE entend jouer un rôle de premier plan, dans le cadre de la nouvelle stratégie globale pour la politique étrangère et de sécurité de l’UE lancée en juin 2016. Je voudrai faire référence au rapport de la session de l’Examen Périodique Universel des droits de l’Homme qui, pour le Niger, s’est tenue en janvier de cette année.

Ce rapport souligne les progrès accomplis par le Niger depuis 2011 et constate la mise en œuvre de pratiquement toutes les recommandations faites lors de l’examen précédent. Nous en félicitons les autorités. Pour autant, l’Union Européenne reste très vigilante sur cette question, et déterminée à soutenir les institutions ainsi que les Organisations de la Société Civile (OSC) qui œuvrent pour compléter et poursuivre les efforts déjà fournis. Nous pensons en particulier à la gouvernance financière et aux droits de la femme et de l’enfant. Nous avons salué l’adoption de la nouvelle loi précisant les attributions et le fonctionnement de la Haute Autorité à la Lutte contre la Corruption et les Infractions Assimilées (HALCIA), et nous continuons de soutenir le Ministère de la Justice pour que le citoyen, y compris dans les zones reculées du pays, puisse avoir accès à la justice qu’il réclame. Enfin, concernant les Droits de la femme, ce point est pour nous très important, car il est interdépendant avec d’autres enjeux cruciaux, tels que l’éducation, la santé reproductive, l’application intégrale du droit et de la Constitution. Nous soutenons activement les engagements pris par le Président de la République dans son Programme Renaissance II, et apportons notre appui à tous les ministères engagés, y compris le Ministère de la Renaissance culturelle. Nous avons également décidé cette année de soutenir directement la Commission Nationale des Droits Humains (CNDH) à travers une convention signée à l’occasion de cette journée internationale, lui permettant ainsi de jouer pleinement son rôle.
Les infrastructures constituent un des secteurs essentiels dans lequel l’UE intervient au Niger.

On vous a vu lancer des travaux d’infrastructures de santé et de transport, notamment les routes. Et tout récemment, l’UE s’est engagée dans une étude de faisabilité pour doter la ville d’Agadez d’une centrale électrique. Pourquoi cet intérêt pour les infrastructures ?

Effectivement, les infrastructures sont un des axes majeurs de la coopération avec le Niger. Et à ce niveau, l’appui de l’UE concerne les routes, les structures sanitaires et l’énergie.

S’agissant de l’infrastructure routière, il faut souligner que le Niger fait partie des rares pays à bénéficier encore, exceptionnellement, de l’appui de l’Union Européenne dans ce domaine qui est inscrit comme secteur de concentration dans le Programme Indicatif National (PIN) du 11ème FED, avec un montant de 90 millions d’euros, soit plus de 59 milliards FCFA, prévu à cet effet.

Il faut noter qu’il s’agit d’un enjeu économique majeur qui conditionne la circulation des personnes et des biens, mais aussi les échanges commerciaux, en particulier les produits de la terre, ressources essentielles du pays. Depuis ces 15 dernières années, l’UE a mobilisé plus de 180 milliards de FCFA pour ce secteur, avec comme résultat environ 1000 km de routes bitumées dont quelque 800 km sur la RN1 entre les régions de Tillabéry et de Zinder, et environ 300 km sur l’axe Trans-saharien, sans oublier les efforts pour désenclaver les zones rurales au Nord.

Toutefois, construire des axes de communication et des vecteurs d’échanges économiques est une chose, mais entretenir ces atouts majeurs pour le pays est tout aussi important. C’est la raison pour laquelle nous travaillons également avec les autorités pour que ces investissements perdurent, grâce à des réformes institutionnelles qui garantissent la soutenabilité de notre aide dans ce domaine. Nous militons en particulier pour la création d’une agence d’entretien routier, la création d’une cellule autonome d’audit régulier de l’entretien routier, et la réforme de la CAFER pour lui permettre de mobiliser les ressources liées à l’entretien routier.

Les infrastructures sanitaires constituent un autre pôle d’intérêt de l’Union Européenne dont l’appui sur ce chapitre s’élève à 4,3 milliards de FCFA (6,5 millions d’euros) et concerne la construction et/ou la réhabilitation et la mise à niveau de structures sanitaires dans les régions d’Agadez, Tahoua et Tillabéry. Il s’agit précisément de trois (3) hôpitaux de district (Bagaroua, Bankilaré et Bilma), de six (6) centres de santé intégrés, à raison de deux (2) par région (Iférouane, Ingall, Tassara, Loga, Bébatan et Abala) ; et enfin du Plateau technique et bloc administratif au Centre de la Mère et de l’Enfant d’Agadez.

Dans le domaine de l’énergie enfin, le Niger fait face actuellement à un contexte régional et international difficile, notamment avec un niveau d’accès à l’énergie moderne parmi les plus faibles au monde. Cette situation s’est aggravée, notamment à Agadez, par la surpopulation que génèrent les flux de migrants qui séjournent dans la région.

Afin d’apporter une amélioration substantielle à cette situation, les autorités nigériennes ont établi le projet de construire une centrale hybride (photovoltaïque-thermique) pour ajouter à la capacité existante fournie par la Société Nigérienne de production du Charbon (SONICHAR). C’est un projet intéressant qui nous projette résolument dans l’énergie solaire, une potentialité très prometteuse au Niger. Nous finançons une étude de faisabilité dont les travaux ont démarré le 21 novembre 2016 et prendront fin en mars 2017. Elle devrait servir de base pour le financement, conjointement par la Commission Européenne et l’Agence Française de Développement (AFD), de la construction de cette centrale.

Un des domaines dans lequel l’UE s’implique davantage au Niger et dans le Sahel, c’est la sécurité. Pouvez- vous nous faire le point sur les réalisations opérées dans ce secteur et, de façon plus spécifique, sur les actions de la mission EUCAP Sahel Niger ?

Vous avez raison de souligner cette implication croissante de l’UE dans le domaine de la sécurité. La raison essentielle qui explique cette orientation repose sur deux facteurs convergents.

En premier lieu, la prise de conscience aujourd’hui bien établie que sécurité et développement sont interdépendants, voire consubstantiels. Kofi Annan l’a dit il y a bien longtemps, mais cette prise de conscience conduit aujourd’hui l’UE à appréhender son action de façon plus globale dans le cadre de ce que nous appelons le nexus développement-sécurité. Cette approche consistant à faire de l’UE un acteur politique dans le cadre d’une approche globale est aussi un des nombreux effets de l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne en Europe.

En second lieu, et dans le cadre de cette approche globale, l’UE s’efforce de mettre en œuvre de façon cohérente, ‘’holistique’’, non seulement ses instruments financiers, y compris des instruments innovants, mais également ses outils de prévention et de gestion des crises déployés à la demande des autorités d’un pays, et avec un mandat endossé à l’unanimité des 28 Etats-membres.

Comme vous l’avez dit, le Sahel a fait l’objet, en 2011, de l’adoption d’une stratégie européenne pour la sécurité et le développement au Sahel. La mission EUCAP Sahel Niger, déployée en 2012 à la demande des autorités nigériennes, est donc partie de la réponse européenne aux défis sécuritaires du Niger et plus généralement du Sahel. Cette mission vise à renforcer les capacités des Forces de Sécurité intérieure pour lutter contre le terrorisme, à apporter aux populations la sécurité que l’Etat doit leur garantir, et à combattre les différentes formes de criminalité.

Je ne veux pas décliner ici les actions menées par EUCAP. La chef de mission, Madame Kirsi Henriksson, avec laquelle je travaille tous les jours dans une collaboration très étroite et amicale, le fera certainement mieux que moi. Je veux juste souligner que cette mission fait aujourd’hui l’unanimité, tant auprès des différents partenaires bilatéraux avec qui elle interagit, qu’auprès des autorités nigériennes. Laissez-moi vous donner juste un exemple de réalisation : le dispositif de sécurité des festivités de Agadez SOKNI sera commandé et piloté depuis un PC (appelé PC Mixte), regroupant toutes les composantes engagées dans ce dispositif, et ressortissant de différents ministères. Ce PC a été créé, équipé, et entrainé en étroite collaboration avec EUCAP Sahel Niger.

Excellence, le Niger est l’un des partenaires privilégié de l’UE en matière de gestion des flux migratoires. Les récentes missions de Bruxelles et des Etats membres de l’UE au Niger, en témoignent. Concrètement, comment s’illustre ce partenariat ?

D’abord, il convient de souligner que la migration illégale est un fléau. Il suffit de regarder les chiffres des personnes qui se noient dans la Méditerranée, et d’écouter les témoignages des pauvres gens qui survivent à ce voyage. L’Europe fait face à un afflux de réfugiés et de migrants difficilement supportable pour ses opinions publiques. Elle a décidé de proposer aux pays africains concernés un cadre de partenariat visant d’une part à traiter de façon pérenne les causes de la migration, c’est-à-dire l’absence d’opportunité pour les jeunes, et d’autre part, à garantir des conditions de retour dignes et pérennes pour les migrants irréguliers. Dans ce cadre, le Niger s’est engagé dans une coopération étroite avec l’UE sur ces deux aspects. Le Président de la République a présenté un Plan d’Action lors du Sommet des Chefs d’Etat de La Valette sur la migration en novembre 2015. Nous travaillons avec tous les partenaires concernés à la mise en œuvre de ce Plan d’Action qui est en cours de mise à jour. Bien entendu, ce travail fait l’objet d’un dialogue politique au plus haut niveau, qui explique les visites que vous avez mentionnées, et que les médias ont rapportées. Un fonds fiduciaire a été créé par l’UE lors du Sommet de La Valette, et nous avons déjà engagé un montant de 105 millions d’euros (plus de 68 milliards de FCFA) sur des programmes que l’on peut décliner sur trois axes :

Le renforcement des capacités des Forces de Sécurité à assurer le contrôle de ses frontières et de son territoire, et à lutter contre les trafics illicites que la migration génère. Je veux, ici, insister sur le fait que nous partageons tous le constat que les migrants sont des victimes, et en aucun cas des coupables, et c’est sur la base de ce constat partagé que nous travaillons.

Les alternatives au profit des communautés qui vivent de ce que j’appellerai ‘’l’économie parallèle’’ de la migration, ainsi qu’au profit des populations qui sont encore tentées de partir vivre dans des conditions dégradantes vers le Nord de l’Afrique.

L’aide au retour et à la réinsertion dans leurs pays d’origine des migrants qui, sur une base volontaire seulement, acceptent de renoncer à ce voyage. Il est important de souligner que ces programmes ne remettent pas en cause le principe établi de la libre circulation des ressortissants de la CEDEAO. Ces programmes visent en particulier la région d’Agadez, mais aussi celles de Tahoua et de Zinder.

Nous évaluerons régulièrement ces programmes, ainsi que les besoins additionnels au sein du cadre de concertation sur la migration qui a été créé par décret pour regrouper tous les acteurs de ce dossier sous la co-présidence des Ministres de l’Intérieur et de la Justice.

En termes de perspectives, quels sont les chantiers imminents ou à venir dans les interventions de l’Union Européenne au Niger ?

Des conventions de financement viennent d’être approuvées pour 470 millions d’euros, soit plus de 308 milliards de FCFA, sur un total de 596 millions d’euros, c’est-à-dire plus de 390,9 milliards de FCFA du 11ème FED (2014-2020). Celles-ci concernent les secteurs prioritaires prévus dans le programme de coopération décidé conjointement avec le Gouvernement, comme expliqué plus haut. Il s’agit notamment de poursuivre les importants efforts déjà consentis en matière de sécurité alimentaire et de résilience à travers une production alimentaire accrue et durable, une meilleure maîtrise de l’eau, le renforcement des capacités de prévention et de réponse face à l’insécurité alimentaire (203 millions d’euros, soit plus de 133 milliards de FCFA). Un autre important secteur d’intervention est le renforcement de la capacité de l’Etat de mettre en œuvre des politiques sociales. Dans ce cadre, un important programme de réforme du secteur de l’Education (77 millions d’euros soit plus de 50 milliards de FCFA) va être lancé. La maîtrise démographique, une priorité présidentielle, est également prise en compte. Le renforcement de la gestion des finances publiques va se poursuivre. Le troisième secteur dans lequel l’appui européen est reconduit touche aux questions de sécurité, bonne gouvernance et consolidation de la paix (82 millions d’euros soit plus de 53 milliards de FCFA). Cela se fait notamment à travers l’appui aux capacités des Forces de Sécurité Intérieure en matière de lutte contre la migration illégale et de contrôle aux frontières (en complémentarité avec les actions entreprises dans le cadre du fonds fiduciaire de stabilité pour la migration et de l’action de l’opération d’EUCAP Sahel Niger).

Un autre volet de cet appui bénéficie au secteur de la justice, notamment l’appui à l’Agence Nationale de Lutte contre la Traite des Personnes (ANLTP). Finalement, comme déjà mentionné dans une question précédente, le dernier important secteur de concentration qui continuera à bénéficier d’un appui dans le futur est celui du désenclavement des zones affectées par l’insécurité et le risque de conflits. Il s’agit d’abord d’un important programme de construction et de réhabilitation d’infrastructures routières (routes et pistes). C’est ainsi que le 11ème FED considère entre 2017 et 2020 la construction de 469 km de la route en terre en allant de la frontière Mali (Agendour) à Ingall (région d’Agadez) en passant par les départements de Tillia, Tchintabaraden et Tassara (région de Tahoua).

De même le tronçon de 48 km de Zinder à Bakin Birji et probablement le tronçon Bakin Birji - Tanout (95km) sont prévus. Leurs positions sur l’axe de la Transsaharienne, entre Zinder et Agadez, va avoir un important impact positif sur cette région.

En dehors de cette aide «programmée», il convient d’ajouter plusieurs autres contributions additionnelles importantes dont le Fonds Fiduciaire de Stabilité pour la Migration lancé lors du Sommet de La Valette de novembre 2015, mentionné plus haut et qui monte progressivement en puissance.

Onep
09 décembre 2016
Source : http://lesahel.org/

L’Ambassadeur de l’Union Européenne(UE) dresse le bilan de la Coopération UE-Niger : ‘’Le Niger est indiscutablement aujourd’hui un partenaire privilégié de l’Union Européenne’’, déclare M. Raul Mateus Paula

09/12/2016

SEM. Raul Mateus Paula, Ambassadeur de l’Union Européenne(UE) au Niger Excellence Monsieur l’Ambassadeur, comment se portent les relations entre l’Union Européenne et le Niger en cette fin d’année 2016, et quels en ont été les faits marquants?

Je crois pouvoir dire que les relations entre l’Union Européenne et le Niger sont excellentes. Le Niger est indiscutablement aujourd’hui un partenaire privilégié de l’Union Européenne. Cette relation privilégiée s’inscrit dans une communauté de vues sur de nombreux sujets qui touchent à la fois le Niger et la sous-région, nécessitant un partenariat ouvert et un dialogue politique permanent au niveau approprié.

Cette communauté de vues commence par l’analyse des défis de court et moyen termes auxquels le pays doit faire face. Je parlerai rapidement des défis ‘’exogènes’’ tels que les défis économiques, la chute des prix des matières premières et la situation économique du Nigeria, des défis climatiques qui menacent les potentialités agricoles du pays et risquent d’entrainer des mutations profondes, et bien entendu des défis sécuritaires aux frontières du pays, dont le coût financier, humain et les conséquences humanitaires sont désastreuses aujourd’hui. Je n’oublie pas les ‘’défis endogènes’’ importants que les autorités ont également parfaitement identifiés, tels que les défis sociétaux, pour que le pays s’engage résolument dans la voie d’une transition démographique nécessaire, les défis institutionnels relatifs à la gouvernance et aux nécessaires réformes structurelles qui devront permettre à la totalité de la population de bénéficier de la sécurité à laquelle elle aspire, ainsi que des services de base dans le domaine des soins, de l’éducation, des transports, de l’énergie….

Notre partenariat consiste avant tout à travailler ensemble pour permettre à l’Union Européenne, ainsi qu’aux autres partenaires du Niger, de contribuer aux plans de réponse élaborés par les autorités pour faire face aux défis mentionnés. Il s’agit donc d’établir un dialogue sectoriel régulier, permanent et ouvert pour garantir que les réponses soient à la hauteur des enjeux.

Enfin, ce partenariat doit être conduit dans le cadre d’un dialogue politique permanent. C’est mon rôle en tant qu’ambassadeur de l’Union Européenne de conduire ce dialogue en étroite collaboration avec mes collègues représentants les Etats-membres de l’UE au Niger. C’est aussi l’objet des nombreuses missions effectuées par les plus hautes autorités de l’UE à Niamey, ainsi que des rencontres régulières à l’occasion des différents sommets internationaux auxquels nous participons ensemble avec le Niger. C’est ainsi que Madame Mogherini, notre Haute représentante pour la politique étrangère a effectué au Niger son premier déplacement en Afrique en Septembre 2015. Cette visite a été suivie de nombreuses autres missions de haut niveau. Enfin, j’ai transmis, il y a quelques jours, une correspondance du président de la Commission Européenne, M. Jean-Claude Juncker, invitant SEM. le Président de la République, Issoufou Mahamadou à se rendre à Bruxelles.

Avant d’aborder ses aspects thématiques ou sectoriels, veuillez nous présenter les grandes lignes de cette coopération entre l’Union Européenne et le Niger?

Le programme de coopération est décidé conjointement entre la Commission Européenne et le Gouvernement nigérien, représenté par le Ministre des Finances, Ordonnateur national du Fonds Européen de Développement (FED), principal instrument de financement de ce programme.

Celui-ci est formalisé dans un document de programmation pluriannuelle, le Programme Indicatif National (PIN), dont nous démarrons actuellement la mise en œuvre qui porte sur la période 2014-2020 (11ème FED) et qui s’articule sur le Programme de Développement Economique et Social du Niger (PDES) et en reflète les priorités. En résumé, notre programme de coopération porte sur quatre secteurs principaux que sont la sécurité alimentaire et nutritionnelle et la résilience ; le renforcement de la capacité de l’Etat pour la mise en œuvre des politiques sociales, y compris le renforcement de la gestion des     finances publiques, la sécurité, la bonne gouvernance et la consolidation de la paix et,     finalement, le désenclavement de régions affectées par l’insécurité et le risque de conflit.

Une attention particulière est accordée aux appuis à la société civile et aux jeunes, à la lutte contre la radicalisation et aux valeurs démocratiques. Outre l’approche projet, l’appui budgétaire est une modalité importante de mobilisation de l’aide communautaire. A côté du PIN, il y a un Programme Indicatif Régional (PIR) dont le Niger est un des bénéficiaires. On y retrouve, à l’échelle régionale, certaines des priorités du PIN (sécurité alimentaire, paix et sécurité) et des thématiques telles que la conservation et la gestion durable des ressources naturelles, le développement d’infrastructures et de l’énergie, ainsi que du secteur privé et de l’intégration commerciale.

A cela s’ajoute le fonds fiduciaire de stabilité pour la migration en Afrique qui a été lancé lors du Sommet Europe-Afrique sur la migration, tenu à La Valette, en novembre 2015 et qui prend une importance croissante pour s’attaquer aux différentes dimensions de la migration irrégulière.

Veuillez nous éclairer sur l’option de l’appui budgétaire que l’UE privilégie de plus en plus dans le soutien qu’il apporte à l’Etat du Niger. Pourquoi cette option et quel apport pour le Niger, notamment en 2016 ?

L’appui budgétaire est une modalité avancée d’octroi de l’aide au développement, mais il ne faut pas penser qu’il s’agit d’un chèque en blanc. L’appui budgétaire n’est pas non plus accordé à tous les pays. Il est soumis à une série de critères d’éligibilité qui doivent être remplis avant et durant la mise en œuvre du programme, et ses conditions doivent être satisfaites avant que les paiements ne soient effectués. L’appui budgétaire est fourni pour servir de ‘’vecteur de changement’’ en vue de répondre aux défis posés par le développement ; c’est un moyen de fournir une aide de meilleure qualité et de parvenir aux résultats escomptés en matière de développement durable.

En fait, le transfert de fonds sur le compte du Trésor n’est qu’un des éléments des programmes d’appui budgétaire qui se focalisent aussi sur le dialogue, l’évaluation des performances et le renforcement des capacités, sur la base d’un partenariat et d’une redevabilité mutuelle.

Dans le cas du Niger, il a été considéré que l’appui budgétaire devait être l’instrument privilégié pour la mise en œuvre du 11ème FED. Une fois les conditions remplies et le décaissement effectué, l’utilisation des fonds de l’appui budgétaire se fait conformément aux systèmes de gestion des finances publics nationaux. La gestion des ressources provenant de ce transfert incombe à l’Etat nigérien. A notre avis, c’est la meilleure approche pour renforcer les capacités nationales, minimiser les coûts de transaction et optimiser la redevabilité, évitant la création des systèmes parallèles, souvent lourds et coûteux.

L’appui budgétaire est donc en totale harmonie avec les principes et les engagements pris dans le cadre de la Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide (2005), du Programme d’Action d’Accra (2008) et du Partenariat de Busan pour une coopération efficace au service du développement (2011). Pour la mise en œuvre du 11ème FED au Niger, nous avons déjà identifié trois nouveaux programmes d’appui budgétaire pour un montant total de 362 millions d’euros, soit environ 237 milliards de FCFA, auxquels vient s’ajouter un programme financé par le Fonds Fiduciaire d’Urgence pour la migration d’un montant de 20 millions d’euros, soit environ 13 milliards de FCFA.

Parmi ces programmes, on trouve de l’appui budgétaire général et aussi sectoriel, centrés en particulier sur la sécurité alimentaire, la nutrition, l’éducation, la justice, la sécurité et la gouvernance.

A titre d’exemple, dans le domaine de la sécurité alimentaire, l’Union Européenne accompagnera l´Etat du Niger à travers la mise en œuvre d´un contrat de réforme sectoriel d´un montant de 203 millions d’euros, soit plus de 133 milliards de FCFA, couvrant la période de 2016 à 2020. Pour l’année 2016, les cinq programmes d’appui budgétaire en cours comportent 23 objectifs. Nous sommes en train d’analyser le degré d’atteinte de ceux-ci pour déterminer le montant à décaisser, qui pourrait avoisiner, au total, les 70 milliards de FCFA, soit 107 millions d’euros.

Le respect des Droits de l’Homme est une valeur fondamentale de l’UE qu’elle a toujours promue et défendue. Le 10 décembre est la journée internationale dédiée aux Droits de l’Homme. Quel est le message de l’UE à cette occasion, et quel est l’état des relations entre l’Union Européenne et le Niger sur ce volet ?

Nous célébrons effectivement ensemble la journée internationale des Droits de l’Homme, dont le slogan défini cette année par le Haut-Commissaire aux droits de l’Homme des Nations Unies rappelle que la défense de ces droits est une responsabilité individuelle; il appelle «chacun à défendre les droits de quelqu’un». Mais au-delà, il s’agit aussi d’un engagement collectif, dans lequel l’UE entend jouer un rôle de premier plan, dans le cadre de la nouvelle stratégie globale pour la politique étrangère et de sécurité de l’UE lancée en juin 2016. Je voudrai faire référence au rapport de la session de l’Examen Périodique Universel des droits de l’Homme qui, pour le Niger, s’est tenue en janvier de cette année.

Ce rapport souligne les progrès accomplis par le Niger depuis 2011 et constate la mise en œuvre de pratiquement toutes les recommandations faites lors de l’examen précédent. Nous en félicitons les autorités. Pour autant, l’Union Européenne reste très vigilante sur cette question, et déterminée à soutenir les institutions ainsi que les Organisations de la Société Civile (OSC) qui œuvrent pour compléter et poursuivre les efforts déjà fournis. Nous pensons en particulier à la gouvernance financière et aux droits de la femme et de l’enfant. Nous avons salué l’adoption de la nouvelle loi précisant les attributions et le fonctionnement de la Haute Autorité à la Lutte contre la Corruption et les Infractions Assimilées (HALCIA), et nous continuons de soutenir le Ministère de la Justice pour que le citoyen, y compris dans les zones reculées du pays, puisse avoir accès à la justice qu’il réclame. Enfin, concernant les Droits de la femme, ce point est pour nous très important, car il est interdépendant avec d’autres enjeux cruciaux, tels que l’éducation, la santé reproductive, l’application intégrale du droit et de la Constitution. Nous soutenons activement les engagements pris par le Président de la République dans son Programme Renaissance II, et apportons notre appui à tous les ministères engagés, y compris le Ministère de la Renaissance culturelle. Nous avons également décidé cette année de soutenir directement la Commission Nationale des Droits Humains (CNDH) à travers une convention signée à l’occasion de cette journée internationale, lui permettant ainsi de jouer pleinement son rôle.
Les infrastructures constituent un des secteurs essentiels dans lequel l’UE intervient au Niger.

On vous a vu lancer des travaux d’infrastructures de santé et de transport, notamment les routes. Et tout récemment, l’UE s’est engagée dans une étude de faisabilité pour doter la ville d’Agadez d’une centrale électrique. Pourquoi cet intérêt pour les infrastructures ?

Effectivement, les infrastructures sont un des axes majeurs de la coopération avec le Niger. Et à ce niveau, l’appui de l’UE concerne les routes, les structures sanitaires et l’énergie.

S’agissant de l’infrastructure routière, il faut souligner que le Niger fait partie des rares pays à bénéficier encore, exceptionnellement, de l’appui de l’Union Européenne dans ce domaine qui est inscrit comme secteur de concentration dans le Programme Indicatif National (PIN) du 11ème FED, avec un montant de 90 millions d’euros, soit plus de 59 milliards FCFA, prévu à cet effet.

Il faut noter qu’il s’agit d’un enjeu économique majeur qui conditionne la circulation des personnes et des biens, mais aussi les échanges commerciaux, en particulier les produits de la terre, ressources essentielles du pays. Depuis ces 15 dernières années, l’UE a mobilisé plus de 180 milliards de FCFA pour ce secteur, avec comme résultat environ 1000 km de routes bitumées dont quelque 800 km sur la RN1 entre les régions de Tillabéry et de Zinder, et environ 300 km sur l’axe Trans-saharien, sans oublier les efforts pour désenclaver les zones rurales au Nord.

Toutefois, construire des axes de communication et des vecteurs d’échanges économiques est une chose, mais entretenir ces atouts majeurs pour le pays est tout aussi important. C’est la raison pour laquelle nous travaillons également avec les autorités pour que ces investissements perdurent, grâce à des réformes institutionnelles qui garantissent la soutenabilité de notre aide dans ce domaine. Nous militons en particulier pour la création d’une agence d’entretien routier, la création d’une cellule autonome d’audit régulier de l’entretien routier, et la réforme de la CAFER pour lui permettre de mobiliser les ressources liées à l’entretien routier.

Les infrastructures sanitaires constituent un autre pôle d’intérêt de l’Union Européenne dont l’appui sur ce chapitre s’élève à 4,3 milliards de FCFA (6,5 millions d’euros) et concerne la construction et/ou la réhabilitation et la mise à niveau de structures sanitaires dans les régions d’Agadez, Tahoua et Tillabéry. Il s’agit précisément de trois (3) hôpitaux de district (Bagaroua, Bankilaré et Bilma), de six (6) centres de santé intégrés, à raison de deux (2) par région (Iférouane, Ingall, Tassara, Loga, Bébatan et Abala) ; et enfin du Plateau technique et bloc administratif au Centre de la Mère et de l’Enfant d’Agadez.

Dans le domaine de l’énergie enfin, le Niger fait face actuellement à un contexte régional et international difficile, notamment avec un niveau d’accès à l’énergie moderne parmi les plus faibles au monde. Cette situation s’est aggravée, notamment à Agadez, par la surpopulation que génèrent les flux de migrants qui séjournent dans la région.

Afin d’apporter une amélioration substantielle à cette situation, les autorités nigériennes ont établi le projet de construire une centrale hybride (photovoltaïque-thermique) pour ajouter à la capacité existante fournie par la Société Nigérienne de production du Charbon (SONICHAR). C’est un projet intéressant qui nous projette résolument dans l’énergie solaire, une potentialité très prometteuse au Niger. Nous finançons une étude de faisabilité dont les travaux ont démarré le 21 novembre 2016 et prendront fin en mars 2017. Elle devrait servir de base pour le financement, conjointement par la Commission Européenne et l’Agence Française de Développement (AFD), de la construction de cette centrale.

Un des domaines dans lequel l’UE s’implique davantage au Niger et dans le Sahel, c’est la sécurité. Pouvez- vous nous faire le point sur les réalisations opérées dans ce secteur et, de façon plus spécifique, sur les actions de la mission EUCAP Sahel Niger ?

Vous avez raison de souligner cette implication croissante de l’UE dans le domaine de la sécurité. La raison essentielle qui explique cette orientation repose sur deux facteurs convergents.

En premier lieu, la prise de conscience aujourd’hui bien établie que sécurité et développement sont interdépendants, voire consubstantiels. Kofi Annan l’a dit il y a bien longtemps, mais cette prise de conscience conduit aujourd’hui l’UE à appréhender son action de façon plus globale dans le cadre de ce que nous appelons le nexus développement-sécurité. Cette approche consistant à faire de l’UE un acteur politique dans le cadre d’une approche globale est aussi un des nombreux effets de l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne en Europe.

En second lieu, et dans le cadre de cette approche globale, l’UE s’efforce de mettre en œuvre de façon cohérente, ‘’holistique’’, non seulement ses instruments financiers, y compris des instruments innovants, mais également ses outils de prévention et de gestion des crises déployés à la demande des autorités d’un pays, et avec un mandat endossé à l’unanimité des 28 Etats-membres.

Comme vous l’avez dit, le Sahel a fait l’objet, en 2011, de l’adoption d’une stratégie européenne pour la sécurité et le développement au Sahel. La mission EUCAP Sahel Niger, déployée en 2012 à la demande des autorités nigériennes, est donc partie de la réponse européenne aux défis sécuritaires du Niger et plus généralement du Sahel. Cette mission vise à renforcer les capacités des Forces de Sécurité intérieure pour lutter contre le terrorisme, à apporter aux populations la sécurité que l’Etat doit leur garantir, et à combattre les différentes formes de criminalité.

Je ne veux pas décliner ici les actions menées par EUCAP. La chef de mission, Madame Kirsi Henriksson, avec laquelle je travaille tous les jours dans une collaboration très étroite et amicale, le fera certainement mieux que moi. Je veux juste souligner que cette mission fait aujourd’hui l’unanimité, tant auprès des différents partenaires bilatéraux avec qui elle interagit, qu’auprès des autorités nigériennes. Laissez-moi vous donner juste un exemple de réalisation : le dispositif de sécurité des festivités de Agadez SOKNI sera commandé et piloté depuis un PC (appelé PC Mixte), regroupant toutes les composantes engagées dans ce dispositif, et ressortissant de différents ministères. Ce PC a été créé, équipé, et entrainé en étroite collaboration avec EUCAP Sahel Niger.

Excellence, le Niger est l’un des partenaires privilégié de l’UE en matière de gestion des flux migratoires. Les récentes missions de Bruxelles et des Etats membres de l’UE au Niger, en témoignent. Concrètement, comment s’illustre ce partenariat ?

D’abord, il convient de souligner que la migration illégale est un fléau. Il suffit de regarder les chiffres des personnes qui se noient dans la Méditerranée, et d’écouter les témoignages des pauvres gens qui survivent à ce voyage. L’Europe fait face à un afflux de réfugiés et de migrants difficilement supportable pour ses opinions publiques. Elle a décidé de proposer aux pays africains concernés un cadre de partenariat visant d’une part à traiter de façon pérenne les causes de la migration, c’est-à-dire l’absence d’opportunité pour les jeunes, et d’autre part, à garantir des conditions de retour dignes et pérennes pour les migrants irréguliers. Dans ce cadre, le Niger s’est engagé dans une coopération étroite avec l’UE sur ces deux aspects. Le Président de la République a présenté un Plan d’Action lors du Sommet des Chefs d’Etat de La Valette sur la migration en novembre 2015. Nous travaillons avec tous les partenaires concernés à la mise en œuvre de ce Plan d’Action qui est en cours de mise à jour. Bien entendu, ce travail fait l’objet d’un dialogue politique au plus haut niveau, qui explique les visites que vous avez mentionnées, et que les médias ont rapportées. Un fonds fiduciaire a été créé par l’UE lors du Sommet de La Valette, et nous avons déjà engagé un montant de 105 millions d’euros (plus de 68 milliards de FCFA) sur des programmes que l’on peut décliner sur trois axes :

Le renforcement des capacités des Forces de Sécurité à assurer le contrôle de ses frontières et de son territoire, et à lutter contre les trafics illicites que la migration génère. Je veux, ici, insister sur le fait que nous partageons tous le constat que les migrants sont des victimes, et en aucun cas des coupables, et c’est sur la base de ce constat partagé que nous travaillons.

Les alternatives au profit des communautés qui vivent de ce que j’appellerai ‘’l’économie parallèle’’ de la migration, ainsi qu’au profit des populations qui sont encore tentées de partir vivre dans des conditions dégradantes vers le Nord de l’Afrique.

L’aide au retour et à la réinsertion dans leurs pays d’origine des migrants qui, sur une base volontaire seulement, acceptent de renoncer à ce voyage. Il est important de souligner que ces programmes ne remettent pas en cause le principe établi de la libre circulation des ressortissants de la CEDEAO. Ces programmes visent en particulier la région d’Agadez, mais aussi celles de Tahoua et de Zinder.

Nous évaluerons régulièrement ces programmes, ainsi que les besoins additionnels au sein du cadre de concertation sur la migration qui a été créé par décret pour regrouper tous les acteurs de ce dossier sous la co-présidence des Ministres de l’Intérieur et de la Justice.

En termes de perspectives, quels sont les chantiers imminents ou à venir dans les interventions de l’Union Européenne au Niger ?

Des conventions de financement viennent d’être approuvées pour 470 millions d’euros, soit plus de 308 milliards de FCFA, sur un total de 596 millions d’euros, c’est-à-dire plus de 390,9 milliards de FCFA du 11ème FED (2014-2020). Celles-ci concernent les secteurs prioritaires prévus dans le programme de coopération décidé conjointement avec le Gouvernement, comme expliqué plus haut. Il s’agit notamment de poursuivre les importants efforts déjà consentis en matière de sécurité alimentaire et de résilience à travers une production alimentaire accrue et durable, une meilleure maîtrise de l’eau, le renforcement des capacités de prévention et de réponse face à l’insécurité alimentaire (203 millions d’euros, soit plus de 133 milliards de FCFA). Un autre important secteur d’intervention est le renforcement de la capacité de l’Etat de mettre en œuvre des politiques sociales. Dans ce cadre, un important programme de réforme du secteur de l’Education (77 millions d’euros soit plus de 50 milliards de FCFA) va être lancé. La maîtrise démographique, une priorité présidentielle, est également prise en compte. Le renforcement de la gestion des finances publiques va se poursuivre. Le troisième secteur dans lequel l’appui européen est reconduit touche aux questions de sécurité, bonne gouvernance et consolidation de la paix (82 millions d’euros soit plus de 53 milliards de FCFA). Cela se fait notamment à travers l’appui aux capacités des Forces de Sécurité Intérieure en matière de lutte contre la migration illégale et de contrôle aux frontières (en complémentarité avec les actions entreprises dans le cadre du fonds fiduciaire de stabilité pour la migration et de l’action de l’opération d’EUCAP Sahel Niger).

Un autre volet de cet appui bénéficie au secteur de la justice, notamment l’appui à l’Agence Nationale de Lutte contre la Traite des Personnes (ANLTP). Finalement, comme déjà mentionné dans une question précédente, le dernier important secteur de concentration qui continuera à bénéficier d’un appui dans le futur est celui du désenclavement des zones affectées par l’insécurité et le risque de conflits. Il s’agit d’abord d’un important programme de construction et de réhabilitation d’infrastructures routières (routes et pistes). C’est ainsi que le 11ème FED considère entre 2017 et 2020 la construction de 469 km de la route en terre en allant de la frontière Mali (Agendour) à Ingall (région d’Agadez) en passant par les départements de Tillia, Tchintabaraden et Tassara (région de Tahoua).

De même le tronçon de 48 km de Zinder à Bakin Birji et probablement le tronçon Bakin Birji - Tanout (95km) sont prévus. Leurs positions sur l’axe de la Transsaharienne, entre Zinder et Agadez, va avoir un important impact positif sur cette région.

En dehors de cette aide «programmée», il convient d’ajouter plusieurs autres contributions additionnelles importantes dont le Fonds Fiduciaire de Stabilité pour la Migration lancé lors du Sommet de La Valette de novembre 2015, mentionné plus haut et qui monte progressivement en puissance.

Onep
09 décembre 2016
Source : http://lesahel.org/

L’Ambassadeur de l’Union Européenne(UE) dresse le bilan de la Coopération UE-Niger : ‘’Le Niger est indiscutablement aujourd’hui un partenaire privilégié de l’Union Européenne’’, déclare M. Raul Mateus Paula

09/12/2016

SEM. Raul Mateus Paula, Ambassadeur de l’Union Européenne(UE) au Niger Excellence Monsieur l’Ambassadeur, comment se portent les relations entre l’Union Européenne et le Niger en cette fin d’année 2016, et quels en ont été les faits marquants?

Je crois pouvoir dire que les relations entre l’Union Européenne et le Niger sont excellentes. Le Niger est indiscutablement aujourd’hui un partenaire privilégié de l’Union Européenne. Cette relation privilégiée s’inscrit dans une communauté de vues sur de nombreux sujets qui touchent à la fois le Niger et la sous-région, nécessitant un partenariat ouvert et un dialogue politique permanent au niveau approprié.

Cette communauté de vues commence par l’analyse des défis de court et moyen termes auxquels le pays doit faire face. Je parlerai rapidement des défis ‘’exogènes’’ tels que les défis économiques, la chute des prix des matières premières et la situation économique du Nigeria, des défis climatiques qui menacent les potentialités agricoles du pays et risquent d’entrainer des mutations profondes, et bien entendu des défis sécuritaires aux frontières du pays, dont le coût financier, humain et les conséquences humanitaires sont désastreuses aujourd’hui. Je n’oublie pas les ‘’défis endogènes’’ importants que les autorités ont également parfaitement identifiés, tels que les défis sociétaux, pour que le pays s’engage résolument dans la voie d’une transition démographique nécessaire, les défis institutionnels relatifs à la gouvernance et aux nécessaires réformes structurelles qui devront permettre à la totalité de la population de bénéficier de la sécurité à laquelle elle aspire, ainsi que des services de base dans le domaine des soins, de l’éducation, des transports, de l’énergie….

Notre partenariat consiste avant tout à travailler ensemble pour permettre à l’Union Européenne, ainsi qu’aux autres partenaires du Niger, de contribuer aux plans de réponse élaborés par les autorités pour faire face aux défis mentionnés. Il s’agit donc d’établir un dialogue sectoriel régulier, permanent et ouvert pour garantir que les réponses soient à la hauteur des enjeux.

Enfin, ce partenariat doit être conduit dans le cadre d’un dialogue politique permanent. C’est mon rôle en tant qu’ambassadeur de l’Union Européenne de conduire ce dialogue en étroite collaboration avec mes collègues représentants les Etats-membres de l’UE au Niger. C’est aussi l’objet des nombreuses missions effectuées par les plus hautes autorités de l’UE à Niamey, ainsi que des rencontres régulières à l’occasion des différents sommets internationaux auxquels nous participons ensemble avec le Niger. C’est ainsi que Madame Mogherini, notre Haute représentante pour la politique étrangère a effectué au Niger son premier déplacement en Afrique en Septembre 2015. Cette visite a été suivie de nombreuses autres missions de haut niveau. Enfin, j’ai transmis, il y a quelques jours, une correspondance du président de la Commission Européenne, M. Jean-Claude Juncker, invitant SEM. le Président de la République, Issoufou Mahamadou à se rendre à Bruxelles.

Avant d’aborder ses aspects thématiques ou sectoriels, veuillez nous présenter les grandes lignes de cette coopération entre l’Union Européenne et le Niger?

Le programme de coopération est décidé conjointement entre la Commission Européenne et le Gouvernement nigérien, représenté par le Ministre des Finances, Ordonnateur national du Fonds Européen de Développement (FED), principal instrument de financement de ce programme.

Celui-ci est formalisé dans un document de programmation pluriannuelle, le Programme Indicatif National (PIN), dont nous démarrons actuellement la mise en œuvre qui porte sur la période 2014-2020 (11ème FED) et qui s’articule sur le Programme de Développement Economique et Social du Niger (PDES) et en reflète les priorités. En résumé, notre programme de coopération porte sur quatre secteurs principaux que sont la sécurité alimentaire et nutritionnelle et la résilience ; le renforcement de la capacité de l’Etat pour la mise en œuvre des politiques sociales, y compris le renforcement de la gestion des     finances publiques, la sécurité, la bonne gouvernance et la consolidation de la paix et,     finalement, le désenclavement de régions affectées par l’insécurité et le risque de conflit.

Une attention particulière est accordée aux appuis à la société civile et aux jeunes, à la lutte contre la radicalisation et aux valeurs démocratiques. Outre l’approche projet, l’appui budgétaire est une modalité importante de mobilisation de l’aide communautaire. A côté du PIN, il y a un Programme Indicatif Régional (PIR) dont le Niger est un des bénéficiaires. On y retrouve, à l’échelle régionale, certaines des priorités du PIN (sécurité alimentaire, paix et sécurité) et des thématiques telles que la conservation et la gestion durable des ressources naturelles, le développement d’infrastructures et de l’énergie, ainsi que du secteur privé et de l’intégration commerciale.

A cela s’ajoute le fonds fiduciaire de stabilité pour la migration en Afrique qui a été lancé lors du Sommet Europe-Afrique sur la migration, tenu à La Valette, en novembre 2015 et qui prend une importance croissante pour s’attaquer aux différentes dimensions de la migration irrégulière.

Veuillez nous éclairer sur l’option de l’appui budgétaire que l’UE privilégie de plus en plus dans le soutien qu’il apporte à l’Etat du Niger. Pourquoi cette option et quel apport pour le Niger, notamment en 2016 ?

L’appui budgétaire est une modalité avancée d’octroi de l’aide au développement, mais il ne faut pas penser qu’il s’agit d’un chèque en blanc. L’appui budgétaire n’est pas non plus accordé à tous les pays. Il est soumis à une série de critères d’éligibilité qui doivent être remplis avant et durant la mise en œuvre du programme, et ses conditions doivent être satisfaites avant que les paiements ne soient effectués. L’appui budgétaire est fourni pour servir de ‘’vecteur de changement’’ en vue de répondre aux défis posés par le développement ; c’est un moyen de fournir une aide de meilleure qualité et de parvenir aux résultats escomptés en matière de développement durable.

En fait, le transfert de fonds sur le compte du Trésor n’est qu’un des éléments des programmes d’appui budgétaire qui se focalisent aussi sur le dialogue, l’évaluation des performances et le renforcement des capacités, sur la base d’un partenariat et d’une redevabilité mutuelle.

Dans le cas du Niger, il a été considéré que l’appui budgétaire devait être l’instrument privilégié pour la mise en œuvre du 11ème FED. Une fois les conditions remplies et le décaissement effectué, l’utilisation des fonds de l’appui budgétaire se fait conformément aux systèmes de gestion des finances publics nationaux. La gestion des ressources provenant de ce transfert incombe à l’Etat nigérien. A notre avis, c’est la meilleure approche pour renforcer les capacités nationales, minimiser les coûts de transaction et optimiser la redevabilité, évitant la création des systèmes parallèles, souvent lourds et coûteux.

L’appui budgétaire est donc en totale harmonie avec les principes et les engagements pris dans le cadre de la Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide (2005), du Programme d’Action d’Accra (2008) et du Partenariat de Busan pour une coopération efficace au service du développement (2011). Pour la mise en œuvre du 11ème FED au Niger, nous avons déjà identifié trois nouveaux programmes d’appui budgétaire pour un montant total de 362 millions d’euros, soit environ 237 milliards de FCFA, auxquels vient s’ajouter un programme financé par le Fonds Fiduciaire d’Urgence pour la migration d’un montant de 20 millions d’euros, soit environ 13 milliards de FCFA.

Parmi ces programmes, on trouve de l’appui budgétaire général et aussi sectoriel, centrés en particulier sur la sécurité alimentaire, la nutrition, l’éducation, la justice, la sécurité et la gouvernance.

A titre d’exemple, dans le domaine de la sécurité alimentaire, l’Union Européenne accompagnera l´Etat du Niger à travers la mise en œuvre d´un contrat de réforme sectoriel d´un montant de 203 millions d’euros, soit plus de 133 milliards de FCFA, couvrant la période de 2016 à 2020. Pour l’année 2016, les cinq programmes d’appui budgétaire en cours comportent 23 objectifs. Nous sommes en train d’analyser le degré d’atteinte de ceux-ci pour déterminer le montant à décaisser, qui pourrait avoisiner, au total, les 70 milliards de FCFA, soit 107 millions d’euros.

Le respect des Droits de l’Homme est une valeur fondamentale de l’UE qu’elle a toujours promue et défendue. Le 10 décembre est la journée internationale dédiée aux Droits de l’Homme. Quel est le message de l’UE à cette occasion, et quel est l’état des relations entre l’Union Européenne et le Niger sur ce volet ?

Nous célébrons effectivement ensemble la journée internationale des Droits de l’Homme, dont le slogan défini cette année par le Haut-Commissaire aux droits de l’Homme des Nations Unies rappelle que la défense de ces droits est une responsabilité individuelle; il appelle «chacun à défendre les droits de quelqu’un». Mais au-delà, il s’agit aussi d’un engagement collectif, dans lequel l’UE entend jouer un rôle de premier plan, dans le cadre de la nouvelle stratégie globale pour la politique étrangère et de sécurité de l’UE lancée en juin 2016. Je voudrai faire référence au rapport de la session de l’Examen Périodique Universel des droits de l’Homme qui, pour le Niger, s’est tenue en janvier de cette année.

Ce rapport souligne les progrès accomplis par le Niger depuis 2011 et constate la mise en œuvre de pratiquement toutes les recommandations faites lors de l’examen précédent. Nous en félicitons les autorités. Pour autant, l’Union Européenne reste très vigilante sur cette question, et déterminée à soutenir les institutions ainsi que les Organisations de la Société Civile (OSC) qui œuvrent pour compléter et poursuivre les efforts déjà fournis. Nous pensons en particulier à la gouvernance financière et aux droits de la femme et de l’enfant. Nous avons salué l’adoption de la nouvelle loi précisant les attributions et le fonctionnement de la Haute Autorité à la Lutte contre la Corruption et les Infractions Assimilées (HALCIA), et nous continuons de soutenir le Ministère de la Justice pour que le citoyen, y compris dans les zones reculées du pays, puisse avoir accès à la justice qu’il réclame. Enfin, concernant les Droits de la femme, ce point est pour nous très important, car il est interdépendant avec d’autres enjeux cruciaux, tels que l’éducation, la santé reproductive, l’application intégrale du droit et de la Constitution. Nous soutenons activement les engagements pris par le Président de la République dans son Programme Renaissance II, et apportons notre appui à tous les ministères engagés, y compris le Ministère de la Renaissance culturelle. Nous avons également décidé cette année de soutenir directement la Commission Nationale des Droits Humains (CNDH) à travers une convention signée à l’occasion de cette journée internationale, lui permettant ainsi de jouer pleinement son rôle.
Les infrastructures constituent un des secteurs essentiels dans lequel l’UE intervient au Niger.

On vous a vu lancer des travaux d’infrastructures de santé et de transport, notamment les routes. Et tout récemment, l’UE s’est engagée dans une étude de faisabilité pour doter la ville d’Agadez d’une centrale électrique. Pourquoi cet intérêt pour les infrastructures ?

Effectivement, les infrastructures sont un des axes majeurs de la coopération avec le Niger. Et à ce niveau, l’appui de l’UE concerne les routes, les structures sanitaires et l’énergie.

S’agissant de l’infrastructure routière, il faut souligner que le Niger fait partie des rares pays à bénéficier encore, exceptionnellement, de l’appui de l’Union Européenne dans ce domaine qui est inscrit comme secteur de concentration dans le Programme Indicatif National (PIN) du 11ème FED, avec un montant de 90 millions d’euros, soit plus de 59 milliards FCFA, prévu à cet effet.

Il faut noter qu’il s’agit d’un enjeu économique majeur qui conditionne la circulation des personnes et des biens, mais aussi les échanges commerciaux, en particulier les produits de la terre, ressources essentielles du pays. Depuis ces 15 dernières années, l’UE a mobilisé plus de 180 milliards de FCFA pour ce secteur, avec comme résultat environ 1000 km de routes bitumées dont quelque 800 km sur la RN1 entre les régions de Tillabéry et de Zinder, et environ 300 km sur l’axe Trans-saharien, sans oublier les efforts pour désenclaver les zones rurales au Nord.

Toutefois, construire des axes de communication et des vecteurs d’échanges économiques est une chose, mais entretenir ces atouts majeurs pour le pays est tout aussi important. C’est la raison pour laquelle nous travaillons également avec les autorités pour que ces investissements perdurent, grâce à des réformes institutionnelles qui garantissent la soutenabilité de notre aide dans ce domaine. Nous militons en particulier pour la création d’une agence d’entretien routier, la création d’une cellule autonome d’audit régulier de l’entretien routier, et la réforme de la CAFER pour lui permettre de mobiliser les ressources liées à l’entretien routier.

Les infrastructures sanitaires constituent un autre pôle d’intérêt de l’Union Européenne dont l’appui sur ce chapitre s’élève à 4,3 milliards de FCFA (6,5 millions d’euros) et concerne la construction et/ou la réhabilitation et la mise à niveau de structures sanitaires dans les régions d’Agadez, Tahoua et Tillabéry. Il s’agit précisément de trois (3) hôpitaux de district (Bagaroua, Bankilaré et Bilma), de six (6) centres de santé intégrés, à raison de deux (2) par région (Iférouane, Ingall, Tassara, Loga, Bébatan et Abala) ; et enfin du Plateau technique et bloc administratif au Centre de la Mère et de l’Enfant d’Agadez.

Dans le domaine de l’énergie enfin, le Niger fait face actuellement à un contexte régional et international difficile, notamment avec un niveau d’accès à l’énergie moderne parmi les plus faibles au monde. Cette situation s’est aggravée, notamment à Agadez, par la surpopulation que génèrent les flux de migrants qui séjournent dans la région.

Afin d’apporter une amélioration substantielle à cette situation, les autorités nigériennes ont établi le projet de construire une centrale hybride (photovoltaïque-thermique) pour ajouter à la capacité existante fournie par la Société Nigérienne de production du Charbon (SONICHAR). C’est un projet intéressant qui nous projette résolument dans l’énergie solaire, une potentialité très prometteuse au Niger. Nous finançons une étude de faisabilité dont les travaux ont démarré le 21 novembre 2016 et prendront fin en mars 2017. Elle devrait servir de base pour le financement, conjointement par la Commission Européenne et l’Agence Française de Développement (AFD), de la construction de cette centrale.

Un des domaines dans lequel l’UE s’implique davantage au Niger et dans le Sahel, c’est la sécurité. Pouvez- vous nous faire le point sur les réalisations opérées dans ce secteur et, de façon plus spécifique, sur les actions de la mission EUCAP Sahel Niger ?

Vous avez raison de souligner cette implication croissante de l’UE dans le domaine de la sécurité. La raison essentielle qui explique cette orientation repose sur deux facteurs convergents.

En premier lieu, la prise de conscience aujourd’hui bien établie que sécurité et développement sont interdépendants, voire consubstantiels. Kofi Annan l’a dit il y a bien longtemps, mais cette prise de conscience conduit aujourd’hui l’UE à appréhender son action de façon plus globale dans le cadre de ce que nous appelons le nexus développement-sécurité. Cette approche consistant à faire de l’UE un acteur politique dans le cadre d’une approche globale est aussi un des nombreux effets de l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne en Europe.

En second lieu, et dans le cadre de cette approche globale, l’UE s’efforce de mettre en œuvre de façon cohérente, ‘’holistique’’, non seulement ses instruments financiers, y compris des instruments innovants, mais également ses outils de prévention et de gestion des crises déployés à la demande des autorités d’un pays, et avec un mandat endossé à l’unanimité des 28 Etats-membres.

Comme vous l’avez dit, le Sahel a fait l’objet, en 2011, de l’adoption d’une stratégie européenne pour la sécurité et le développement au Sahel. La mission EUCAP Sahel Niger, déployée en 2012 à la demande des autorités nigériennes, est donc partie de la réponse européenne aux défis sécuritaires du Niger et plus généralement du Sahel. Cette mission vise à renforcer les capacités des Forces de Sécurité intérieure pour lutter contre le terrorisme, à apporter aux populations la sécurité que l’Etat doit leur garantir, et à combattre les différentes formes de criminalité.

Je ne veux pas décliner ici les actions menées par EUCAP. La chef de mission, Madame Kirsi Henriksson, avec laquelle je travaille tous les jours dans une collaboration très étroite et amicale, le fera certainement mieux que moi. Je veux juste souligner que cette mission fait aujourd’hui l’unanimité, tant auprès des différents partenaires bilatéraux avec qui elle interagit, qu’auprès des autorités nigériennes. Laissez-moi vous donner juste un exemple de réalisation : le dispositif de sécurité des festivités de Agadez SOKNI sera commandé et piloté depuis un PC (appelé PC Mixte), regroupant toutes les composantes engagées dans ce dispositif, et ressortissant de différents ministères. Ce PC a été créé, équipé, et entrainé en étroite collaboration avec EUCAP Sahel Niger.

Excellence, le Niger est l’un des partenaires privilégié de l’UE en matière de gestion des flux migratoires. Les récentes missions de Bruxelles et des Etats membres de l’UE au Niger, en témoignent. Concrètement, comment s’illustre ce partenariat ?

D’abord, il convient de souligner que la migration illégale est un fléau. Il suffit de regarder les chiffres des personnes qui se noient dans la Méditerranée, et d’écouter les témoignages des pauvres gens qui survivent à ce voyage. L’Europe fait face à un afflux de réfugiés et de migrants difficilement supportable pour ses opinions publiques. Elle a décidé de proposer aux pays africains concernés un cadre de partenariat visant d’une part à traiter de façon pérenne les causes de la migration, c’est-à-dire l’absence d’opportunité pour les jeunes, et d’autre part, à garantir des conditions de retour dignes et pérennes pour les migrants irréguliers. Dans ce cadre, le Niger s’est engagé dans une coopération étroite avec l’UE sur ces deux aspects. Le Président de la République a présenté un Plan d’Action lors du Sommet des Chefs d’Etat de La Valette sur la migration en novembre 2015. Nous travaillons avec tous les partenaires concernés à la mise en œuvre de ce Plan d’Action qui est en cours de mise à jour. Bien entendu, ce travail fait l’objet d’un dialogue politique au plus haut niveau, qui explique les visites que vous avez mentionnées, et que les médias ont rapportées. Un fonds fiduciaire a été créé par l’UE lors du Sommet de La Valette, et nous avons déjà engagé un montant de 105 millions d’euros (plus de 68 milliards de FCFA) sur des programmes que l’on peut décliner sur trois axes :

Le renforcement des capacités des Forces de Sécurité à assurer le contrôle de ses frontières et de son territoire, et à lutter contre les trafics illicites que la migration génère. Je veux, ici, insister sur le fait que nous partageons tous le constat que les migrants sont des victimes, et en aucun cas des coupables, et c’est sur la base de ce constat partagé que nous travaillons.

Les alternatives au profit des communautés qui vivent de ce que j’appellerai ‘’l’économie parallèle’’ de la migration, ainsi qu’au profit des populations qui sont encore tentées de partir vivre dans des conditions dégradantes vers le Nord de l’Afrique.

L’aide au retour et à la réinsertion dans leurs pays d’origine des migrants qui, sur une base volontaire seulement, acceptent de renoncer à ce voyage. Il est important de souligner que ces programmes ne remettent pas en cause le principe établi de la libre circulation des ressortissants de la CEDEAO. Ces programmes visent en particulier la région d’Agadez, mais aussi celles de Tahoua et de Zinder.

Nous évaluerons régulièrement ces programmes, ainsi que les besoins additionnels au sein du cadre de concertation sur la migration qui a été créé par décret pour regrouper tous les acteurs de ce dossier sous la co-présidence des Ministres de l’Intérieur et de la Justice.

En termes de perspectives, quels sont les chantiers imminents ou à venir dans les interventions de l’Union Européenne au Niger ?

Des conventions de financement viennent d’être approuvées pour 470 millions d’euros, soit plus de 308 milliards de FCFA, sur un total de 596 millions d’euros, c’est-à-dire plus de 390,9 milliards de FCFA du 11ème FED (2014-2020). Celles-ci concernent les secteurs prioritaires prévus dans le programme de coopération décidé conjointement avec le Gouvernement, comme expliqué plus haut. Il s’agit notamment de poursuivre les importants efforts déjà consentis en matière de sécurité alimentaire et de résilience à travers une production alimentaire accrue et durable, une meilleure maîtrise de l’eau, le renforcement des capacités de prévention et de réponse face à l’insécurité alimentaire (203 millions d’euros, soit plus de 133 milliards de FCFA). Un autre important secteur d’intervention est le renforcement de la capacité de l’Etat de mettre en œuvre des politiques sociales. Dans ce cadre, un important programme de réforme du secteur de l’Education (77 millions d’euros soit plus de 50 milliards de FCFA) va être lancé. La maîtrise démographique, une priorité présidentielle, est également prise en compte. Le renforcement de la gestion des finances publiques va se poursuivre. Le troisième secteur dans lequel l’appui européen est reconduit touche aux questions de sécurité, bonne gouvernance et consolidation de la paix (82 millions d’euros soit plus de 53 milliards de FCFA). Cela se fait notamment à travers l’appui aux capacités des Forces de Sécurité Intérieure en matière de lutte contre la migration illégale et de contrôle aux frontières (en complémentarité avec les actions entreprises dans le cadre du fonds fiduciaire de stabilité pour la migration et de l’action de l’opération d’EUCAP Sahel Niger).

Un autre volet de cet appui bénéficie au secteur de la justice, notamment l’appui à l’Agence Nationale de Lutte contre la Traite des Personnes (ANLTP). Finalement, comme déjà mentionné dans une question précédente, le dernier important secteur de concentration qui continuera à bénéficier d’un appui dans le futur est celui du désenclavement des zones affectées par l’insécurité et le risque de conflits. Il s’agit d’abord d’un important programme de construction et de réhabilitation d’infrastructures routières (routes et pistes). C’est ainsi que le 11ème FED considère entre 2017 et 2020 la construction de 469 km de la route en terre en allant de la frontière Mali (Agendour) à Ingall (région d’Agadez) en passant par les départements de Tillia, Tchintabaraden et Tassara (région de Tahoua).

De même le tronçon de 48 km de Zinder à Bakin Birji et probablement le tronçon Bakin Birji - Tanout (95km) sont prévus. Leurs positions sur l’axe de la Transsaharienne, entre Zinder et Agadez, va avoir un important impact positif sur cette région.

En dehors de cette aide «programmée», il convient d’ajouter plusieurs autres contributions additionnelles importantes dont le Fonds Fiduciaire de Stabilité pour la Migration lancé lors du Sommet de La Valette de novembre 2015, mentionné plus haut et qui monte progressivement en puissance.

Onep
09 décembre 2016
Source : http://lesahel.org/

L’Ambassadeur de l’Union Européenne(UE) dresse le bilan de la Coopération UE-Niger : ‘’Le Niger est indiscutablement aujourd’hui un partenaire privilégié de l’Union Européenne’’, déclare M. Raul Mateus Paula

09/12/2016

SEM. Raul Mateus Paula, Ambassadeur de l’Union Européenne(UE) au Niger Excellence Monsieur l’Ambassadeur, comment se portent les relations entre l’Union Européenne et le Niger en cette fin d’année 2016, et quels en ont été les faits marquants?

Je crois pouvoir dire que les relations entre l’Union Européenne et le Niger sont excellentes. Le Niger est indiscutablement aujourd’hui un partenaire privilégié de l’Union Européenne. Cette relation privilégiée s’inscrit dans une communauté de vues sur de nombreux sujets qui touchent à la fois le Niger et la sous-région, nécessitant un partenariat ouvert et un dialogue politique permanent au niveau approprié.

Cette communauté de vues commence par l’analyse des défis de court et moyen termes auxquels le pays doit faire face. Je parlerai rapidement des défis ‘’exogènes’’ tels que les défis économiques, la chute des prix des matières premières et la situation économique du Nigeria, des défis climatiques qui menacent les potentialités agricoles du pays et risquent d’entrainer des mutations profondes, et bien entendu des défis sécuritaires aux frontières du pays, dont le coût financier, humain et les conséquences humanitaires sont désastreuses aujourd’hui. Je n’oublie pas les ‘’défis endogènes’’ importants que les autorités ont également parfaitement identifiés, tels que les défis sociétaux, pour que le pays s’engage résolument dans la voie d’une transition démographique nécessaire, les défis institutionnels relatifs à la gouvernance et aux nécessaires réformes structurelles qui devront permettre à la totalité de la population de bénéficier de la sécurité à laquelle elle aspire, ainsi que des services de base dans le domaine des soins, de l’éducation, des transports, de l’énergie….

Notre partenariat consiste avant tout à travailler ensemble pour permettre à l’Union Européenne, ainsi qu’aux autres partenaires du Niger, de contribuer aux plans de réponse élaborés par les autorités pour faire face aux défis mentionnés. Il s’agit donc d’établir un dialogue sectoriel régulier, permanent et ouvert pour garantir que les réponses soient à la hauteur des enjeux.

Enfin, ce partenariat doit être conduit dans le cadre d’un dialogue politique permanent. C’est mon rôle en tant qu’ambassadeur de l’Union Européenne de conduire ce dialogue en étroite collaboration avec mes collègues représentants les Etats-membres de l’UE au Niger. C’est aussi l’objet des nombreuses missions effectuées par les plus hautes autorités de l’UE à Niamey, ainsi que des rencontres régulières à l’occasion des différents sommets internationaux auxquels nous participons ensemble avec le Niger. C’est ainsi que Madame Mogherini, notre Haute représentante pour la politique étrangère a effectué au Niger son premier déplacement en Afrique en Septembre 2015. Cette visite a été suivie de nombreuses autres missions de haut niveau. Enfin, j’ai transmis, il y a quelques jours, une correspondance du président de la Commission Européenne, M. Jean-Claude Juncker, invitant SEM. le Président de la République, Issoufou Mahamadou à se rendre à Bruxelles.

Avant d’aborder ses aspects thématiques ou sectoriels, veuillez nous présenter les grandes lignes de cette coopération entre l’Union Européenne et le Niger?

Le programme de coopération est décidé conjointement entre la Commission Européenne et le Gouvernement nigérien, représenté par le Ministre des Finances, Ordonnateur national du Fonds Européen de Développement (FED), principal instrument de financement de ce programme.

Celui-ci est formalisé dans un document de programmation pluriannuelle, le Programme Indicatif National (PIN), dont nous démarrons actuellement la mise en œuvre qui porte sur la période 2014-2020 (11ème FED) et qui s’articule sur le Programme de Développement Economique et Social du Niger (PDES) et en reflète les priorités. En résumé, notre programme de coopération porte sur quatre secteurs principaux que sont la sécurité alimentaire et nutritionnelle et la résilience ; le renforcement de la capacité de l’Etat pour la mise en œuvre des politiques sociales, y compris le renforcement de la gestion des     finances publiques, la sécurité, la bonne gouvernance et la consolidation de la paix et,     finalement, le désenclavement de régions affectées par l’insécurité et le risque de conflit.

Une attention particulière est accordée aux appuis à la société civile et aux jeunes, à la lutte contre la radicalisation et aux valeurs démocratiques. Outre l’approche projet, l’appui budgétaire est une modalité importante de mobilisation de l’aide communautaire. A côté du PIN, il y a un Programme Indicatif Régional (PIR) dont le Niger est un des bénéficiaires. On y retrouve, à l’échelle régionale, certaines des priorités du PIN (sécurité alimentaire, paix et sécurité) et des thématiques telles que la conservation et la gestion durable des ressources naturelles, le développement d’infrastructures et de l’énergie, ainsi que du secteur privé et de l’intégration commerciale.

A cela s’ajoute le fonds fiduciaire de stabilité pour la migration en Afrique qui a été lancé lors du Sommet Europe-Afrique sur la migration, tenu à La Valette, en novembre 2015 et qui prend une importance croissante pour s’attaquer aux différentes dimensions de la migration irrégulière.

Veuillez nous éclairer sur l’option de l’appui budgétaire que l’UE privilégie de plus en plus dans le soutien qu’il apporte à l’Etat du Niger. Pourquoi cette option et quel apport pour le Niger, notamment en 2016 ?

L’appui budgétaire est une modalité avancée d’octroi de l’aide au développement, mais il ne faut pas penser qu’il s’agit d’un chèque en blanc. L’appui budgétaire n’est pas non plus accordé à tous les pays. Il est soumis à une série de critères d’éligibilité qui doivent être remplis avant et durant la mise en œuvre du programme, et ses conditions doivent être satisfaites avant que les paiements ne soient effectués. L’appui budgétaire est fourni pour servir de ‘’vecteur de changement’’ en vue de répondre aux défis posés par le développement ; c’est un moyen de fournir une aide de meilleure qualité et de parvenir aux résultats escomptés en matière de développement durable.

En fait, le transfert de fonds sur le compte du Trésor n’est qu’un des éléments des programmes d’appui budgétaire qui se focalisent aussi sur le dialogue, l’évaluation des performances et le renforcement des capacités, sur la base d’un partenariat et d’une redevabilité mutuelle.

Dans le cas du Niger, il a été considéré que l’appui budgétaire devait être l’instrument privilégié pour la mise en œuvre du 11ème FED. Une fois les conditions remplies et le décaissement effectué, l’utilisation des fonds de l’appui budgétaire se fait conformément aux systèmes de gestion des finances publics nationaux. La gestion des ressources provenant de ce transfert incombe à l’Etat nigérien. A notre avis, c’est la meilleure approche pour renforcer les capacités nationales, minimiser les coûts de transaction et optimiser la redevabilité, évitant la création des systèmes parallèles, souvent lourds et coûteux.

L’appui budgétaire est donc en totale harmonie avec les principes et les engagements pris dans le cadre de la Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide (2005), du Programme d’Action d’Accra (2008) et du Partenariat de Busan pour une coopération efficace au service du développement (2011). Pour la mise en œuvre du 11ème FED au Niger, nous avons déjà identifié trois nouveaux programmes d’appui budgétaire pour un montant total de 362 millions d’euros, soit environ 237 milliards de FCFA, auxquels vient s’ajouter un programme financé par le Fonds Fiduciaire d’Urgence pour la migration d’un montant de 20 millions d’euros, soit environ 13 milliards de FCFA.

Parmi ces programmes, on trouve de l’appui budgétaire général et aussi sectoriel, centrés en particulier sur la sécurité alimentaire, la nutrition, l’éducation, la justice, la sécurité et la gouvernance.

A titre d’exemple, dans le domaine de la sécurité alimentaire, l’Union Européenne accompagnera l´Etat du Niger à travers la mise en œuvre d´un contrat de réforme sectoriel d´un montant de 203 millions d’euros, soit plus de 133 milliards de FCFA, couvrant la période de 2016 à 2020. Pour l’année 2016, les cinq programmes d’appui budgétaire en cours comportent 23 objectifs. Nous sommes en train d’analyser le degré d’atteinte de ceux-ci pour déterminer le montant à décaisser, qui pourrait avoisiner, au total, les 70 milliards de FCFA, soit 107 millions d’euros.

Le respect des Droits de l’Homme est une valeur fondamentale de l’UE qu’elle a toujours promue et défendue. Le 10 décembre est la journée internationale dédiée aux Droits de l’Homme. Quel est le message de l’UE à cette occasion, et quel est l’état des relations entre l’Union Européenne et le Niger sur ce volet ?

Nous célébrons effectivement ensemble la journée internationale des Droits de l’Homme, dont le slogan défini cette année par le Haut-Commissaire aux droits de l’Homme des Nations Unies rappelle que la défense de ces droits est une responsabilité individuelle; il appelle «chacun à défendre les droits de quelqu’un». Mais au-delà, il s’agit aussi d’un engagement collectif, dans lequel l’UE entend jouer un rôle de premier plan, dans le cadre de la nouvelle stratégie globale pour la politique étrangère et de sécurité de l’UE lancée en juin 2016. Je voudrai faire référence au rapport de la session de l’Examen Périodique Universel des droits de l’Homme qui, pour le Niger, s’est tenue en janvier de cette année.

Ce rapport souligne les progrès accomplis par le Niger depuis 2011 et constate la mise en œuvre de pratiquement toutes les recommandations faites lors de l’examen précédent. Nous en félicitons les autorités. Pour autant, l’Union Européenne reste très vigilante sur cette question, et déterminée à soutenir les institutions ainsi que les Organisations de la Société Civile (OSC) qui œuvrent pour compléter et poursuivre les efforts déjà fournis. Nous pensons en particulier à la gouvernance financière et aux droits de la femme et de l’enfant. Nous avons salué l’adoption de la nouvelle loi précisant les attributions et le fonctionnement de la Haute Autorité à la Lutte contre la Corruption et les Infractions Assimilées (HALCIA), et nous continuons de soutenir le Ministère de la Justice pour que le citoyen, y compris dans les zones reculées du pays, puisse avoir accès à la justice qu’il réclame. Enfin, concernant les Droits de la femme, ce point est pour nous très important, car il est interdépendant avec d’autres enjeux cruciaux, tels que l’éducation, la santé reproductive, l’application intégrale du droit et de la Constitution. Nous soutenons activement les engagements pris par le Président de la République dans son Programme Renaissance II, et apportons notre appui à tous les ministères engagés, y compris le Ministère de la Renaissance culturelle. Nous avons également décidé cette année de soutenir directement la Commission Nationale des Droits Humains (CNDH) à travers une convention signée à l’occasion de cette journée internationale, lui permettant ainsi de jouer pleinement son rôle.
Les infrastructures constituent un des secteurs essentiels dans lequel l’UE intervient au Niger.

On vous a vu lancer des travaux d’infrastructures de santé et de transport, notamment les routes. Et tout récemment, l’UE s’est engagée dans une étude de faisabilité pour doter la ville d’Agadez d’une centrale électrique. Pourquoi cet intérêt pour les infrastructures ?

Effectivement, les infrastructures sont un des axes majeurs de la coopération avec le Niger. Et à ce niveau, l’appui de l’UE concerne les routes, les structures sanitaires et l’énergie.

S’agissant de l’infrastructure routière, il faut souligner que le Niger fait partie des rares pays à bénéficier encore, exceptionnellement, de l’appui de l’Union Européenne dans ce domaine qui est inscrit comme secteur de concentration dans le Programme Indicatif National (PIN) du 11ème FED, avec un montant de 90 millions d’euros, soit plus de 59 milliards FCFA, prévu à cet effet.

Il faut noter qu’il s’agit d’un enjeu économique majeur qui conditionne la circulation des personnes et des biens, mais aussi les échanges commerciaux, en particulier les produits de la terre, ressources essentielles du pays. Depuis ces 15 dernières années, l’UE a mobilisé plus de 180 milliards de FCFA pour ce secteur, avec comme résultat environ 1000 km de routes bitumées dont quelque 800 km sur la RN1 entre les régions de Tillabéry et de Zinder, et environ 300 km sur l’axe Trans-saharien, sans oublier les efforts pour désenclaver les zones rurales au Nord.

Toutefois, construire des axes de communication et des vecteurs d’échanges économiques est une chose, mais entretenir ces atouts majeurs pour le pays est tout aussi important. C’est la raison pour laquelle nous travaillons également avec les autorités pour que ces investissements perdurent, grâce à des réformes institutionnelles qui garantissent la soutenabilité de notre aide dans ce domaine. Nous militons en particulier pour la création d’une agence d’entretien routier, la création d’une cellule autonome d’audit régulier de l’entretien routier, et la réforme de la CAFER pour lui permettre de mobiliser les ressources liées à l’entretien routier.

Les infrastructures sanitaires constituent un autre pôle d’intérêt de l’Union Européenne dont l’appui sur ce chapitre s’élève à 4,3 milliards de FCFA (6,5 millions d’euros) et concerne la construction et/ou la réhabilitation et la mise à niveau de structures sanitaires dans les régions d’Agadez, Tahoua et Tillabéry. Il s’agit précisément de trois (3) hôpitaux de district (Bagaroua, Bankilaré et Bilma), de six (6) centres de santé intégrés, à raison de deux (2) par région (Iférouane, Ingall, Tassara, Loga, Bébatan et Abala) ; et enfin du Plateau technique et bloc administratif au Centre de la Mère et de l’Enfant d’Agadez.

Dans le domaine de l’énergie enfin, le Niger fait face actuellement à un contexte régional et international difficile, notamment avec un niveau d’accès à l’énergie moderne parmi les plus faibles au monde. Cette situation s’est aggravée, notamment à Agadez, par la surpopulation que génèrent les flux de migrants qui séjournent dans la région.

Afin d’apporter une amélioration substantielle à cette situation, les autorités nigériennes ont établi le projet de construire une centrale hybride (photovoltaïque-thermique) pour ajouter à la capacité existante fournie par la Société Nigérienne de production du Charbon (SONICHAR). C’est un projet intéressant qui nous projette résolument dans l’énergie solaire, une potentialité très prometteuse au Niger. Nous finançons une étude de faisabilité dont les travaux ont démarré le 21 novembre 2016 et prendront fin en mars 2017. Elle devrait servir de base pour le financement, conjointement par la Commission Européenne et l’Agence Française de Développement (AFD), de la construction de cette centrale.

Un des domaines dans lequel l’UE s’implique davantage au Niger et dans le Sahel, c’est la sécurité. Pouvez- vous nous faire le point sur les réalisations opérées dans ce secteur et, de façon plus spécifique, sur les actions de la mission EUCAP Sahel Niger ?

Vous avez raison de souligner cette implication croissante de l’UE dans le domaine de la sécurité. La raison essentielle qui explique cette orientation repose sur deux facteurs convergents.

En premier lieu, la prise de conscience aujourd’hui bien établie que sécurité et développement sont interdépendants, voire consubstantiels. Kofi Annan l’a dit il y a bien longtemps, mais cette prise de conscience conduit aujourd’hui l’UE à appréhender son action de façon plus globale dans le cadre de ce que nous appelons le nexus développement-sécurité. Cette approche consistant à faire de l’UE un acteur politique dans le cadre d’une approche globale est aussi un des nombreux effets de l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne en Europe.

En second lieu, et dans le cadre de cette approche globale, l’UE s’efforce de mettre en œuvre de façon cohérente, ‘’holistique’’, non seulement ses instruments financiers, y compris des instruments innovants, mais également ses outils de prévention et de gestion des crises déployés à la demande des autorités d’un pays, et avec un mandat endossé à l’unanimité des 28 Etats-membres.

Comme vous l’avez dit, le Sahel a fait l’objet, en 2011, de l’adoption d’une stratégie européenne pour la sécurité et le développement au Sahel. La mission EUCAP Sahel Niger, déployée en 2012 à la demande des autorités nigériennes, est donc partie de la réponse européenne aux défis sécuritaires du Niger et plus généralement du Sahel. Cette mission vise à renforcer les capacités des Forces de Sécurité intérieure pour lutter contre le terrorisme, à apporter aux populations la sécurité que l’Etat doit leur garantir, et à combattre les différentes formes de criminalité.

Je ne veux pas décliner ici les actions menées par EUCAP. La chef de mission, Madame Kirsi Henriksson, avec laquelle je travaille tous les jours dans une collaboration très étroite et amicale, le fera certainement mieux que moi. Je veux juste souligner que cette mission fait aujourd’hui l’unanimité, tant auprès des différents partenaires bilatéraux avec qui elle interagit, qu’auprès des autorités nigériennes. Laissez-moi vous donner juste un exemple de réalisation : le dispositif de sécurité des festivités de Agadez SOKNI sera commandé et piloté depuis un PC (appelé PC Mixte), regroupant toutes les composantes engagées dans ce dispositif, et ressortissant de différents ministères. Ce PC a été créé, équipé, et entrainé en étroite collaboration avec EUCAP Sahel Niger.

Excellence, le Niger est l’un des partenaires privilégié de l’UE en matière de gestion des flux migratoires. Les récentes missions de Bruxelles et des Etats membres de l’UE au Niger, en témoignent. Concrètement, comment s’illustre ce partenariat ?

D’abord, il convient de souligner que la migration illégale est un fléau. Il suffit de regarder les chiffres des personnes qui se noient dans la Méditerranée, et d’écouter les témoignages des pauvres gens qui survivent à ce voyage. L’Europe fait face à un afflux de réfugiés et de migrants difficilement supportable pour ses opinions publiques. Elle a décidé de proposer aux pays africains concernés un cadre de partenariat visant d’une part à traiter de façon pérenne les causes de la migration, c’est-à-dire l’absence d’opportunité pour les jeunes, et d’autre part, à garantir des conditions de retour dignes et pérennes pour les migrants irréguliers. Dans ce cadre, le Niger s’est engagé dans une coopération étroite avec l’UE sur ces deux aspects. Le Président de la République a présenté un Plan d’Action lors du Sommet des Chefs d’Etat de La Valette sur la migration en novembre 2015. Nous travaillons avec tous les partenaires concernés à la mise en œuvre de ce Plan d’Action qui est en cours de mise à jour. Bien entendu, ce travail fait l’objet d’un dialogue politique au plus haut niveau, qui explique les visites que vous avez mentionnées, et que les médias ont rapportées. Un fonds fiduciaire a été créé par l’UE lors du Sommet de La Valette, et nous avons déjà engagé un montant de 105 millions d’euros (plus de 68 milliards de FCFA) sur des programmes que l’on peut décliner sur trois axes :

Le renforcement des capacités des Forces de Sécurité à assurer le contrôle de ses frontières et de son territoire, et à lutter contre les trafics illicites que la migration génère. Je veux, ici, insister sur le fait que nous partageons tous le constat que les migrants sont des victimes, et en aucun cas des coupables, et c’est sur la base de ce constat partagé que nous travaillons.

Les alternatives au profit des communautés qui vivent de ce que j’appellerai ‘’l’économie parallèle’’ de la migration, ainsi qu’au profit des populations qui sont encore tentées de partir vivre dans des conditions dégradantes vers le Nord de l’Afrique.

L’aide au retour et à la réinsertion dans leurs pays d’origine des migrants qui, sur une base volontaire seulement, acceptent de renoncer à ce voyage. Il est important de souligner que ces programmes ne remettent pas en cause le principe établi de la libre circulation des ressortissants de la CEDEAO. Ces programmes visent en particulier la région d’Agadez, mais aussi celles de Tahoua et de Zinder.

Nous évaluerons régulièrement ces programmes, ainsi que les besoins additionnels au sein du cadre de concertation sur la migration qui a été créé par décret pour regrouper tous les acteurs de ce dossier sous la co-présidence des Ministres de l’Intérieur et de la Justice.

En termes de perspectives, quels sont les chantiers imminents ou à venir dans les interventions de l’Union Européenne au Niger ?

Des conventions de financement viennent d’être approuvées pour 470 millions d’euros, soit plus de 308 milliards de FCFA, sur un total de 596 millions d’euros, c’est-à-dire plus de 390,9 milliards de FCFA du 11ème FED (2014-2020). Celles-ci concernent les secteurs prioritaires prévus dans le programme de coopération décidé conjointement avec le Gouvernement, comme expliqué plus haut. Il s’agit notamment de poursuivre les importants efforts déjà consentis en matière de sécurité alimentaire et de résilience à travers une production alimentaire accrue et durable, une meilleure maîtrise de l’eau, le renforcement des capacités de prévention et de réponse face à l’insécurité alimentaire (203 millions d’euros, soit plus de 133 milliards de FCFA). Un autre important secteur d’intervention est le renforcement de la capacité de l’Etat de mettre en œuvre des politiques sociales. Dans ce cadre, un important programme de réforme du secteur de l’Education (77 millions d’euros soit plus de 50 milliards de FCFA) va être lancé. La maîtrise démographique, une priorité présidentielle, est également prise en compte. Le renforcement de la gestion des finances publiques va se poursuivre. Le troisième secteur dans lequel l’appui européen est reconduit touche aux questions de sécurité, bonne gouvernance et consolidation de la paix (82 millions d’euros soit plus de 53 milliards de FCFA). Cela se fait notamment à travers l’appui aux capacités des Forces de Sécurité Intérieure en matière de lutte contre la migration illégale et de contrôle aux frontières (en complémentarité avec les actions entreprises dans le cadre du fonds fiduciaire de stabilité pour la migration et de l’action de l’opération d’EUCAP Sahel Niger).

Un autre volet de cet appui bénéficie au secteur de la justice, notamment l’appui à l’Agence Nationale de Lutte contre la Traite des Personnes (ANLTP). Finalement, comme déjà mentionné dans une question précédente, le dernier important secteur de concentration qui continuera à bénéficier d’un appui dans le futur est celui du désenclavement des zones affectées par l’insécurité et le risque de conflits. Il s’agit d’abord d’un important programme de construction et de réhabilitation d’infrastructures routières (routes et pistes). C’est ainsi que le 11ème FED considère entre 2017 et 2020 la construction de 469 km de la route en terre en allant de la frontière Mali (Agendour) à Ingall (région d’Agadez) en passant par les départements de Tillia, Tchintabaraden et Tassara (région de Tahoua).

De même le tronçon de 48 km de Zinder à Bakin Birji et probablement le tronçon Bakin Birji - Tanout (95km) sont prévus. Leurs positions sur l’axe de la Transsaharienne, entre Zinder et Agadez, va avoir un important impact positif sur cette région.

En dehors de cette aide «programmée», il convient d’ajouter plusieurs autres contributions additionnelles importantes dont le Fonds Fiduciaire de Stabilité pour la Migration lancé lors du Sommet de La Valette de novembre 2015, mentionné plus haut et qui monte progressivement en puissance.

Onep
09 décembre 2016
Source : http://lesahel.org/

L’Ambassadeur de l’Union Européenne(UE) dresse le bilan de la Coopération UE-Niger : ‘’Le Niger est indiscutablement aujourd’hui un partenaire privilégié de l’Union Européenne’’, déclare M. Raul Mateus Paula

09/12/2016

SEM. Raul Mateus Paula, Ambassadeur de l’Union Européenne(UE) au Niger Excellence Monsieur l’Ambassadeur, comment se portent les relations entre l’Union Européenne et le Niger en cette fin d’année 2016, et quels en ont été les faits marquants?

Je crois pouvoir dire que les relations entre l’Union Européenne et le Niger sont excellentes. Le Niger est indiscutablement aujourd’hui un partenaire privilégié de l’Union Européenne. Cette relation privilégiée s’inscrit dans une communauté de vues sur de nombreux sujets qui touchent à la fois le Niger et la sous-région, nécessitant un partenariat ouvert et un dialogue politique permanent au niveau approprié.

Cette communauté de vues commence par l’analyse des défis de court et moyen termes auxquels le pays doit faire face. Je parlerai rapidement des défis ‘’exogènes’’ tels que les défis économiques, la chute des prix des matières premières et la situation économique du Nigeria, des défis climatiques qui menacent les potentialités agricoles du pays et risquent d’entrainer des mutations profondes, et bien entendu des défis sécuritaires aux frontières du pays, dont le coût financier, humain et les conséquences humanitaires sont désastreuses aujourd’hui. Je n’oublie pas les ‘’défis endogènes’’ importants que les autorités ont également parfaitement identifiés, tels que les défis sociétaux, pour que le pays s’engage résolument dans la voie d’une transition démographique nécessaire, les défis institutionnels relatifs à la gouvernance et aux nécessaires réformes structurelles qui devront permettre à la totalité de la population de bénéficier de la sécurité à laquelle elle aspire, ainsi que des services de base dans le domaine des soins, de l’éducation, des transports, de l’énergie….

Notre partenariat consiste avant tout à travailler ensemble pour permettre à l’Union Européenne, ainsi qu’aux autres partenaires du Niger, de contribuer aux plans de réponse élaborés par les autorités pour faire face aux défis mentionnés. Il s’agit donc d’établir un dialogue sectoriel régulier, permanent et ouvert pour garantir que les réponses soient à la hauteur des enjeux.

Enfin, ce partenariat doit être conduit dans le cadre d’un dialogue politique permanent. C’est mon rôle en tant qu’ambassadeur de l’Union Européenne de conduire ce dialogue en étroite collaboration avec mes collègues représentants les Etats-membres de l’UE au Niger. C’est aussi l’objet des nombreuses missions effectuées par les plus hautes autorités de l’UE à Niamey, ainsi que des rencontres régulières à l’occasion des différents sommets internationaux auxquels nous participons ensemble avec le Niger. C’est ainsi que Madame Mogherini, notre Haute représentante pour la politique étrangère a effectué au Niger son premier déplacement en Afrique en Septembre 2015. Cette visite a été suivie de nombreuses autres missions de haut niveau. Enfin, j’ai transmis, il y a quelques jours, une correspondance du président de la Commission Européenne, M. Jean-Claude Juncker, invitant SEM. le Président de la République, Issoufou Mahamadou à se rendre à Bruxelles.

Avant d’aborder ses aspects thématiques ou sectoriels, veuillez nous présenter les grandes lignes de cette coopération entre l’Union Européenne et le Niger?

Le programme de coopération est décidé conjointement entre la Commission Européenne et le Gouvernement nigérien, représenté par le Ministre des Finances, Ordonnateur national du Fonds Européen de Développement (FED), principal instrument de financement de ce programme.

Celui-ci est formalisé dans un document de programmation pluriannuelle, le Programme Indicatif National (PIN), dont nous démarrons actuellement la mise en œuvre qui porte sur la période 2014-2020 (11ème FED) et qui s’articule sur le Programme de Développement Economique et Social du Niger (PDES) et en reflète les priorités. En résumé, notre programme de coopération porte sur quatre secteurs principaux que sont la sécurité alimentaire et nutritionnelle et la résilience ; le renforcement de la capacité de l’Etat pour la mise en œuvre des politiques sociales, y compris le renforcement de la gestion des     finances publiques, la sécurité, la bonne gouvernance et la consolidation de la paix et,     finalement, le désenclavement de régions affectées par l’insécurité et le risque de conflit.

Une attention particulière est accordée aux appuis à la société civile et aux jeunes, à la lutte contre la radicalisation et aux valeurs démocratiques. Outre l’approche projet, l’appui budgétaire est une modalité importante de mobilisation de l’aide communautaire. A côté du PIN, il y a un Programme Indicatif Régional (PIR) dont le Niger est un des bénéficiaires. On y retrouve, à l’échelle régionale, certaines des priorités du PIN (sécurité alimentaire, paix et sécurité) et des thématiques telles que la conservation et la gestion durable des ressources naturelles, le développement d’infrastructures et de l’énergie, ainsi que du secteur privé et de l’intégration commerciale.

A cela s’ajoute le fonds fiduciaire de stabilité pour la migration en Afrique qui a été lancé lors du Sommet Europe-Afrique sur la migration, tenu à La Valette, en novembre 2015 et qui prend une importance croissante pour s’attaquer aux différentes dimensions de la migration irrégulière.

Veuillez nous éclairer sur l’option de l’appui budgétaire que l’UE privilégie de plus en plus dans le soutien qu’il apporte à l’Etat du Niger. Pourquoi cette option et quel apport pour le Niger, notamment en 2016 ?

L’appui budgétaire est une modalité avancée d’octroi de l’aide au développement, mais il ne faut pas penser qu’il s’agit d’un chèque en blanc. L’appui budgétaire n’est pas non plus accordé à tous les pays. Il est soumis à une série de critères d’éligibilité qui doivent être remplis avant et durant la mise en œuvre du programme, et ses conditions doivent être satisfaites avant que les paiements ne soient effectués. L’appui budgétaire est fourni pour servir de ‘’vecteur de changement’’ en vue de répondre aux défis posés par le développement ; c’est un moyen de fournir une aide de meilleure qualité et de parvenir aux résultats escomptés en matière de développement durable.

En fait, le transfert de fonds sur le compte du Trésor n’est qu’un des éléments des programmes d’appui budgétaire qui se focalisent aussi sur le dialogue, l’évaluation des performances et le renforcement des capacités, sur la base d’un partenariat et d’une redevabilité mutuelle.

Dans le cas du Niger, il a été considéré que l’appui budgétaire devait être l’instrument privilégié pour la mise en œuvre du 11ème FED. Une fois les conditions remplies et le décaissement effectué, l’utilisation des fonds de l’appui budgétaire se fait conformément aux systèmes de gestion des finances publics nationaux. La gestion des ressources provenant de ce transfert incombe à l’Etat nigérien. A notre avis, c’est la meilleure approche pour renforcer les capacités nationales, minimiser les coûts de transaction et optimiser la redevabilité, évitant la création des systèmes parallèles, souvent lourds et coûteux.

L’appui budgétaire est donc en totale harmonie avec les principes et les engagements pris dans le cadre de la Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide (2005), du Programme d’Action d’Accra (2008) et du Partenariat de Busan pour une coopération efficace au service du développement (2011). Pour la mise en œuvre du 11ème FED au Niger, nous avons déjà identifié trois nouveaux programmes d’appui budgétaire pour un montant total de 362 millions d’euros, soit environ 237 milliards de FCFA, auxquels vient s’ajouter un programme financé par le Fonds Fiduciaire d’Urgence pour la migration d’un montant de 20 millions d’euros, soit environ 13 milliards de FCFA.

Parmi ces programmes, on trouve de l’appui budgétaire général et aussi sectoriel, centrés en particulier sur la sécurité alimentaire, la nutrition, l’éducation, la justice, la sécurité et la gouvernance.

A titre d’exemple, dans le domaine de la sécurité alimentaire, l’Union Européenne accompagnera l´Etat du Niger à travers la mise en œuvre d´un contrat de réforme sectoriel d´un montant de 203 millions d’euros, soit plus de 133 milliards de FCFA, couvrant la période de 2016 à 2020. Pour l’année 2016, les cinq programmes d’appui budgétaire en cours comportent 23 objectifs. Nous sommes en train d’analyser le degré d’atteinte de ceux-ci pour déterminer le montant à décaisser, qui pourrait avoisiner, au total, les 70 milliards de FCFA, soit 107 millions d’euros.

Le respect des Droits de l’Homme est une valeur fondamentale de l’UE qu’elle a toujours promue et défendue. Le 10 décembre est la journée internationale dédiée aux Droits de l’Homme. Quel est le message de l’UE à cette occasion, et quel est l’état des relations entre l’Union Européenne et le Niger sur ce volet ?

Nous célébrons effectivement ensemble la journée internationale des Droits de l’Homme, dont le slogan défini cette année par le Haut-Commissaire aux droits de l’Homme des Nations Unies rappelle que la défense de ces droits est une responsabilité individuelle; il appelle «chacun à défendre les droits de quelqu’un». Mais au-delà, il s’agit aussi d’un engagement collectif, dans lequel l’UE entend jouer un rôle de premier plan, dans le cadre de la nouvelle stratégie globale pour la politique étrangère et de sécurité de l’UE lancée en juin 2016. Je voudrai faire référence au rapport de la session de l’Examen Périodique Universel des droits de l’Homme qui, pour le Niger, s’est tenue en janvier de cette année.

Ce rapport souligne les progrès accomplis par le Niger depuis 2011 et constate la mise en œuvre de pratiquement toutes les recommandations faites lors de l’examen précédent. Nous en félicitons les autorités. Pour autant, l’Union Européenne reste très vigilante sur cette question, et déterminée à soutenir les institutions ainsi que les Organisations de la Société Civile (OSC) qui œuvrent pour compléter et poursuivre les efforts déjà fournis. Nous pensons en particulier à la gouvernance financière et aux droits de la femme et de l’enfant. Nous avons salué l’adoption de la nouvelle loi précisant les attributions et le fonctionnement de la Haute Autorité à la Lutte contre la Corruption et les Infractions Assimilées (HALCIA), et nous continuons de soutenir le Ministère de la Justice pour que le citoyen, y compris dans les zones reculées du pays, puisse avoir accès à la justice qu’il réclame. Enfin, concernant les Droits de la femme, ce point est pour nous très important, car il est interdépendant avec d’autres enjeux cruciaux, tels que l’éducation, la santé reproductive, l’application intégrale du droit et de la Constitution. Nous soutenons activement les engagements pris par le Président de la République dans son Programme Renaissance II, et apportons notre appui à tous les ministères engagés, y compris le Ministère de la Renaissance culturelle. Nous avons également décidé cette année de soutenir directement la Commission Nationale des Droits Humains (CNDH) à travers une convention signée à l’occasion de cette journée internationale, lui permettant ainsi de jouer pleinement son rôle.
Les infrastructures constituent un des secteurs essentiels dans lequel l’UE intervient au Niger.

On vous a vu lancer des travaux d’infrastructures de santé et de transport, notamment les routes. Et tout récemment, l’UE s’est engagée dans une étude de faisabilité pour doter la ville d’Agadez d’une centrale électrique. Pourquoi cet intérêt pour les infrastructures ?

Effectivement, les infrastructures sont un des axes majeurs de la coopération avec le Niger. Et à ce niveau, l’appui de l’UE concerne les routes, les structures sanitaires et l’énergie.

S’agissant de l’infrastructure routière, il faut souligner que le Niger fait partie des rares pays à bénéficier encore, exceptionnellement, de l’appui de l’Union Européenne dans ce domaine qui est inscrit comme secteur de concentration dans le Programme Indicatif National (PIN) du 11ème FED, avec un montant de 90 millions d’euros, soit plus de 59 milliards FCFA, prévu à cet effet.

Il faut noter qu’il s’agit d’un enjeu économique majeur qui conditionne la circulation des personnes et des biens, mais aussi les échanges commerciaux, en particulier les produits de la terre, ressources essentielles du pays. Depuis ces 15 dernières années, l’UE a mobilisé plus de 180 milliards de FCFA pour ce secteur, avec comme résultat environ 1000 km de routes bitumées dont quelque 800 km sur la RN1 entre les régions de Tillabéry et de Zinder, et environ 300 km sur l’axe Trans-saharien, sans oublier les efforts pour désenclaver les zones rurales au Nord.

Toutefois, construire des axes de communication et des vecteurs d’échanges économiques est une chose, mais entretenir ces atouts majeurs pour le pays est tout aussi important. C’est la raison pour laquelle nous travaillons également avec les autorités pour que ces investissements perdurent, grâce à des réformes institutionnelles qui garantissent la soutenabilité de notre aide dans ce domaine. Nous militons en particulier pour la création d’une agence d’entretien routier, la création d’une cellule autonome d’audit régulier de l’entretien routier, et la réforme de la CAFER pour lui permettre de mobiliser les ressources liées à l’entretien routier.

Les infrastructures sanitaires constituent un autre pôle d’intérêt de l’Union Européenne dont l’appui sur ce chapitre s’élève à 4,3 milliards de FCFA (6,5 millions d’euros) et concerne la construction et/ou la réhabilitation et la mise à niveau de structures sanitaires dans les régions d’Agadez, Tahoua et Tillabéry. Il s’agit précisément de trois (3) hôpitaux de district (Bagaroua, Bankilaré et Bilma), de six (6) centres de santé intégrés, à raison de deux (2) par région (Iférouane, Ingall, Tassara, Loga, Bébatan et Abala) ; et enfin du Plateau technique et bloc administratif au Centre de la Mère et de l’Enfant d’Agadez.

Dans le domaine de l’énergie enfin, le Niger fait face actuellement à un contexte régional et international difficile, notamment avec un niveau d’accès à l’énergie moderne parmi les plus faibles au monde. Cette situation s’est aggravée, notamment à Agadez, par la surpopulation que génèrent les flux de migrants qui séjournent dans la région.

Afin d’apporter une amélioration substantielle à cette situation, les autorités nigériennes ont établi le projet de construire une centrale hybride (photovoltaïque-thermique) pour ajouter à la capacité existante fournie par la Société Nigérienne de production du Charbon (SONICHAR). C’est un projet intéressant qui nous projette résolument dans l’énergie solaire, une potentialité très prometteuse au Niger. Nous finançons une étude de faisabilité dont les travaux ont démarré le 21 novembre 2016 et prendront fin en mars 2017. Elle devrait servir de base pour le financement, conjointement par la Commission Européenne et l’Agence Française de Développement (AFD), de la construction de cette centrale.

Un des domaines dans lequel l’UE s’implique davantage au Niger et dans le Sahel, c’est la sécurité. Pouvez- vous nous faire le point sur les réalisations opérées dans ce secteur et, de façon plus spécifique, sur les actions de la mission EUCAP Sahel Niger ?

Vous avez raison de souligner cette implication croissante de l’UE dans le domaine de la sécurité. La raison essentielle qui explique cette orientation repose sur deux facteurs convergents.

En premier lieu, la prise de conscience aujourd’hui bien établie que sécurité et développement sont interdépendants, voire consubstantiels. Kofi Annan l’a dit il y a bien longtemps, mais cette prise de conscience conduit aujourd’hui l’UE à appréhender son action de façon plus globale dans le cadre de ce que nous appelons le nexus développement-sécurité. Cette approche consistant à faire de l’UE un acteur politique dans le cadre d’une approche globale est aussi un des nombreux effets de l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne en Europe.

En second lieu, et dans le cadre de cette approche globale, l’UE s’efforce de mettre en œuvre de façon cohérente, ‘’holistique’’, non seulement ses instruments financiers, y compris des instruments innovants, mais également ses outils de prévention et de gestion des crises déployés à la demande des autorités d’un pays, et avec un mandat endossé à l’unanimité des 28 Etats-membres.

Comme vous l’avez dit, le Sahel a fait l’objet, en 2011, de l’adoption d’une stratégie européenne pour la sécurité et le développement au Sahel. La mission EUCAP Sahel Niger, déployée en 2012 à la demande des autorités nigériennes, est donc partie de la réponse européenne aux défis sécuritaires du Niger et plus généralement du Sahel. Cette mission vise à renforcer les capacités des Forces de Sécurité intérieure pour lutter contre le terrorisme, à apporter aux populations la sécurité que l’Etat doit leur garantir, et à combattre les différentes formes de criminalité.

Je ne veux pas décliner ici les actions menées par EUCAP. La chef de mission, Madame Kirsi Henriksson, avec laquelle je travaille tous les jours dans une collaboration très étroite et amicale, le fera certainement mieux que moi. Je veux juste souligner que cette mission fait aujourd’hui l’unanimité, tant auprès des différents partenaires bilatéraux avec qui elle interagit, qu’auprès des autorités nigériennes. Laissez-moi vous donner juste un exemple de réalisation : le dispositif de sécurité des festivités de Agadez SOKNI sera commandé et piloté depuis un PC (appelé PC Mixte), regroupant toutes les composantes engagées dans ce dispositif, et ressortissant de différents ministères. Ce PC a été créé, équipé, et entrainé en étroite collaboration avec EUCAP Sahel Niger.

Excellence, le Niger est l’un des partenaires privilégié de l’UE en matière de gestion des flux migratoires. Les récentes missions de Bruxelles et des Etats membres de l’UE au Niger, en témoignent. Concrètement, comment s’illustre ce partenariat ?

D’abord, il convient de souligner que la migration illégale est un fléau. Il suffit de regarder les chiffres des personnes qui se noient dans la Méditerranée, et d’écouter les témoignages des pauvres gens qui survivent à ce voyage. L’Europe fait face à un afflux de réfugiés et de migrants difficilement supportable pour ses opinions publiques. Elle a décidé de proposer aux pays africains concernés un cadre de partenariat visant d’une part à traiter de façon pérenne les causes de la migration, c’est-à-dire l’absence d’opportunité pour les jeunes, et d’autre part, à garantir des conditions de retour dignes et pérennes pour les migrants irréguliers. Dans ce cadre, le Niger s’est engagé dans une coopération étroite avec l’UE sur ces deux aspects. Le Président de la République a présenté un Plan d’Action lors du Sommet des Chefs d’Etat de La Valette sur la migration en novembre 2015. Nous travaillons avec tous les partenaires concernés à la mise en œuvre de ce Plan d’Action qui est en cours de mise à jour. Bien entendu, ce travail fait l’objet d’un dialogue politique au plus haut niveau, qui explique les visites que vous avez mentionnées, et que les médias ont rapportées. Un fonds fiduciaire a été créé par l’UE lors du Sommet de La Valette, et nous avons déjà engagé un montant de 105 millions d’euros (plus de 68 milliards de FCFA) sur des programmes que l’on peut décliner sur trois axes :

Le renforcement des capacités des Forces de Sécurité à assurer le contrôle de ses frontières et de son territoire, et à lutter contre les trafics illicites que la migration génère. Je veux, ici, insister sur le fait que nous partageons tous le constat que les migrants sont des victimes, et en aucun cas des coupables, et c’est sur la base de ce constat partagé que nous travaillons.

Les alternatives au profit des communautés qui vivent de ce que j’appellerai ‘’l’économie parallèle’’ de la migration, ainsi qu’au profit des populations qui sont encore tentées de partir vivre dans des conditions dégradantes vers le Nord de l’Afrique.

L’aide au retour et à la réinsertion dans leurs pays d’origine des migrants qui, sur une base volontaire seulement, acceptent de renoncer à ce voyage. Il est important de souligner que ces programmes ne remettent pas en cause le principe établi de la libre circulation des ressortissants de la CEDEAO. Ces programmes visent en particulier la région d’Agadez, mais aussi celles de Tahoua et de Zinder.

Nous évaluerons régulièrement ces programmes, ainsi que les besoins additionnels au sein du cadre de concertation sur la migration qui a été créé par décret pour regrouper tous les acteurs de ce dossier sous la co-présidence des Ministres de l’Intérieur et de la Justice.

En termes de perspectives, quels sont les chantiers imminents ou à venir dans les interventions de l’Union Européenne au Niger ?

Des conventions de financement viennent d’être approuvées pour 470 millions d’euros, soit plus de 308 milliards de FCFA, sur un total de 596 millions d’euros, c’est-à-dire plus de 390,9 milliards de FCFA du 11ème FED (2014-2020). Celles-ci concernent les secteurs prioritaires prévus dans le programme de coopération décidé conjointement avec le Gouvernement, comme expliqué plus haut. Il s’agit notamment de poursuivre les importants efforts déjà consentis en matière de sécurité alimentaire et de résilience à travers une production alimentaire accrue et durable, une meilleure maîtrise de l’eau, le renforcement des capacités de prévention et de réponse face à l’insécurité alimentaire (203 millions d’euros, soit plus de 133 milliards de FCFA). Un autre important secteur d’intervention est le renforcement de la capacité de l’Etat de mettre en œuvre des politiques sociales. Dans ce cadre, un important programme de réforme du secteur de l’Education (77 millions d’euros soit plus de 50 milliards de FCFA) va être lancé. La maîtrise démographique, une priorité présidentielle, est également prise en compte. Le renforcement de la gestion des finances publiques va se poursuivre. Le troisième secteur dans lequel l’appui européen est reconduit touche aux questions de sécurité, bonne gouvernance et consolidation de la paix (82 millions d’euros soit plus de 53 milliards de FCFA). Cela se fait notamment à travers l’appui aux capacités des Forces de Sécurité Intérieure en matière de lutte contre la migration illégale et de contrôle aux frontières (en complémentarité avec les actions entreprises dans le cadre du fonds fiduciaire de stabilité pour la migration et de l’action de l’opération d’EUCAP Sahel Niger).

Un autre volet de cet appui bénéficie au secteur de la justice, notamment l’appui à l’Agence Nationale de Lutte contre la Traite des Personnes (ANLTP). Finalement, comme déjà mentionné dans une question précédente, le dernier important secteur de concentration qui continuera à bénéficier d’un appui dans le futur est celui du désenclavement des zones affectées par l’insécurité et le risque de conflits. Il s’agit d’abord d’un important programme de construction et de réhabilitation d’infrastructures routières (routes et pistes). C’est ainsi que le 11ème FED considère entre 2017 et 2020 la construction de 469 km de la route en terre en allant de la frontière Mali (Agendour) à Ingall (région d’Agadez) en passant par les départements de Tillia, Tchintabaraden et Tassara (région de Tahoua).

De même le tronçon de 48 km de Zinder à Bakin Birji et probablement le tronçon Bakin Birji - Tanout (95km) sont prévus. Leurs positions sur l’axe de la Transsaharienne, entre Zinder et Agadez, va avoir un important impact positif sur cette région.

En dehors de cette aide «programmée», il convient d’ajouter plusieurs autres contributions additionnelles importantes dont le Fonds Fiduciaire de Stabilité pour la Migration lancé lors du Sommet de La Valette de novembre 2015, mentionné plus haut et qui monte progressivement en puissance.

Onep
09 décembre 2016
Source : http://lesahel.org/

L’Ambassadeur de l’Union Européenne(UE) dresse le bilan de la Coopération UE-Niger : ‘’Le Niger est indiscutablement aujourd’hui un partenaire privilégié de l’Union Européenne’’, déclare M. Raul Mateus Paula

09/12/2016

SEM. Raul Mateus Paula, Ambassadeur de l’Union Européenne(UE) au Niger Excellence Monsieur l’Ambassadeur, comment se portent les relations entre l’Union Européenne et le Niger en cette fin d’année 2016, et quels en ont été les faits marquants?

Je crois pouvoir dire que les relations entre l’Union Européenne et le Niger sont excellentes. Le Niger est indiscutablement aujourd’hui un partenaire privilégié de l’Union Européenne. Cette relation privilégiée s’inscrit dans une communauté de vues sur de nombreux sujets qui touchent à la fois le Niger et la sous-région, nécessitant un partenariat ouvert et un dialogue politique permanent au niveau approprié.

Cette communauté de vues commence par l’analyse des défis de court et moyen termes auxquels le pays doit faire face. Je parlerai rapidement des défis ‘’exogènes’’ tels que les défis économiques, la chute des prix des matières premières et la situation économique du Nigeria, des défis climatiques qui menacent les potentialités agricoles du pays et risquent d’entrainer des mutations profondes, et bien entendu des défis sécuritaires aux frontières du pays, dont le coût financier, humain et les conséquences humanitaires sont désastreuses aujourd’hui. Je n’oublie pas les ‘’défis endogènes’’ importants que les autorités ont également parfaitement identifiés, tels que les défis sociétaux, pour que le pays s’engage résolument dans la voie d’une transition démographique nécessaire, les défis institutionnels relatifs à la gouvernance et aux nécessaires réformes structurelles qui devront permettre à la totalité de la population de bénéficier de la sécurité à laquelle elle aspire, ainsi que des services de base dans le domaine des soins, de l’éducation, des transports, de l’énergie….

Notre partenariat consiste avant tout à travailler ensemble pour permettre à l’Union Européenne, ainsi qu’aux autres partenaires du Niger, de contribuer aux plans de réponse élaborés par les autorités pour faire face aux défis mentionnés. Il s’agit donc d’établir un dialogue sectoriel régulier, permanent et ouvert pour garantir que les réponses soient à la hauteur des enjeux.

Enfin, ce partenariat doit être conduit dans le cadre d’un dialogue politique permanent. C’est mon rôle en tant qu’ambassadeur de l’Union Européenne de conduire ce dialogue en étroite collaboration avec mes collègues représentants les Etats-membres de l’UE au Niger. C’est aussi l’objet des nombreuses missions effectuées par les plus hautes autorités de l’UE à Niamey, ainsi que des rencontres régulières à l’occasion des différents sommets internationaux auxquels nous participons ensemble avec le Niger. C’est ainsi que Madame Mogherini, notre Haute représentante pour la politique étrangère a effectué au Niger son premier déplacement en Afrique en Septembre 2015. Cette visite a été suivie de nombreuses autres missions de haut niveau. Enfin, j’ai transmis, il y a quelques jours, une correspondance du président de la Commission Européenne, M. Jean-Claude Juncker, invitant SEM. le Président de la République, Issoufou Mahamadou à se rendre à Bruxelles.

Avant d’aborder ses aspects thématiques ou sectoriels, veuillez nous présenter les grandes lignes de cette coopération entre l’Union Européenne et le Niger?

Le programme de coopération est décidé conjointement entre la Commission Européenne et le Gouvernement nigérien, représenté par le Ministre des Finances, Ordonnateur national du Fonds Européen de Développement (FED), principal instrument de financement de ce programme.

Celui-ci est formalisé dans un document de programmation pluriannuelle, le Programme Indicatif National (PIN), dont nous démarrons actuellement la mise en œuvre qui porte sur la période 2014-2020 (11ème FED) et qui s’articule sur le Programme de Développement Economique et Social du Niger (PDES) et en reflète les priorités. En résumé, notre programme de coopération porte sur quatre secteurs principaux que sont la sécurité alimentaire et nutritionnelle et la résilience ; le renforcement de la capacité de l’Etat pour la mise en œuvre des politiques sociales, y compris le renforcement de la gestion des     finances publiques, la sécurité, la bonne gouvernance et la consolidation de la paix et,     finalement, le désenclavement de régions affectées par l’insécurité et le risque de conflit.

Une attention particulière est accordée aux appuis à la société civile et aux jeunes, à la lutte contre la radicalisation et aux valeurs démocratiques. Outre l’approche projet, l’appui budgétaire est une modalité importante de mobilisation de l’aide communautaire. A côté du PIN, il y a un Programme Indicatif Régional (PIR) dont le Niger est un des bénéficiaires. On y retrouve, à l’échelle régionale, certaines des priorités du PIN (sécurité alimentaire, paix et sécurité) et des thématiques telles que la conservation et la gestion durable des ressources naturelles, le développement d’infrastructures et de l’énergie, ainsi que du secteur privé et de l’intégration commerciale.

A cela s’ajoute le fonds fiduciaire de stabilité pour la migration en Afrique qui a été lancé lors du Sommet Europe-Afrique sur la migration, tenu à La Valette, en novembre 2015 et qui prend une importance croissante pour s’attaquer aux différentes dimensions de la migration irrégulière.

Veuillez nous éclairer sur l’option de l’appui budgétaire que l’UE privilégie de plus en plus dans le soutien qu’il apporte à l’Etat du Niger. Pourquoi cette option et quel apport pour le Niger, notamment en 2016 ?

L’appui budgétaire est une modalité avancée d’octroi de l’aide au développement, mais il ne faut pas penser qu’il s’agit d’un chèque en blanc. L’appui budgétaire n’est pas non plus accordé à tous les pays. Il est soumis à une série de critères d’éligibilité qui doivent être remplis avant et durant la mise en œuvre du programme, et ses conditions doivent être satisfaites avant que les paiements ne soient effectués. L’appui budgétaire est fourni pour servir de ‘’vecteur de changement’’ en vue de répondre aux défis posés par le développement ; c’est un moyen de fournir une aide de meilleure qualité et de parvenir aux résultats escomptés en matière de développement durable.

En fait, le transfert de fonds sur le compte du Trésor n’est qu’un des éléments des programmes d’appui budgétaire qui se focalisent aussi sur le dialogue, l’évaluation des performances et le renforcement des capacités, sur la base d’un partenariat et d’une redevabilité mutuelle.

Dans le cas du Niger, il a été considéré que l’appui budgétaire devait être l’instrument privilégié pour la mise en œuvre du 11ème FED. Une fois les conditions remplies et le décaissement effectué, l’utilisation des fonds de l’appui budgétaire se fait conformément aux systèmes de gestion des finances publics nationaux. La gestion des ressources provenant de ce transfert incombe à l’Etat nigérien. A notre avis, c’est la meilleure approche pour renforcer les capacités nationales, minimiser les coûts de transaction et optimiser la redevabilité, évitant la création des systèmes parallèles, souvent lourds et coûteux.

L’appui budgétaire est donc en totale harmonie avec les principes et les engagements pris dans le cadre de la Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide (2005), du Programme d’Action d’Accra (2008) et du Partenariat de Busan pour une coopération efficace au service du développement (2011). Pour la mise en œuvre du 11ème FED au Niger, nous avons déjà identifié trois nouveaux programmes d’appui budgétaire pour un montant total de 362 millions d’euros, soit environ 237 milliards de FCFA, auxquels vient s’ajouter un programme financé par le Fonds Fiduciaire d’Urgence pour la migration d’un montant de 20 millions d’euros, soit environ 13 milliards de FCFA.

Parmi ces programmes, on trouve de l’appui budgétaire général et aussi sectoriel, centrés en particulier sur la sécurité alimentaire, la nutrition, l’éducation, la justice, la sécurité et la gouvernance.

A titre d’exemple, dans le domaine de la sécurité alimentaire, l’Union Européenne accompagnera l´Etat du Niger à travers la mise en œuvre d´un contrat de réforme sectoriel d´un montant de 203 millions d’euros, soit plus de 133 milliards de FCFA, couvrant la période de 2016 à 2020. Pour l’année 2016, les cinq programmes d’appui budgétaire en cours comportent 23 objectifs. Nous sommes en train d’analyser le degré d’atteinte de ceux-ci pour déterminer le montant à décaisser, qui pourrait avoisiner, au total, les 70 milliards de FCFA, soit 107 millions d’euros.

Le respect des Droits de l’Homme est une valeur fondamentale de l’UE qu’elle a toujours promue et défendue. Le 10 décembre est la journée internationale dédiée aux Droits de l’Homme. Quel est le message de l’UE à cette occasion, et quel est l’état des relations entre l’Union Européenne et le Niger sur ce volet ?

Nous célébrons effectivement ensemble la journée internationale des Droits de l’Homme, dont le slogan défini cette année par le Haut-Commissaire aux droits de l’Homme des Nations Unies rappelle que la défense de ces droits est une responsabilité individuelle; il appelle «chacun à défendre les droits de quelqu’un». Mais au-delà, il s’agit aussi d’un engagement collectif, dans lequel l’UE entend jouer un rôle de premier plan, dans le cadre de la nouvelle stratégie globale pour la politique étrangère et de sécurité de l’UE lancée en juin 2016. Je voudrai faire référence au rapport de la session de l’Examen Périodique Universel des droits de l’Homme qui, pour le Niger, s’est tenue en janvier de cette année.

Ce rapport souligne les progrès accomplis par le Niger depuis 2011 et constate la mise en œuvre de pratiquement toutes les recommandations faites lors de l’examen précédent. Nous en félicitons les autorités. Pour autant, l’Union Européenne reste très vigilante sur cette question, et déterminée à soutenir les institutions ainsi que les Organisations de la Société Civile (OSC) qui œuvrent pour compléter et poursuivre les efforts déjà fournis. Nous pensons en particulier à la gouvernance financière et aux droits de la femme et de l’enfant. Nous avons salué l’adoption de la nouvelle loi précisant les attributions et le fonctionnement de la Haute Autorité à la Lutte contre la Corruption et les Infractions Assimilées (HALCIA), et nous continuons de soutenir le Ministère de la Justice pour que le citoyen, y compris dans les zones reculées du pays, puisse avoir accès à la justice qu’il réclame. Enfin, concernant les Droits de la femme, ce point est pour nous très important, car il est interdépendant avec d’autres enjeux cruciaux, tels que l’éducation, la santé reproductive, l’application intégrale du droit et de la Constitution. Nous soutenons activement les engagements pris par le Président de la République dans son Programme Renaissance II, et apportons notre appui à tous les ministères engagés, y compris le Ministère de la Renaissance culturelle. Nous avons également décidé cette année de soutenir directement la Commission Nationale des Droits Humains (CNDH) à travers une convention signée à l’occasion de cette journée internationale, lui permettant ainsi de jouer pleinement son rôle.
Les infrastructures constituent un des secteurs essentiels dans lequel l’UE intervient au Niger.

On vous a vu lancer des travaux d’infrastructures de santé et de transport, notamment les routes. Et tout récemment, l’UE s’est engagée dans une étude de faisabilité pour doter la ville d’Agadez d’une centrale électrique. Pourquoi cet intérêt pour les infrastructures ?

Effectivement, les infrastructures sont un des axes majeurs de la coopération avec le Niger. Et à ce niveau, l’appui de l’UE concerne les routes, les structures sanitaires et l’énergie.

S’agissant de l’infrastructure routière, il faut souligner que le Niger fait partie des rares pays à bénéficier encore, exceptionnellement, de l’appui de l’Union Européenne dans ce domaine qui est inscrit comme secteur de concentration dans le Programme Indicatif National (PIN) du 11ème FED, avec un montant de 90 millions d’euros, soit plus de 59 milliards FCFA, prévu à cet effet.

Il faut noter qu’il s’agit d’un enjeu économique majeur qui conditionne la circulation des personnes et des biens, mais aussi les échanges commerciaux, en particulier les produits de la terre, ressources essentielles du pays. Depuis ces 15 dernières années, l’UE a mobilisé plus de 180 milliards de FCFA pour ce secteur, avec comme résultat environ 1000 km de routes bitumées dont quelque 800 km sur la RN1 entre les régions de Tillabéry et de Zinder, et environ 300 km sur l’axe Trans-saharien, sans oublier les efforts pour désenclaver les zones rurales au Nord.

Toutefois, construire des axes de communication et des vecteurs d’échanges économiques est une chose, mais entretenir ces atouts majeurs pour le pays est tout aussi important. C’est la raison pour laquelle nous travaillons également avec les autorités pour que ces investissements perdurent, grâce à des réformes institutionnelles qui garantissent la soutenabilité de notre aide dans ce domaine. Nous militons en particulier pour la création d’une agence d’entretien routier, la création d’une cellule autonome d’audit régulier de l’entretien routier, et la réforme de la CAFER pour lui permettre de mobiliser les ressources liées à l’entretien routier.

Les infrastructures sanitaires constituent un autre pôle d’intérêt de l’Union Européenne dont l’appui sur ce chapitre s’élève à 4,3 milliards de FCFA (6,5 millions d’euros) et concerne la construction et/ou la réhabilitation et la mise à niveau de structures sanitaires dans les régions d’Agadez, Tahoua et Tillabéry. Il s’agit précisément de trois (3) hôpitaux de district (Bagaroua, Bankilaré et Bilma), de six (6) centres de santé intégrés, à raison de deux (2) par région (Iférouane, Ingall, Tassara, Loga, Bébatan et Abala) ; et enfin du Plateau technique et bloc administratif au Centre de la Mère et de l’Enfant d’Agadez.

Dans le domaine de l’énergie enfin, le Niger fait face actuellement à un contexte régional et international difficile, notamment avec un niveau d’accès à l’énergie moderne parmi les plus faibles au monde. Cette situation s’est aggravée, notamment à Agadez, par la surpopulation que génèrent les flux de migrants qui séjournent dans la région.

Afin d’apporter une amélioration substantielle à cette situation, les autorités nigériennes ont établi le projet de construire une centrale hybride (photovoltaïque-thermique) pour ajouter à la capacité existante fournie par la Société Nigérienne de production du Charbon (SONICHAR). C’est un projet intéressant qui nous projette résolument dans l’énergie solaire, une potentialité très prometteuse au Niger. Nous finançons une étude de faisabilité dont les travaux ont démarré le 21 novembre 2016 et prendront fin en mars 2017. Elle devrait servir de base pour le financement, conjointement par la Commission Européenne et l’Agence Française de Développement (AFD), de la construction de cette centrale.

Un des domaines dans lequel l’UE s’implique davantage au Niger et dans le Sahel, c’est la sécurité. Pouvez- vous nous faire le point sur les réalisations opérées dans ce secteur et, de façon plus spécifique, sur les actions de la mission EUCAP Sahel Niger ?

Vous avez raison de souligner cette implication croissante de l’UE dans le domaine de la sécurité. La raison essentielle qui explique cette orientation repose sur deux facteurs convergents.

En premier lieu, la prise de conscience aujourd’hui bien établie que sécurité et développement sont interdépendants, voire consubstantiels. Kofi Annan l’a dit il y a bien longtemps, mais cette prise de conscience conduit aujourd’hui l’UE à appréhender son action de façon plus globale dans le cadre de ce que nous appelons le nexus développement-sécurité. Cette approche consistant à faire de l’UE un acteur politique dans le cadre d’une approche globale est aussi un des nombreux effets de l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne en Europe.

En second lieu, et dans le cadre de cette approche globale, l’UE s’efforce de mettre en œuvre de façon cohérente, ‘’holistique’’, non seulement ses instruments financiers, y compris des instruments innovants, mais également ses outils de prévention et de gestion des crises déployés à la demande des autorités d’un pays, et avec un mandat endossé à l’unanimité des 28 Etats-membres.

Comme vous l’avez dit, le Sahel a fait l’objet, en 2011, de l’adoption d’une stratégie européenne pour la sécurité et le développement au Sahel. La mission EUCAP Sahel Niger, déployée en 2012 à la demande des autorités nigériennes, est donc partie de la réponse européenne aux défis sécuritaires du Niger et plus généralement du Sahel. Cette mission vise à renforcer les capacités des Forces de Sécurité intérieure pour lutter contre le terrorisme, à apporter aux populations la sécurité que l’Etat doit leur garantir, et à combattre les différentes formes de criminalité.

Je ne veux pas décliner ici les actions menées par EUCAP. La chef de mission, Madame Kirsi Henriksson, avec laquelle je travaille tous les jours dans une collaboration très étroite et amicale, le fera certainement mieux que moi. Je veux juste souligner que cette mission fait aujourd’hui l’unanimité, tant auprès des différents partenaires bilatéraux avec qui elle interagit, qu’auprès des autorités nigériennes. Laissez-moi vous donner juste un exemple de réalisation : le dispositif de sécurité des festivités de Agadez SOKNI sera commandé et piloté depuis un PC (appelé PC Mixte), regroupant toutes les composantes engagées dans ce dispositif, et ressortissant de différents ministères. Ce PC a été créé, équipé, et entrainé en étroite collaboration avec EUCAP Sahel Niger.

Excellence, le Niger est l’un des partenaires privilégié de l’UE en matière de gestion des flux migratoires. Les récentes missions de Bruxelles et des Etats membres de l’UE au Niger, en témoignent. Concrètement, comment s’illustre ce partenariat ?

D’abord, il convient de souligner que la migration illégale est un fléau. Il suffit de regarder les chiffres des personnes qui se noient dans la Méditerranée, et d’écouter les témoignages des pauvres gens qui survivent à ce voyage. L’Europe fait face à un afflux de réfugiés et de migrants difficilement supportable pour ses opinions publiques. Elle a décidé de proposer aux pays africains concernés un cadre de partenariat visant d’une part à traiter de façon pérenne les causes de la migration, c’est-à-dire l’absence d’opportunité pour les jeunes, et d’autre part, à garantir des conditions de retour dignes et pérennes pour les migrants irréguliers. Dans ce cadre, le Niger s’est engagé dans une coopération étroite avec l’UE sur ces deux aspects. Le Président de la République a présenté un Plan d’Action lors du Sommet des Chefs d’Etat de La Valette sur la migration en novembre 2015. Nous travaillons avec tous les partenaires concernés à la mise en œuvre de ce Plan d’Action qui est en cours de mise à jour. Bien entendu, ce travail fait l’objet d’un dialogue politique au plus haut niveau, qui explique les visites que vous avez mentionnées, et que les médias ont rapportées. Un fonds fiduciaire a été créé par l’UE lors du Sommet de La Valette, et nous avons déjà engagé un montant de 105 millions d’euros (plus de 68 milliards de FCFA) sur des programmes que l’on peut décliner sur trois axes :

Le renforcement des capacités des Forces de Sécurité à assurer le contrôle de ses frontières et de son territoire, et à lutter contre les trafics illicites que la migration génère. Je veux, ici, insister sur le fait que nous partageons tous le constat que les migrants sont des victimes, et en aucun cas des coupables, et c’est sur la base de ce constat partagé que nous travaillons.

Les alternatives au profit des communautés qui vivent de ce que j’appellerai ‘’l’économie parallèle’’ de la migration, ainsi qu’au profit des populations qui sont encore tentées de partir vivre dans des conditions dégradantes vers le Nord de l’Afrique.

L’aide au retour et à la réinsertion dans leurs pays d’origine des migrants qui, sur une base volontaire seulement, acceptent de renoncer à ce voyage. Il est important de souligner que ces programmes ne remettent pas en cause le principe établi de la libre circulation des ressortissants de la CEDEAO. Ces programmes visent en particulier la région d’Agadez, mais aussi celles de Tahoua et de Zinder.

Nous évaluerons régulièrement ces programmes, ainsi que les besoins additionnels au sein du cadre de concertation sur la migration qui a été créé par décret pour regrouper tous les acteurs de ce dossier sous la co-présidence des Ministres de l’Intérieur et de la Justice.

En termes de perspectives, quels sont les chantiers imminents ou à venir dans les interventions de l’Union Européenne au Niger ?

Des conventions de financement viennent d’être approuvées pour 470 millions d’euros, soit plus de 308 milliards de FCFA, sur un total de 596 millions d’euros, c’est-à-dire plus de 390,9 milliards de FCFA du 11ème FED (2014-2020). Celles-ci concernent les secteurs prioritaires prévus dans le programme de coopération décidé conjointement avec le Gouvernement, comme expliqué plus haut. Il s’agit notamment de poursuivre les importants efforts déjà consentis en matière de sécurité alimentaire et de résilience à travers une production alimentaire accrue et durable, une meilleure maîtrise de l’eau, le renforcement des capacités de prévention et de réponse face à l’insécurité alimentaire (203 millions d’euros, soit plus de 133 milliards de FCFA). Un autre important secteur d’intervention est le renforcement de la capacité de l’Etat de mettre en œuvre des politiques sociales. Dans ce cadre, un important programme de réforme du secteur de l’Education (77 millions d’euros soit plus de 50 milliards de FCFA) va être lancé. La maîtrise démographique, une priorité présidentielle, est également prise en compte. Le renforcement de la gestion des finances publiques va se poursuivre. Le troisième secteur dans lequel l’appui européen est reconduit touche aux questions de sécurité, bonne gouvernance et consolidation de la paix (82 millions d’euros soit plus de 53 milliards de FCFA). Cela se fait notamment à travers l’appui aux capacités des Forces de Sécurité Intérieure en matière de lutte contre la migration illégale et de contrôle aux frontières (en complémentarité avec les actions entreprises dans le cadre du fonds fiduciaire de stabilité pour la migration et de l’action de l’opération d’EUCAP Sahel Niger).

Un autre volet de cet appui bénéficie au secteur de la justice, notamment l’appui à l’Agence Nationale de Lutte contre la Traite des Personnes (ANLTP). Finalement, comme déjà mentionné dans une question précédente, le dernier important secteur de concentration qui continuera à bénéficier d’un appui dans le futur est celui du désenclavement des zones affectées par l’insécurité et le risque de conflits. Il s’agit d’abord d’un important programme de construction et de réhabilitation d’infrastructures routières (routes et pistes). C’est ainsi que le 11ème FED considère entre 2017 et 2020 la construction de 469 km de la route en terre en allant de la frontière Mali (Agendour) à Ingall (région d’Agadez) en passant par les départements de Tillia, Tchintabaraden et Tassara (région de Tahoua).

De même le tronçon de 48 km de Zinder à Bakin Birji et probablement le tronçon Bakin Birji - Tanout (95km) sont prévus. Leurs positions sur l’axe de la Transsaharienne, entre Zinder et Agadez, va avoir un important impact positif sur cette région.

En dehors de cette aide «programmée», il convient d’ajouter plusieurs autres contributions additionnelles importantes dont le Fonds Fiduciaire de Stabilité pour la Migration lancé lors du Sommet de La Valette de novembre 2015, mentionné plus haut et qui monte progressivement en puissance.

Onep
09 décembre 2016
Source : http://lesahel.org/

L’Ambassadeur de l’Union Européenne(UE) dresse le bilan de la Coopération UE-Niger : ‘’Le Niger est indiscutablement aujourd’hui un partenaire privilégié de l’Union Européenne’’, déclare M. Raul Mateus Paula

09/12/2016

SEM. Raul Mateus Paula, Ambassadeur de l’Union Européenne(UE) au Niger Excellence Monsieur l’Ambassadeur, comment se portent les relations entre l’Union Européenne et le Niger en cette fin d’année 2016, et quels en ont été les faits marquants?

Je crois pouvoir dire que les relations entre l’Union Européenne et le Niger sont excellentes. Le Niger est indiscutablement aujourd’hui un partenaire privilégié de l’Union Européenne. Cette relation privilégiée s’inscrit dans une communauté de vues sur de nombreux sujets qui touchent à la fois le Niger et la sous-région, nécessitant un partenariat ouvert et un dialogue politique permanent au niveau approprié.

Cette communauté de vues commence par l’analyse des défis de court et moyen termes auxquels le pays doit faire face. Je parlerai rapidement des défis ‘’exogènes’’ tels que les défis économiques, la chute des prix des matières premières et la situation économique du Nigeria, des défis climatiques qui menacent les potentialités agricoles du pays et risquent d’entrainer des mutations profondes, et bien entendu des défis sécuritaires aux frontières du pays, dont le coût financier, humain et les conséquences humanitaires sont désastreuses aujourd’hui. Je n’oublie pas les ‘’défis endogènes’’ importants que les autorités ont également parfaitement identifiés, tels que les défis sociétaux, pour que le pays s’engage résolument dans la voie d’une transition démographique nécessaire, les défis institutionnels relatifs à la gouvernance et aux nécessaires réformes structurelles qui devront permettre à la totalité de la population de bénéficier de la sécurité à laquelle elle aspire, ainsi que des services de base dans le domaine des soins, de l’éducation, des transports, de l’énergie….

Notre partenariat consiste avant tout à travailler ensemble pour permettre à l’Union Européenne, ainsi qu’aux autres partenaires du Niger, de contribuer aux plans de réponse élaborés par les autorités pour faire face aux défis mentionnés. Il s’agit donc d’établir un dialogue sectoriel régulier, permanent et ouvert pour garantir que les réponses soient à la hauteur des enjeux.

Enfin, ce partenariat doit être conduit dans le cadre d’un dialogue politique permanent. C’est mon rôle en tant qu’ambassadeur de l’Union Européenne de conduire ce dialogue en étroite collaboration avec mes collègues représentants les Etats-membres de l’UE au Niger. C’est aussi l’objet des nombreuses missions effectuées par les plus hautes autorités de l’UE à Niamey, ainsi que des rencontres régulières à l’occasion des différents sommets internationaux auxquels nous participons ensemble avec le Niger. C’est ainsi que Madame Mogherini, notre Haute représentante pour la politique étrangère a effectué au Niger son premier déplacement en Afrique en Septembre 2015. Cette visite a été suivie de nombreuses autres missions de haut niveau. Enfin, j’ai transmis, il y a quelques jours, une correspondance du président de la Commission Européenne, M. Jean-Claude Juncker, invitant SEM. le Président de la République, Issoufou Mahamadou à se rendre à Bruxelles.

Avant d’aborder ses aspects thématiques ou sectoriels, veuillez nous présenter les grandes lignes de cette coopération entre l’Union Européenne et le Niger?

Le programme de coopération est décidé conjointement entre la Commission Européenne et le Gouvernement nigérien, représenté par le Ministre des Finances, Ordonnateur national du Fonds Européen de Développement (FED), principal instrument de financement de ce programme.

Celui-ci est formalisé dans un document de programmation pluriannuelle, le Programme Indicatif National (PIN), dont nous démarrons actuellement la mise en œuvre qui porte sur la période 2014-2020 (11ème FED) et qui s’articule sur le Programme de Développement Economique et Social du Niger (PDES) et en reflète les priorités. En résumé, notre programme de coopération porte sur quatre secteurs principaux que sont la sécurité alimentaire et nutritionnelle et la résilience ; le renforcement de la capacité de l’Etat pour la mise en œuvre des politiques sociales, y compris le renforcement de la gestion des     finances publiques, la sécurité, la bonne gouvernance et la consolidation de la paix et,     finalement, le désenclavement de régions affectées par l’insécurité et le risque de conflit.

Une attention particulière est accordée aux appuis à la société civile et aux jeunes, à la lutte contre la radicalisation et aux valeurs démocratiques. Outre l’approche projet, l’appui budgétaire est une modalité importante de mobilisation de l’aide communautaire. A côté du PIN, il y a un Programme Indicatif Régional (PIR) dont le Niger est un des bénéficiaires. On y retrouve, à l’échelle régionale, certaines des priorités du PIN (sécurité alimentaire, paix et sécurité) et des thématiques telles que la conservation et la gestion durable des ressources naturelles, le développement d’infrastructures et de l’énergie, ainsi que du secteur privé et de l’intégration commerciale.

A cela s’ajoute le fonds fiduciaire de stabilité pour la migration en Afrique qui a été lancé lors du Sommet Europe-Afrique sur la migration, tenu à La Valette, en novembre 2015 et qui prend une importance croissante pour s’attaquer aux différentes dimensions de la migration irrégulière.

Veuillez nous éclairer sur l’option de l’appui budgétaire que l’UE privilégie de plus en plus dans le soutien qu’il apporte à l’Etat du Niger. Pourquoi cette option et quel apport pour le Niger, notamment en 2016 ?

L’appui budgétaire est une modalité avancée d’octroi de l’aide au développement, mais il ne faut pas penser qu’il s’agit d’un chèque en blanc. L’appui budgétaire n’est pas non plus accordé à tous les pays. Il est soumis à une série de critères d’éligibilité qui doivent être remplis avant et durant la mise en œuvre du programme, et ses conditions doivent être satisfaites avant que les paiements ne soient effectués. L’appui budgétaire est fourni pour servir de ‘’vecteur de changement’’ en vue de répondre aux défis posés par le développement ; c’est un moyen de fournir une aide de meilleure qualité et de parvenir aux résultats escomptés en matière de développement durable.

En fait, le transfert de fonds sur le compte du Trésor n’est qu’un des éléments des programmes d’appui budgétaire qui se focalisent aussi sur le dialogue, l’évaluation des performances et le renforcement des capacités, sur la base d’un partenariat et d’une redevabilité mutuelle.

Dans le cas du Niger, il a été considéré que l’appui budgétaire devait être l’instrument privilégié pour la mise en œuvre du 11ème FED. Une fois les conditions remplies et le décaissement effectué, l’utilisation des fonds de l’appui budgétaire se fait conformément aux systèmes de gestion des finances publics nationaux. La gestion des ressources provenant de ce transfert incombe à l’Etat nigérien. A notre avis, c’est la meilleure approche pour renforcer les capacités nationales, minimiser les coûts de transaction et optimiser la redevabilité, évitant la création des systèmes parallèles, souvent lourds et coûteux.

L’appui budgétaire est donc en totale harmonie avec les principes et les engagements pris dans le cadre de la Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide (2005), du Programme d’Action d’Accra (2008) et du Partenariat de Busan pour une coopération efficace au service du développement (2011). Pour la mise en œuvre du 11ème FED au Niger, nous avons déjà identifié trois nouveaux programmes d’appui budgétaire pour un montant total de 362 millions d’euros, soit environ 237 milliards de FCFA, auxquels vient s’ajouter un programme financé par le Fonds Fiduciaire d’Urgence pour la migration d’un montant de 20 millions d’euros, soit environ 13 milliards de FCFA.

Parmi ces programmes, on trouve de l’appui budgétaire général et aussi sectoriel, centrés en particulier sur la sécurité alimentaire, la nutrition, l’éducation, la justice, la sécurité et la gouvernance.

A titre d’exemple, dans le domaine de la sécurité alimentaire, l’Union Européenne accompagnera l´Etat du Niger à travers la mise en œuvre d´un contrat de réforme sectoriel d´un montant de 203 millions d’euros, soit plus de 133 milliards de FCFA, couvrant la période de 2016 à 2020. Pour l’année 2016, les cinq programmes d’appui budgétaire en cours comportent 23 objectifs. Nous sommes en train d’analyser le degré d’atteinte de ceux-ci pour déterminer le montant à décaisser, qui pourrait avoisiner, au total, les 70 milliards de FCFA, soit 107 millions d’euros.

Le respect des Droits de l’Homme est une valeur fondamentale de l’UE qu’elle a toujours promue et défendue. Le 10 décembre est la journée internationale dédiée aux Droits de l’Homme. Quel est le message de l’UE à cette occasion, et quel est l’état des relations entre l’Union Européenne et le Niger sur ce volet ?

Nous célébrons effectivement ensemble la journée internationale des Droits de l’Homme, dont le slogan défini cette année par le Haut-Commissaire aux droits de l’Homme des Nations Unies rappelle que la défense de ces droits est une responsabilité individuelle; il appelle «chacun à défendre les droits de quelqu’un». Mais au-delà, il s’agit aussi d’un engagement collectif, dans lequel l’UE entend jouer un rôle de premier plan, dans le cadre de la nouvelle stratégie globale pour la politique étrangère et de sécurité de l’UE lancée en juin 2016. Je voudrai faire référence au rapport de la session de l’Examen Périodique Universel des droits de l’Homme qui, pour le Niger, s’est tenue en janvier de cette année.

Ce rapport souligne les progrès accomplis par le Niger depuis 2011 et constate la mise en œuvre de pratiquement toutes les recommandations faites lors de l’examen précédent. Nous en félicitons les autorités. Pour autant, l’Union Européenne reste très vigilante sur cette question, et déterminée à soutenir les institutions ainsi que les Organisations de la Société Civile (OSC) qui œuvrent pour compléter et poursuivre les efforts déjà fournis. Nous pensons en particulier à la gouvernance financière et aux droits de la femme et de l’enfant. Nous avons salué l’adoption de la nouvelle loi précisant les attributions et le fonctionnement de la Haute Autorité à la Lutte contre la Corruption et les Infractions Assimilées (HALCIA), et nous continuons de soutenir le Ministère de la Justice pour que le citoyen, y compris dans les zones reculées du pays, puisse avoir accès à la justice qu’il réclame. Enfin, concernant les Droits de la femme, ce point est pour nous très important, car il est interdépendant avec d’autres enjeux cruciaux, tels que l’éducation, la santé reproductive, l’application intégrale du droit et de la Constitution. Nous soutenons activement les engagements pris par le Président de la République dans son Programme Renaissance II, et apportons notre appui à tous les ministères engagés, y compris le Ministère de la Renaissance culturelle. Nous avons également décidé cette année de soutenir directement la Commission Nationale des Droits Humains (CNDH) à travers une convention signée à l’occasion de cette journée internationale, lui permettant ainsi de jouer pleinement son rôle.
Les infrastructures constituent un des secteurs essentiels dans lequel l’UE intervient au Niger.

On vous a vu lancer des travaux d’infrastructures de santé et de transport, notamment les routes. Et tout récemment, l’UE s’est engagée dans une étude de faisabilité pour doter la ville d’Agadez d’une centrale électrique. Pourquoi cet intérêt pour les infrastructures ?

Effectivement, les infrastructures sont un des axes majeurs de la coopération avec le Niger. Et à ce niveau, l’appui de l’UE concerne les routes, les structures sanitaires et l’énergie.

S’agissant de l’infrastructure routière, il faut souligner que le Niger fait partie des rares pays à bénéficier encore, exceptionnellement, de l’appui de l’Union Européenne dans ce domaine qui est inscrit comme secteur de concentration dans le Programme Indicatif National (PIN) du 11ème FED, avec un montant de 90 millions d’euros, soit plus de 59 milliards FCFA, prévu à cet effet.

Il faut noter qu’il s’agit d’un enjeu économique majeur qui conditionne la circulation des personnes et des biens, mais aussi les échanges commerciaux, en particulier les produits de la terre, ressources essentielles du pays. Depuis ces 15 dernières années, l’UE a mobilisé plus de 180 milliards de FCFA pour ce secteur, avec comme résultat environ 1000 km de routes bitumées dont quelque 800 km sur la RN1 entre les régions de Tillabéry et de Zinder, et environ 300 km sur l’axe Trans-saharien, sans oublier les efforts pour désenclaver les zones rurales au Nord.

Toutefois, construire des axes de communication et des vecteurs d’échanges économiques est une chose, mais entretenir ces atouts majeurs pour le pays est tout aussi important. C’est la raison pour laquelle nous travaillons également avec les autorités pour que ces investissements perdurent, grâce à des réformes institutionnelles qui garantissent la soutenabilité de notre aide dans ce domaine. Nous militons en particulier pour la création d’une agence d’entretien routier, la création d’une cellule autonome d’audit régulier de l’entretien routier, et la réforme de la CAFER pour lui permettre de mobiliser les ressources liées à l’entretien routier.

Les infrastructures sanitaires constituent un autre pôle d’intérêt de l’Union Européenne dont l’appui sur ce chapitre s’élève à 4,3 milliards de FCFA (6,5 millions d’euros) et concerne la construction et/ou la réhabilitation et la mise à niveau de structures sanitaires dans les régions d’Agadez, Tahoua et Tillabéry. Il s’agit précisément de trois (3) hôpitaux de district (Bagaroua, Bankilaré et Bilma), de six (6) centres de santé intégrés, à raison de deux (2) par région (Iférouane, Ingall, Tassara, Loga, Bébatan et Abala) ; et enfin du Plateau technique et bloc administratif au Centre de la Mère et de l’Enfant d’Agadez.

Dans le domaine de l’énergie enfin, le Niger fait face actuellement à un contexte régional et international difficile, notamment avec un niveau d’accès à l’énergie moderne parmi les plus faibles au monde. Cette situation s’est aggravée, notamment à Agadez, par la surpopulation que génèrent les flux de migrants qui séjournent dans la région.

Afin d’apporter une amélioration substantielle à cette situation, les autorités nigériennes ont établi le projet de construire une centrale hybride (photovoltaïque-thermique) pour ajouter à la capacité existante fournie par la Société Nigérienne de production du Charbon (SONICHAR). C’est un projet intéressant qui nous projette résolument dans l’énergie solaire, une potentialité très prometteuse au Niger. Nous finançons une étude de faisabilité dont les travaux ont démarré le 21 novembre 2016 et prendront fin en mars 2017. Elle devrait servir de base pour le financement, conjointement par la Commission Européenne et l’Agence Française de Développement (AFD), de la construction de cette centrale.

Un des domaines dans lequel l’UE s’implique davantage au Niger et dans le Sahel, c’est la sécurité. Pouvez- vous nous faire le point sur les réalisations opérées dans ce secteur et, de façon plus spécifique, sur les actions de la mission EUCAP Sahel Niger ?

Vous avez raison de souligner cette implication croissante de l’UE dans le domaine de la sécurité. La raison essentielle qui explique cette orientation repose sur deux facteurs convergents.

En premier lieu, la prise de conscience aujourd’hui bien établie que sécurité et développement sont interdépendants, voire consubstantiels. Kofi Annan l’a dit il y a bien longtemps, mais cette prise de conscience conduit aujourd’hui l’UE à appréhender son action de façon plus globale dans le cadre de ce que nous appelons le nexus développement-sécurité. Cette approche consistant à faire de l’UE un acteur politique dans le cadre d’une approche globale est aussi un des nombreux effets de l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne en Europe.

En second lieu, et dans le cadre de cette approche globale, l’UE s’efforce de mettre en œuvre de façon cohérente, ‘’holistique’’, non seulement ses instruments financiers, y compris des instruments innovants, mais également ses outils de prévention et de gestion des crises déployés à la demande des autorités d’un pays, et avec un mandat endossé à l’unanimité des 28 Etats-membres.

Comme vous l’avez dit, le Sahel a fait l’objet, en 2011, de l’adoption d’une stratégie européenne pour la sécurité et le développement au Sahel. La mission EUCAP Sahel Niger, déployée en 2012 à la demande des autorités nigériennes, est donc partie de la réponse européenne aux défis sécuritaires du Niger et plus généralement du Sahel. Cette mission vise à renforcer les capacités des Forces de Sécurité intérieure pour lutter contre le terrorisme, à apporter aux populations la sécurité que l’Etat doit leur garantir, et à combattre les différentes formes de criminalité.

Je ne veux pas décliner ici les actions menées par EUCAP. La chef de mission, Madame Kirsi Henriksson, avec laquelle je travaille tous les jours dans une collaboration très étroite et amicale, le fera certainement mieux que moi. Je veux juste souligner que cette mission fait aujourd’hui l’unanimité, tant auprès des différents partenaires bilatéraux avec qui elle interagit, qu’auprès des autorités nigériennes. Laissez-moi vous donner juste un exemple de réalisation : le dispositif de sécurité des festivités de Agadez SOKNI sera commandé et piloté depuis un PC (appelé PC Mixte), regroupant toutes les composantes engagées dans ce dispositif, et ressortissant de différents ministères. Ce PC a été créé, équipé, et entrainé en étroite collaboration avec EUCAP Sahel Niger.

Excellence, le Niger est l’un des partenaires privilégié de l’UE en matière de gestion des flux migratoires. Les récentes missions de Bruxelles et des Etats membres de l’UE au Niger, en témoignent. Concrètement, comment s’illustre ce partenariat ?

D’abord, il convient de souligner que la migration illégale est un fléau. Il suffit de regarder les chiffres des personnes qui se noient dans la Méditerranée, et d’écouter les témoignages des pauvres gens qui survivent à ce voyage. L’Europe fait face à un afflux de réfugiés et de migrants difficilement supportable pour ses opinions publiques. Elle a décidé de proposer aux pays africains concernés un cadre de partenariat visant d’une part à traiter de façon pérenne les causes de la migration, c’est-à-dire l’absence d’opportunité pour les jeunes, et d’autre part, à garantir des conditions de retour dignes et pérennes pour les migrants irréguliers. Dans ce cadre, le Niger s’est engagé dans une coopération étroite avec l’UE sur ces deux aspects. Le Président de la République a présenté un Plan d’Action lors du Sommet des Chefs d’Etat de La Valette sur la migration en novembre 2015. Nous travaillons avec tous les partenaires concernés à la mise en œuvre de ce Plan d’Action qui est en cours de mise à jour. Bien entendu, ce travail fait l’objet d’un dialogue politique au plus haut niveau, qui explique les visites que vous avez mentionnées, et que les médias ont rapportées. Un fonds fiduciaire a été créé par l’UE lors du Sommet de La Valette, et nous avons déjà engagé un montant de 105 millions d’euros (plus de 68 milliards de FCFA) sur des programmes que l’on peut décliner sur trois axes :

Le renforcement des capacités des Forces de Sécurité à assurer le contrôle de ses frontières et de son territoire, et à lutter contre les trafics illicites que la migration génère. Je veux, ici, insister sur le fait que nous partageons tous le constat que les migrants sont des victimes, et en aucun cas des coupables, et c’est sur la base de ce constat partagé que nous travaillons.

Les alternatives au profit des communautés qui vivent de ce que j’appellerai ‘’l’économie parallèle’’ de la migration, ainsi qu’au profit des populations qui sont encore tentées de partir vivre dans des conditions dégradantes vers le Nord de l’Afrique.

L’aide au retour et à la réinsertion dans leurs pays d’origine des migrants qui, sur une base volontaire seulement, acceptent de renoncer à ce voyage. Il est important de souligner que ces programmes ne remettent pas en cause le principe établi de la libre circulation des ressortissants de la CEDEAO. Ces programmes visent en particulier la région d’Agadez, mais aussi celles de Tahoua et de Zinder.

Nous évaluerons régulièrement ces programmes, ainsi que les besoins additionnels au sein du cadre de concertation sur la migration qui a été créé par décret pour regrouper tous les acteurs de ce dossier sous la co-présidence des Ministres de l’Intérieur et de la Justice.

En termes de perspectives, quels sont les chantiers imminents ou à venir dans les interventions de l’Union Européenne au Niger ?

Des conventions de financement viennent d’être approuvées pour 470 millions d’euros, soit plus de 308 milliards de FCFA, sur un total de 596 millions d’euros, c’est-à-dire plus de 390,9 milliards de FCFA du 11ème FED (2014-2020). Celles-ci concernent les secteurs prioritaires prévus dans le programme de coopération décidé conjointement avec le Gouvernement, comme expliqué plus haut. Il s’agit notamment de poursuivre les importants efforts déjà consentis en matière de sécurité alimentaire et de résilience à travers une production alimentaire accrue et durable, une meilleure maîtrise de l’eau, le renforcement des capacités de prévention et de réponse face à l’insécurité alimentaire (203 millions d’euros, soit plus de 133 milliards de FCFA). Un autre important secteur d’intervention est le renforcement de la capacité de l’Etat de mettre en œuvre des politiques sociales. Dans ce cadre, un important programme de réforme du secteur de l’Education (77 millions d’euros soit plus de 50 milliards de FCFA) va être lancé. La maîtrise démographique, une priorité présidentielle, est également prise en compte. Le renforcement de la gestion des finances publiques va se poursuivre. Le troisième secteur dans lequel l’appui européen est reconduit touche aux questions de sécurité, bonne gouvernance et consolidation de la paix (82 millions d’euros soit plus de 53 milliards de FCFA). Cela se fait notamment à travers l’appui aux capacités des Forces de Sécurité Intérieure en matière de lutte contre la migration illégale et de contrôle aux frontières (en complémentarité avec les actions entreprises dans le cadre du fonds fiduciaire de stabilité pour la migration et de l’action de l’opération d’EUCAP Sahel Niger).

Un autre volet de cet appui bénéficie au secteur de la justice, notamment l’appui à l’Agence Nationale de Lutte contre la Traite des Personnes (ANLTP). Finalement, comme déjà mentionné dans une question précédente, le dernier important secteur de concentration qui continuera à bénéficier d’un appui dans le futur est celui du désenclavement des zones affectées par l’insécurité et le risque de conflits. Il s’agit d’abord d’un important programme de construction et de réhabilitation d’infrastructures routières (routes et pistes). C’est ainsi que le 11ème FED considère entre 2017 et 2020 la construction de 469 km de la route en terre en allant de la frontière Mali (Agendour) à Ingall (région d’Agadez) en passant par les départements de Tillia, Tchintabaraden et Tassara (région de Tahoua).

De même le tronçon de 48 km de Zinder à Bakin Birji et probablement le tronçon Bakin Birji - Tanout (95km) sont prévus. Leurs positions sur l’axe de la Transsaharienne, entre Zinder et Agadez, va avoir un important impact positif sur cette région.

En dehors de cette aide «programmée», il convient d’ajouter plusieurs autres contributions additionnelles importantes dont le Fonds Fiduciaire de Stabilité pour la Migration lancé lors du Sommet de La Valette de novembre 2015, mentionné plus haut et qui monte progressivement en puissance.

Onep
09 décembre 2016
Source : http://lesahel.org/

L’Ambassadeur de l’Union Européenne(UE) dresse le bilan de la Coopération UE-Niger : ‘’Le Niger est indiscutablement aujourd’hui un partenaire privilégié de l’Union Européenne’’, déclare M. Raul Mateus Paula

09/12/2016

SEM. Raul Mateus Paula, Ambassadeur de l’Union Européenne(UE) au Niger Excellence Monsieur l’Ambassadeur, comment se portent les relations entre l’Union Européenne et le Niger en cette fin d’année 2016, et quels en ont été les faits marquants?

Je crois pouvoir dire que les relations entre l’Union Européenne et le Niger sont excellentes. Le Niger est indiscutablement aujourd’hui un partenaire privilégié de l’Union Européenne. Cette relation privilégiée s’inscrit dans une communauté de vues sur de nombreux sujets qui touchent à la fois le Niger et la sous-région, nécessitant un partenariat ouvert et un dialogue politique permanent au niveau approprié.

Cette communauté de vues commence par l’analyse des défis de court et moyen termes auxquels le pays doit faire face. Je parlerai rapidement des défis ‘’exogènes’’ tels que les défis économiques, la chute des prix des matières premières et la situation économique du Nigeria, des défis climatiques qui menacent les potentialités agricoles du pays et risquent d’entrainer des mutations profondes, et bien entendu des défis sécuritaires aux frontières du pays, dont le coût financier, humain et les conséquences humanitaires sont désastreuses aujourd’hui. Je n’oublie pas les ‘’défis endogènes’’ importants que les autorités ont également parfaitement identifiés, tels que les défis sociétaux, pour que le pays s’engage résolument dans la voie d’une transition démographique nécessaire, les défis institutionnels relatifs à la gouvernance et aux nécessaires réformes structurelles qui devront permettre à la totalité de la population de bénéficier de la sécurité à laquelle elle aspire, ainsi que des services de base dans le domaine des soins, de l’éducation, des transports, de l’énergie….

Notre partenariat consiste avant tout à travailler ensemble pour permettre à l’Union Européenne, ainsi qu’aux autres partenaires du Niger, de contribuer aux plans de réponse élaborés par les autorités pour faire face aux défis mentionnés. Il s’agit donc d’établir un dialogue sectoriel régulier, permanent et ouvert pour garantir que les réponses soient à la hauteur des enjeux.

Enfin, ce partenariat doit être conduit dans le cadre d’un dialogue politique permanent. C’est mon rôle en tant qu’ambassadeur de l’Union Européenne de conduire ce dialogue en étroite collaboration avec mes collègues représentants les Etats-membres de l’UE au Niger. C’est aussi l’objet des nombreuses missions effectuées par les plus hautes autorités de l’UE à Niamey, ainsi que des rencontres régulières à l’occasion des différents sommets internationaux auxquels nous participons ensemble avec le Niger. C’est ainsi que Madame Mogherini, notre Haute représentante pour la politique étrangère a effectué au Niger son premier déplacement en Afrique en Septembre 2015. Cette visite a été suivie de nombreuses autres missions de haut niveau. Enfin, j’ai transmis, il y a quelques jours, une correspondance du président de la Commission Européenne, M. Jean-Claude Juncker, invitant SEM. le Président de la République, Issoufou Mahamadou à se rendre à Bruxelles.

Avant d’aborder ses aspects thématiques ou sectoriels, veuillez nous présenter les grandes lignes de cette coopération entre l’Union Européenne et le Niger?

Le programme de coopération est décidé conjointement entre la Commission Européenne et le Gouvernement nigérien, représenté par le Ministre des Finances, Ordonnateur national du Fonds Européen de Développement (FED), principal instrument de financement de ce programme.

Celui-ci est formalisé dans un document de programmation pluriannuelle, le Programme Indicatif National (PIN), dont nous démarrons actuellement la mise en œuvre qui porte sur la période 2014-2020 (11ème FED) et qui s’articule sur le Programme de Développement Economique et Social du Niger (PDES) et en reflète les priorités. En résumé, notre programme de coopération porte sur quatre secteurs principaux que sont la sécurité alimentaire et nutritionnelle et la résilience ; le renforcement de la capacité de l’Etat pour la mise en œuvre des politiques sociales, y compris le renforcement de la gestion des     finances publiques, la sécurité, la bonne gouvernance et la consolidation de la paix et,     finalement, le désenclavement de régions affectées par l’insécurité et le risque de conflit.

Une attention particulière est accordée aux appuis à la société civile et aux jeunes, à la lutte contre la radicalisation et aux valeurs démocratiques. Outre l’approche projet, l’appui budgétaire est une modalité importante de mobilisation de l’aide communautaire. A côté du PIN, il y a un Programme Indicatif Régional (PIR) dont le Niger est un des bénéficiaires. On y retrouve, à l’échelle régionale, certaines des priorités du PIN (sécurité alimentaire, paix et sécurité) et des thématiques telles que la conservation et la gestion durable des ressources naturelles, le développement d’infrastructures et de l’énergie, ainsi que du secteur privé et de l’intégration commerciale.

A cela s’ajoute le fonds fiduciaire de stabilité pour la migration en Afrique qui a été lancé lors du Sommet Europe-Afrique sur la migration, tenu à La Valette, en novembre 2015 et qui prend une importance croissante pour s’attaquer aux différentes dimensions de la migration irrégulière.

Veuillez nous éclairer sur l’option de l’appui budgétaire que l’UE privilégie de plus en plus dans le soutien qu’il apporte à l’Etat du Niger. Pourquoi cette option et quel apport pour le Niger, notamment en 2016 ?

L’appui budgétaire est une modalité avancée d’octroi de l’aide au développement, mais il ne faut pas penser qu’il s’agit d’un chèque en blanc. L’appui budgétaire n’est pas non plus accordé à tous les pays. Il est soumis à une série de critères d’éligibilité qui doivent être remplis avant et durant la mise en œuvre du programme, et ses conditions doivent être satisfaites avant que les paiements ne soient effectués. L’appui budgétaire est fourni pour servir de ‘’vecteur de changement’’ en vue de répondre aux défis posés par le développement ; c’est un moyen de fournir une aide de meilleure qualité et de parvenir aux résultats escomptés en matière de développement durable.

En fait, le transfert de fonds sur le compte du Trésor n’est qu’un des éléments des programmes d’appui budgétaire qui se focalisent aussi sur le dialogue, l’évaluation des performances et le renforcement des capacités, sur la base d’un partenariat et d’une redevabilité mutuelle.

Dans le cas du Niger, il a été considéré que l’appui budgétaire devait être l’instrument privilégié pour la mise en œuvre du 11ème FED. Une fois les conditions remplies et le décaissement effectué, l’utilisation des fonds de l’appui budgétaire se fait conformément aux systèmes de gestion des finances publics nationaux. La gestion des ressources provenant de ce transfert incombe à l’Etat nigérien. A notre avis, c’est la meilleure approche pour renforcer les capacités nationales, minimiser les coûts de transaction et optimiser la redevabilité, évitant la création des systèmes parallèles, souvent lourds et coûteux.

L’appui budgétaire est donc en totale harmonie avec les principes et les engagements pris dans le cadre de la Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide (2005), du Programme d’Action d’Accra (2008) et du Partenariat de Busan pour une coopération efficace au service du développement (2011). Pour la mise en œuvre du 11ème FED au Niger, nous avons déjà identifié trois nouveaux programmes d’appui budgétaire pour un montant total de 362 millions d’euros, soit environ 237 milliards de FCFA, auxquels vient s’ajouter un programme financé par le Fonds Fiduciaire d’Urgence pour la migration d’un montant de 20 millions d’euros, soit environ 13 milliards de FCFA.

Parmi ces programmes, on trouve de l’appui budgétaire général et aussi sectoriel, centrés en particulier sur la sécurité alimentaire, la nutrition, l’éducation, la justice, la sécurité et la gouvernance.

A titre d’exemple, dans le domaine de la sécurité alimentaire, l’Union Européenne accompagnera l´Etat du Niger à travers la mise en œuvre d´un contrat de réforme sectoriel d´un montant de 203 millions d’euros, soit plus de 133 milliards de FCFA, couvrant la période de 2016 à 2020. Pour l’année 2016, les cinq programmes d’appui budgétaire en cours comportent 23 objectifs. Nous sommes en train d’analyser le degré d’atteinte de ceux-ci pour déterminer le montant à décaisser, qui pourrait avoisiner, au total, les 70 milliards de FCFA, soit 107 millions d’euros.

Le respect des Droits de l’Homme est une valeur fondamentale de l’UE qu’elle a toujours promue et défendue. Le 10 décembre est la journée internationale dédiée aux Droits de l’Homme. Quel est le message de l’UE à cette occasion, et quel est l’état des relations entre l’Union Européenne et le Niger sur ce volet ?

Nous célébrons effectivement ensemble la journée internationale des Droits de l’Homme, dont le slogan défini cette année par le Haut-Commissaire aux droits de l’Homme des Nations Unies rappelle que la défense de ces droits est une responsabilité individuelle; il appelle «chacun à défendre les droits de quelqu’un». Mais au-delà, il s’agit aussi d’un engagement collectif, dans lequel l’UE entend jouer un rôle de premier plan, dans le cadre de la nouvelle stratégie globale pour la politique étrangère et de sécurité de l’UE lancée en juin 2016. Je voudrai faire référence au rapport de la session de l’Examen Périodique Universel des droits de l’Homme qui, pour le Niger, s’est tenue en janvier de cette année.

Ce rapport souligne les progrès accomplis par le Niger depuis 2011 et constate la mise en œuvre de pratiquement toutes les recommandations faites lors de l’examen précédent. Nous en félicitons les autorités. Pour autant, l’Union Européenne reste très vigilante sur cette question, et déterminée à soutenir les institutions ainsi que les Organisations de la Société Civile (OSC) qui œuvrent pour compléter et poursuivre les efforts déjà fournis. Nous pensons en particulier à la gouvernance financière et aux droits de la femme et de l’enfant. Nous avons salué l’adoption de la nouvelle loi précisant les attributions et le fonctionnement de la Haute Autorité à la Lutte contre la Corruption et les Infractions Assimilées (HALCIA), et nous continuons de soutenir le Ministère de la Justice pour que le citoyen, y compris dans les zones reculées du pays, puisse avoir accès à la justice qu’il réclame. Enfin, concernant les Droits de la femme, ce point est pour nous très important, car il est interdépendant avec d’autres enjeux cruciaux, tels que l’éducation, la santé reproductive, l’application intégrale du droit et de la Constitution. Nous soutenons activement les engagements pris par le Président de la République dans son Programme Renaissance II, et apportons notre appui à tous les ministères engagés, y compris le Ministère de la Renaissance culturelle. Nous avons également décidé cette année de soutenir directement la Commission Nationale des Droits Humains (CNDH) à travers une convention signée à l’occasion de cette journée internationale, lui permettant ainsi de jouer pleinement son rôle.
Les infrastructures constituent un des secteurs essentiels dans lequel l’UE intervient au Niger.

On vous a vu lancer des travaux d’infrastructures de santé et de transport, notamment les routes. Et tout récemment, l’UE s’est engagée dans une étude de faisabilité pour doter la ville d’Agadez d’une centrale électrique. Pourquoi cet intérêt pour les infrastructures ?

Effectivement, les infrastructures sont un des axes majeurs de la coopération avec le Niger. Et à ce niveau, l’appui de l’UE concerne les routes, les structures sanitaires et l’énergie.

S’agissant de l’infrastructure routière, il faut souligner que le Niger fait partie des rares pays à bénéficier encore, exceptionnellement, de l’appui de l’Union Européenne dans ce domaine qui est inscrit comme secteur de concentration dans le Programme Indicatif National (PIN) du 11ème FED, avec un montant de 90 millions d’euros, soit plus de 59 milliards FCFA, prévu à cet effet.

Il faut noter qu’il s’agit d’un enjeu économique majeur qui conditionne la circulation des personnes et des biens, mais aussi les échanges commerciaux, en particulier les produits de la terre, ressources essentielles du pays. Depuis ces 15 dernières années, l’UE a mobilisé plus de 180 milliards de FCFA pour ce secteur, avec comme résultat environ 1000 km de routes bitumées dont quelque 800 km sur la RN1 entre les régions de Tillabéry et de Zinder, et environ 300 km sur l’axe Trans-saharien, sans oublier les efforts pour désenclaver les zones rurales au Nord.

Toutefois, construire des axes de communication et des vecteurs d’échanges économiques est une chose, mais entretenir ces atouts majeurs pour le pays est tout aussi important. C’est la raison pour laquelle nous travaillons également avec les autorités pour que ces investissements perdurent, grâce à des réformes institutionnelles qui garantissent la soutenabilité de notre aide dans ce domaine. Nous militons en particulier pour la création d’une agence d’entretien routier, la création d’une cellule autonome d’audit régulier de l’entretien routier, et la réforme de la CAFER pour lui permettre de mobiliser les ressources liées à l’entretien routier.

Les infrastructures sanitaires constituent un autre pôle d’intérêt de l’Union Européenne dont l’appui sur ce chapitre s’élève à 4,3 milliards de FCFA (6,5 millions d’euros) et concerne la construction et/ou la réhabilitation et la mise à niveau de structures sanitaires dans les régions d’Agadez, Tahoua et Tillabéry. Il s’agit précisément de trois (3) hôpitaux de district (Bagaroua, Bankilaré et Bilma), de six (6) centres de santé intégrés, à raison de deux (2) par région (Iférouane, Ingall, Tassara, Loga, Bébatan et Abala) ; et enfin du Plateau technique et bloc administratif au Centre de la Mère et de l’Enfant d’Agadez.

Dans le domaine de l’énergie enfin, le Niger fait face actuellement à un contexte régional et international difficile, notamment avec un niveau d’accès à l’énergie moderne parmi les plus faibles au monde. Cette situation s’est aggravée, notamment à Agadez, par la surpopulation que génèrent les flux de migrants qui séjournent dans la région.

Afin d’apporter une amélioration substantielle à cette situation, les autorités nigériennes ont établi le projet de construire une centrale hybride (photovoltaïque-thermique) pour ajouter à la capacité existante fournie par la Société Nigérienne de production du Charbon (SONICHAR). C’est un projet intéressant qui nous projette résolument dans l’énergie solaire, une potentialité très prometteuse au Niger. Nous finançons une étude de faisabilité dont les travaux ont démarré le 21 novembre 2016 et prendront fin en mars 2017. Elle devrait servir de base pour le financement, conjointement par la Commission Européenne et l’Agence Française de Développement (AFD), de la construction de cette centrale.

Un des domaines dans lequel l’UE s’implique davantage au Niger et dans le Sahel, c’est la sécurité. Pouvez- vous nous faire le point sur les réalisations opérées dans ce secteur et, de façon plus spécifique, sur les actions de la mission EUCAP Sahel Niger ?

Vous avez raison de souligner cette implication croissante de l’UE dans le domaine de la sécurité. La raison essentielle qui explique cette orientation repose sur deux facteurs convergents.

En premier lieu, la prise de conscience aujourd’hui bien établie que sécurité et développement sont interdépendants, voire consubstantiels. Kofi Annan l’a dit il y a bien longtemps, mais cette prise de conscience conduit aujourd’hui l’UE à appréhender son action de façon plus globale dans le cadre de ce que nous appelons le nexus développement-sécurité. Cette approche consistant à faire de l’UE un acteur politique dans le cadre d’une approche globale est aussi un des nombreux effets de l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne en Europe.

En second lieu, et dans le cadre de cette approche globale, l’UE s’efforce de mettre en œuvre de façon cohérente, ‘’holistique’’, non seulement ses instruments financiers, y compris des instruments innovants, mais également ses outils de prévention et de gestion des crises déployés à la demande des autorités d’un pays, et avec un mandat endossé à l’unanimité des 28 Etats-membres.

Comme vous l’avez dit, le Sahel a fait l’objet, en 2011, de l’adoption d’une stratégie européenne pour la sécurité et le développement au Sahel. La mission EUCAP Sahel Niger, déployée en 2012 à la demande des autorités nigériennes, est donc partie de la réponse européenne aux défis sécuritaires du Niger et plus généralement du Sahel. Cette mission vise à renforcer les capacités des Forces de Sécurité intérieure pour lutter contre le terrorisme, à apporter aux populations la sécurité que l’Etat doit leur garantir, et à combattre les différentes formes de criminalité.

Je ne veux pas décliner ici les actions menées par EUCAP. La chef de mission, Madame Kirsi Henriksson, avec laquelle je travaille tous les jours dans une collaboration très étroite et amicale, le fera certainement mieux que moi. Je veux juste souligner que cette mission fait aujourd’hui l’unanimité, tant auprès des différents partenaires bilatéraux avec qui elle interagit, qu’auprès des autorités nigériennes. Laissez-moi vous donner juste un exemple de réalisation : le dispositif de sécurité des festivités de Agadez SOKNI sera commandé et piloté depuis un PC (appelé PC Mixte), regroupant toutes les composantes engagées dans ce dispositif, et ressortissant de différents ministères. Ce PC a été créé, équipé, et entrainé en étroite collaboration avec EUCAP Sahel Niger.

Excellence, le Niger est l’un des partenaires privilégié de l’UE en matière de gestion des flux migratoires. Les récentes missions de Bruxelles et des Etats membres de l’UE au Niger, en témoignent. Concrètement, comment s’illustre ce partenariat ?

D’abord, il convient de souligner que la migration illégale est un fléau. Il suffit de regarder les chiffres des personnes qui se noient dans la Méditerranée, et d’écouter les témoignages des pauvres gens qui survivent à ce voyage. L’Europe fait face à un afflux de réfugiés et de migrants difficilement supportable pour ses opinions publiques. Elle a décidé de proposer aux pays africains concernés un cadre de partenariat visant d’une part à traiter de façon pérenne les causes de la migration, c’est-à-dire l’absence d’opportunité pour les jeunes, et d’autre part, à garantir des conditions de retour dignes et pérennes pour les migrants irréguliers. Dans ce cadre, le Niger s’est engagé dans une coopération étroite avec l’UE sur ces deux aspects. Le Président de la République a présenté un Plan d’Action lors du Sommet des Chefs d’Etat de La Valette sur la migration en novembre 2015. Nous travaillons avec tous les partenaires concernés à la mise en œuvre de ce Plan d’Action qui est en cours de mise à jour. Bien entendu, ce travail fait l’objet d’un dialogue politique au plus haut niveau, qui explique les visites que vous avez mentionnées, et que les médias ont rapportées. Un fonds fiduciaire a été créé par l’UE lors du Sommet de La Valette, et nous avons déjà engagé un montant de 105 millions d’euros (plus de 68 milliards de FCFA) sur des programmes que l’on peut décliner sur trois axes :

Le renforcement des capacités des Forces de Sécurité à assurer le contrôle de ses frontières et de son territoire, et à lutter contre les trafics illicites que la migration génère. Je veux, ici, insister sur le fait que nous partageons tous le constat que les migrants sont des victimes, et en aucun cas des coupables, et c’est sur la base de ce constat partagé que nous travaillons.

Les alternatives au profit des communautés qui vivent de ce que j’appellerai ‘’l’économie parallèle’’ de la migration, ainsi qu’au profit des populations qui sont encore tentées de partir vivre dans des conditions dégradantes vers le Nord de l’Afrique.

L’aide au retour et à la réinsertion dans leurs pays d’origine des migrants qui, sur une base volontaire seulement, acceptent de renoncer à ce voyage. Il est important de souligner que ces programmes ne remettent pas en cause le principe établi de la libre circulation des ressortissants de la CEDEAO. Ces programmes visent en particulier la région d’Agadez, mais aussi celles de Tahoua et de Zinder.

Nous évaluerons régulièrement ces programmes, ainsi que les besoins additionnels au sein du cadre de concertation sur la migration qui a été créé par décret pour regrouper tous les acteurs de ce dossier sous la co-présidence des Ministres de l’Intérieur et de la Justice.

En termes de perspectives, quels sont les chantiers imminents ou à venir dans les interventions de l’Union Européenne au Niger ?

Des conventions de financement viennent d’être approuvées pour 470 millions d’euros, soit plus de 308 milliards de FCFA, sur un total de 596 millions d’euros, c’est-à-dire plus de 390,9 milliards de FCFA du 11ème FED (2014-2020). Celles-ci concernent les secteurs prioritaires prévus dans le programme de coopération décidé conjointement avec le Gouvernement, comme expliqué plus haut. Il s’agit notamment de poursuivre les importants efforts déjà consentis en matière de sécurité alimentaire et de résilience à travers une production alimentaire accrue et durable, une meilleure maîtrise de l’eau, le renforcement des capacités de prévention et de réponse face à l’insécurité alimentaire (203 millions d’euros, soit plus de 133 milliards de FCFA). Un autre important secteur d’intervention est le renforcement de la capacité de l’Etat de mettre en œuvre des politiques sociales. Dans ce cadre, un important programme de réforme du secteur de l’Education (77 millions d’euros soit plus de 50 milliards de FCFA) va être lancé. La maîtrise démographique, une priorité présidentielle, est également prise en compte. Le renforcement de la gestion des finances publiques va se poursuivre. Le troisième secteur dans lequel l’appui européen est reconduit touche aux questions de sécurité, bonne gouvernance et consolidation de la paix (82 millions d’euros soit plus de 53 milliards de FCFA). Cela se fait notamment à travers l’appui aux capacités des Forces de Sécurité Intérieure en matière de lutte contre la migration illégale et de contrôle aux frontières (en complémentarité avec les actions entreprises dans le cadre du fonds fiduciaire de stabilité pour la migration et de l’action de l’opération d’EUCAP Sahel Niger).

Un autre volet de cet appui bénéficie au secteur de la justice, notamment l’appui à l’Agence Nationale de Lutte contre la Traite des Personnes (ANLTP). Finalement, comme déjà mentionné dans une question précédente, le dernier important secteur de concentration qui continuera à bénéficier d’un appui dans le futur est celui du désenclavement des zones affectées par l’insécurité et le risque de conflits. Il s’agit d’abord d’un important programme de construction et de réhabilitation d’infrastructures routières (routes et pistes). C’est ainsi que le 11ème FED considère entre 2017 et 2020 la construction de 469 km de la route en terre en allant de la frontière Mali (Agendour) à Ingall (région d’Agadez) en passant par les départements de Tillia, Tchintabaraden et Tassara (région de Tahoua).

De même le tronçon de 48 km de Zinder à Bakin Birji et probablement le tronçon Bakin Birji - Tanout (95km) sont prévus. Leurs positions sur l’axe de la Transsaharienne, entre Zinder et Agadez, va avoir un important impact positif sur cette région.

En dehors de cette aide «programmée», il convient d’ajouter plusieurs autres contributions additionnelles importantes dont le Fonds Fiduciaire de Stabilité pour la Migration lancé lors du Sommet de La Valette de novembre 2015, mentionné plus haut et qui monte progressivement en puissance.

Onep
09 décembre 2016
Source : http://lesahel.org/

Les déchets plastiques : Un casse-tête pour notre environnement

09/12/2016

L’étranger qui débarque pour la première fois au Niger est stupéfait par la présence massive, dans les rues de Niamey la capitale, des déchets plastiques. Une présence qui s’accentue à mesure que l’on s’approche des centres commerciaux, notamment des marchés où l’usage de ces sachets est devenu quasiment anarchique. Dans la périphérie de Niamey, cette vision est encore plus abracadabrante. En effet, le plastique usagé jonche les rues par milliers. Et lorsque vous arrivez aux abords des dépotoirs sauvages, vous avez l’impression de baigner dans un océan de plastiques. Des montagnes d’ordures ménagères constituées en grande partie de déchets plastiques utilisés dans les ménages et jetés dans les poubelles.

A voir ce spectacle désolant, on imagine la quantité de sachets plastiques importés. Car notre pays, bien qu’il soit littéralement envahi par le sachet plastique, n’en fabrique pas du tout. C’est à croire qu’on est devenu le plus grand importateur africain de sachets plastiques.

La problématique de la gestion des déchets produits dans nos villes se pose avec acuité. Cela est une évidence que confirment presque toutes les rues de nos grandes villes, fréquemment en proie au trop plein de déchets de toute nature.

Selon les spécialistes en la matière, l’explosion démographique ainsi que les importantes orientations urbanistiques et modernes pourraient faire doubler cette production à l’horizon 2025. Il devient écologiquement justifiable que les villes puissent étudier les différentes possibilités de mettre en place des dépotoirs ou décharges solidaires, assises sur des réponses aux besoins économiques de leurs populations.

Il s’agira de s’engager vers l’appropriation des dépôts et décharges tout en tenant compte des ressources propres des villes, de la valorisation des technologies et ressources humaines localement disponibles et de la capitalisation des pratiques informelles de réutilisation, de récupération et du recyclage. Sur ce dernier point, les villes doivent insister sur le rôle opérationnel des dépotoirs et décharges envers le recyclage agricole afin de contribuer au développement de l’agriculture et de l’élevage, facteur sur lequel reposent d’ailleurs nos principales politiques nationales et régionales.

En effet, certaines publications attribuent aux pays les moins avancés une production de déchets à 60% organique en zone urbaine et jusqu’à 85% en zone rurale. Le développement de tous ces acquis, en tenant compte des aspects sanitaires et environnementaux, encouragera la mise en place d’une filière appropriée, voire autonome, de gestion de déchets.

C’est dans cet esprit que le Conseil des ministres du 1er mars 2013 a examiné et adopté le projet de loi portant interdiction de la production, de l'importation, de la commercialisation, de l'utilisation et du stockage des sachets et des emballages en plastique souple à basse densité.

Ce projet de loi dresse le constat selon lequel les villes et campagnes nigériennes font face à une augmentation continue des pollutions dues aux déchets solides. Cette situation est principalement liée à la croissance démographique et au changement des modes de production et de consommation. Parmi ces déchets, les déchets plastiques constituent la menace la plus sérieuse pour l'environnement, pour la santé humaine et animale, en somme pour l'économie nationale.

En effet, les déchets plastiques empêchent aux eaux de pluies de s'infiltrer et polluent les paysages. Lorsqu'ils sont ingérés par les animaux, ils provoquent des troubles gastro-intestinaux graves, pouvant conduire à la mort. Aussi, plusieurs initiatives ont été prises par l'Etat, les collectivités territoriales, les ONG et associations de développement et les partenaires pour enrayer ce fléau.

Mais force est de constater qu'en dépit de toutes ces initiatives, le problème ne fait que s'aggraver. Dans le cadre des mesures d'accompagnement, des alternatives sont envisagées à travers la production et l'importation de sachets et emballages en matériaux biodégradables déjà utilisés par certains établissements de la place. Ce projet de loi, qui a été transmis à l’Assemblée Nationale, a été examiné et adopté par les députés. C’est une importante arme dont le Niger vient de se doter dans le combat quotidien pour la préservation de notre environnement menacé de toute part.

Oumarou Moussa(onep)

09 décembre 2016
Source : http://lesahel.org/

Le Réseau des Journalistes pour un Environnement Sain (RJES) dans la lutte contre les sachets plastiques

09/12/2016

Engagé dans des actions en faveur de l’environnement, le Réseau des Journalistes pour un Environnement Sain (RJES) est préoccupé par le danger que constituent les déchets plastiques pour l’environnement et les populations.
Pour contribuer à la lutte contre ce problème, le RJES mène des actions de terrain, depuis sa création en 2004,   indique M. Illa Kané. Ces efforts portent entre autres sur la sensibilisation, à travers les médias, sur les dangers liés aux sachets plastiques, mais aussi des actions comme les opérations de ramassage de ces déchets.

 

{xtypo_quote} ‘’Des sols continuent à s’appauvrir du fait de la présence des déchets plastiques et des animaux continuent à mourir en les avalant’’, s’indigne M. Illa kané, le coordonnateur du Réseau des Journalistes pour un Environnement Sain (RJES).{xtypo_quote}

En 2010, rappelle-t-il, le RJES s’était mobilisé pour une opération de ramassage des déchets plastiques au quartier Gamkallé de Niamey, précisément au niveau de la décharge située derrière l’Intendance Militaire. ‘’Lors de cette opération, à laquelle nous avions associé les populations, beaucoup de sacs des déchets plastiques ont été ramassés et remis à une ONG qui transforme les déchets plastiques en pavés. C’était une façon pour nous, bien avant même l’adoption de la loi, de démontrer qu’on doit agir face aux déchets plastiques car ils polluent notre Environnement’’, précise le coordonnateur du RJES.

   L’adoption, le 28 octobre 2014, du projet de loi portant interdiction de la production, de l’importation, de la commercialisation, de l’utilisation et du stockage des sachets et des emballages en plastique souple à basse densité a suscité de l’espoir dans la lutte contre les effets des déchets issus de ces produits. Le Réseau des Journalistes pour un Environnement Sain (RJES) avait salué l’adoption, le 28 octobre 2014, du projet de loi en question. ‘’Nous avions salué cette décision parce que, avions-nous pensé, elle allait permettre au Niger de se protéger contre un des maux dont souffre son Environnement, que sont les déchets plastiques. Malheureusement, deux ans après son adoption par l’Assemblée Nationale, la loi   n’est toujours pas mise en œuvre au Niger. Son décret d’application n’est, à notre connaissance, toujours pas signé’’, déplore M. Illa Kané.

‘’De notre point de vue, rien ne peut expliquer la non application de cette loi à ce jour, si ce n’est cette levée de boucliers des importateurs des sachets plastiques’’, ajoute le coordonnateur du RJES. Aussi, soupçonne-t-il une action de lobbying d’avoir empêché l’application de cette loi. ‘’La conséquence de tout cela est que le Niger continue à faire les frais des dégâts que causent les déchets plastiques sur son environnement’’, s’indigne M. Illa Kané.

Pourtant, relève-t-il, ‘’beaucoup des pays africains sont parvenus, contre vents et marées, à adopter et à mettre en œuvre des lois interdisant la vente et l’utilisation des sachets plastiques’’.

Le coordonnateur du RJES lance ainsi un appel à l’endroit de la population et de l’Etat, à travers le Ministère de l’Environnement et du Développement Durable, afin que la loi portant interdiction des sachets plastiques au Niger soit appliquée. ‘’Il ne nous paraît pas responsable de la part d’un Etat d’engager un si long processus, d’arriver jusqu’à l’adoption d’une loi par l’Assemblée Nationale, et ne pas être en mesure de mettre en application cette loi, parce que tout simplement un groupe d’intérêts s’y oppose’’, estime M. Illa Kané.

Souley Moutari(onep)

09 décembre 2016
Source : http://lesahel.org/

Migrants expulsés d’Algérie vers le Niger : l’explication des autorités sur l'opération

08/12/2016

L'Algérie a arrêté durant le week-end du 3 décembre plus de 1 500 migrants subsahariens dans la capitale. Mercredi 7 décembre, les expulsions ont commencé. Des camions sont arrivés dans le nord du Niger. Les autorités algériennes, elles, ont donné une première explication sur l'opération.

C'est par la voix de la présidente du Croissant-Rouge que les autorités ont donné une explication mercredi aux arrestations de la semaine dernière. Saida Benhabylès a donc déclaré dans les colonnes du journal officiel El Moudjahid que « vu la promiscuité qu'il y a dans la capitale », et que cette promiscuité « pose des problèmes d'ordre sécuritaire », les pouvoirs publics ont décidé de « transférer les migrants dans le Sud où les conditions d'accueil sont meilleures ».

La présidente du Croissant n'a pas mentionné les expulsions vers le Niger. Pourtant, dans la nuit de mardi à mercredi, les migrants qui étaient dans le camp de Tamanrasset ont été emmenés dans des camions en direction de la frontière. Puis le convoi a passé la frontière. Il a traversé le nord du Niger escorté par la police nigérienne, 50 camions sont arrivés à Agadez en fin d'après-midi le 7 décembre.

Mercredi à l'aube, le deuxième convoi de migrants parti d'Alger est arrivé à Tamanrasset. Il devrait prendre la route du Niger aujourd'hui. Selon plusieurs témoignages sur place, à Tamanrasset, les migrants vivraient dans des préfabriqués éloignés de la ville. Ils dorment sur des matelas et ne reçoivent quasiment aucune aide. A cela s'ajoutent des mauvais traitements.

08 decembre 2016
Source : http://www.rfi.fr/afrique/

Niger : une ancienne d’Ecobank, Mme Zeinabou Dan Baba aux commandes de la succursale Cbao-Attijari

08/12/2016

Jusque-là au poste de directeur des ressources humaines chez Ecobank Niger, Zeinabou Dan Baba vient de rejoindre la Compagnie Bancaire de l’Afrique Occidentale (CBAO), en qualité de patronne de la succursale nigérienne de la banque marocaine. L’information a été donnée par Confidentiel Afrique, qui annonce le retour du sénégalais Adama Faye à la maison mère.

Deuxième succursale du groupe marocain Attijari via sa filiale sénégalaise (après le lancement de CBAO – Burkina), CBAO-Niger est en activité depuis 2013 suite à l’obtention d’un agrément unique auprès de la Commission bancaire de l’UEMOA.

Le secteur bancaire de ce pays, extrêmement représenté dans la capitale, compte au total 12 institutions, dont 3 succursales.
Par Nephthali Messanh Ledy

08 décembre 2016
Source : http://www.financialafrik.com

Renaissance : Les raisons de l'échec, l'endettement irréfléchi et irrégulier

08/12/2016

En 2011, les camarades marxistes léninistes accèdent au pouvoir, grâce à Dieu, Salou Djibo et Hama Amadou. Les comptes publics étaient relativement bien garnis, avec de réelles raisons d'espérer, dont le pétrole dont l'exploitation venait d'être lancée. Ce même pétrole que les admirateurs de Staline qualifiaient " d'eau " quand le gouvernement de Hama Amadou mettait en route les bases de l'exploitation. Les indicateurs financiers du pays étant au vert, en tout cas pas au rouge, et la gestion économique du pays par l'équipe Tandja-Hama ayant fait du Niger un Etat fréquentable.

Aussitôt, en mauvais héritiers qui ne savent pas que tout ceci est le fruit des années d'efforts de tous les citoyens nigériens, et le résultat d'une bonne gestion financière et économique, Mahamadou Issoufou et ses petits camarades se sont lancés dans une politique irréfléchie d'endettement qui s'avère aujourd'hui dangereuse pour le pays. Le prêt frauduleux d'Exim-Bank et le prêt miraculé du Congo sont les exemples les plus illustratifs.

Ces prêts sont tellement singuliers qu'ils ont fait l'actualité en leur temps. Et ce n'est pas fini. Parce que bien que passés, ils expliquent le présent actuel. Le pouvoir en difficulté de Mahamadou le sait mieux que quiconque. C'est pourquoi, il n'est pas inutile de les rappeler, parce que la façon dont ces prêts ont été contractés montre déjà la façon cavalière, ne respectant aucune règle en la matière, dont Mahamadou Issoufou comptait gérer le Niger : tout dépend de son unique volonté, sans aucun respect pour les lois et règlements de la République, avec un mépris total du peuple nigérien pour lequel du reste il n'a jamais eu le moindre respect.


Le prêt frauduleux d'Exim-Bank

Contracté courant 2013, en tout cas les tractations ont commencé en 2013, le prêt Exim-Bank, a suscité une polémique aussi inutile que suspecte, quant à son montant. D'une valeur de deux (2) milliards de dollars US, comme l'atteste une dépêche de Xinhua, la très officielle agence de presse chinoise, en date du 9 janvier 2014, le gouvernement nigérien, à travers plusieurs membres du gouvernement et des grands gueulards à sa solde, a toujours maintenu le montant de un (1) milliard de dollars. La hargne avec laquelle ils ont défendu cette ligne a suscité beaucoup de questions et d'inquiétudes. Pourquoi le gouvernement de Mahamadou Issoufou a-t-il voulu cacher le montant exact aux Nigériens ? N'y a-t-il pas une volonté criminelle derrière ces cachotteries ? Si au niveau déjà du montant il y a polémique, c'est qu'au niveau de l'utilisation, c'est l'opacité la plus totale. Qu'est-ce que la Renaissance a fait des mille (1000) milliards FCFA contractés auprès de cette banque chinoise et qui a nécessité l'hypothèque du pétrole nigérien sur des décennies ? Est-ce cet argent qui a transité par milliards dans les comptes bancaires des progénitures des camarades marxistes léninistes au pouvoir, ces hommes qui se disent à convictions et qui se révèlent de véritables capitalistes compradores, uniquement préoccupés par l'accumulation primitive accélérée ?

Le prêt miraculé du Congo

Le deuxième prêt, miraculé cette fois-ci du fait de ses multiples apparitions, est le prêt congolais, un prêt passé entre amis de l'Internationaliste socialiste plus qu'entre Etats, en guise de remerciements pour services rendus. Inutile d'entrer dans les détails du service rendu. D'une valeur de 50 milliards FCFA, le prêt congolais, concédé par l'indéboulonnable Camarade Dénis Sassou Nguesso, apparait pour la première fois dans le baudget 2012. Il disparaît du même budget, suite aux protestations des institutions financières internationales qui dénoncent les conditions dans lesquelles le prêt a été contracté, comme " de gré à gré " entre potes. Le prêt ne réapparaît que dans le budget 2014, et non celui de 2013. Mais, il se trouve qu'en 2013 déjà, les camarades ont empoché la moitié du prêt, soit 25 milliards, en dehors de toute inscription budgétaire. C'est Jules Bailet, à l'époque ministre des finances, qui l'a affirmé à l'hémicycle en décembre 2013, lors de l'adoption de la loi de finance 2014.

Mise aux bans du Niger par la communauté internationale ?

Dans les deux cas, comme dans beaucoup d'autres cas, les institutions financières internationales elles ont déploré leur mise à l'écart en dépit des accords entre le Niger et ces institutions, ainsi que les conditions dans lesquelles ces prêts ont été contractés. Des conditions floues et qui, à terme, contribueront à surendetter notre pays. Les grandes gueules ont aussitôt répliqué avec chiffres (fabriqués ?) à l'appui, pour tenter de convaincre l'opinion que la dette du Niger reste normale, en dessous du seuil critique et que Mahamadou Issoufou pouvait continuer, à souhait, d'endetter le Niger, à gauche et à droite. Mais, il faut souligner que le surendettement est relatif. On sait que pour les uns, un crédit d'un million est un surendettement au vu de leurs capacités, leurs potentialités, et la maîtrise qu'ils ont/ou n'ont pas de leurs ressources. Pour les autres, des crédits de milliards, c'est un jeu d'enfants. Et aujourd'hui, les Nigériens sont en train de payer ces folies d'endettement de la Renaissance, des crédits censés financer de grands projets, et qui n'ont servi qu'à construire deux ridicules et budgétivores ponts, pompeusement appelés 'échangeurs', et probablement à enrichir des renaissants. Et, ce n'est pas surprenant que le Niger soit mis à l'index des investisseurs sérieux, et que les thuriféraires du régime, ayant appauvri le Niger, se tournent finalement et honteusement vers les pauvres citoyens qu'ils ont paupérisés pour renflouer les caisses de l'Etat qu'ils ont eux-mêmes vidées. Quand on dit " Tayi Tawri ", en vérité on ne fait que répéter et fredonner la chanson que le pouvoir lui-même, tous les jours, nous répète qu'il n'y a pas d'argent et qu'il ne peut pas payer les salaires, les pécules. Quand un Etat atteint un stade où il gèle le payement de la dette intérieure, et qu'il supprime des centaines de milliards destinés dans le budget initial aux investissements, que dit-il ? Tayi Tawri… Parmi les causes de cette situation calamiteuse des finances publiques, se trouve cet endettement irréfléchi et irrégulier auquel se sont livrés Mahamadou Issoufou et ses petits camarades. A terme, le pays devient la propriété des créanciers qui sont des capitalistes, chinois soient-ils, sans état d'âme, et qui pour rentrer dans leurs droits, utilisent tous les moyens de distorsion dignes des puissants. Et les gouvernants deviennent de simples vigiles. C'est ce qui explique les saisies à l'étranger des biens du Niger, l'avion présidentiel, les biens immobiliers en France. La Renaissance est une véritable et honteuse catastrophe pour le Niger et pour chaque nigérien, de ce point de vue.

BISSO

08 décembre 2016
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

Le contentieux judiciaire Etat du Niger-AFRICARD : Historique et conséquences

08/12/2016

Courant année 2010, usant de l'article 43 de l'Ordonnance n°2008-6 du 21 février 2008, le ministre de l'Intérieur, de la Sécurité publique, de la Décentralisation et des Affaires religieuses initia, après avis favorable de la DGCMP [Ndlr : Direction générale du contrôle des marchés publics] le lancement de la procédure d'attribution du marché de production de passeports biométriques avec mise à concurrence de trois (3) sociétés spécialisées en la matière. Furent invitées à soumissionner, suivant les modalités de l'article 41 (nouveau) de la même ordonnance, les trois sociétés retenues, à savoir Panther Holding, Inkript et Africard SA.

À l'issue de cette procédure, AFRICARD a été déclarée adjudicataire par lettre en date du 28 janvier 2011 du ministre de l'Intérieur et notification de ce résultat en a été faite aux parties conformément aux articles 26 et 27 (nouveaux) du code des marchés publics. À compter de cette date, les services compétents des ministères de l'Intérieur et de e l'Economie et des Finances se sont mis à pieds d'œuvre pour l'élaboration de la convention. À cet effet, un comité interministériel chargé d'examiner le projet de convention de production des passeports biométriques a été créé par arrêté n°573/MISP/D/AR/DGR/DAF/DMP en date du 19 août 2011 du ministre de l'Intérieur, sur recommandation du ministre des Finances. Le processus durera plusieurs mois, allant du28 janvier 2011(date de notification du marché) au 16 septembre 2011, date à laquelle l'adjudicataire a reçu notification de la dernière mouture de la convention et fut invité en conséquence à la signer. C'est ainsi que tous les documents du marché avaient été signés par les deux parties. Il s'agit de la convention et du cahier des clauses administratives générales et ses annexes.

Le 13 octobre 2011, le visa du ministre des Finances viendra parfaire la convention des parties et engager définitivement l'Etat du Niger et AFRICARD dans un contrat BOOT pour la production d'un million de passeports biométriques sur une période de cinq (5) ans renouvelable une fois avec une rallonge de deux ans. L'adjudicataire ayant reçu la copie de la convention conjointement signée par les ministres en charge de l'Intérieur et des Finances, la liste définitive du matériel ainsi que les formulaires de demande des trois (3) types de passeports et les spécimens correspondants, il a lancé la commande du matériel en vue de respecter l'échéance contractuelle prévue à l'article 21 ci-dessus précité.

Contre toute attente, le 24 Mars 2012, le ministre de l'Intérieur Abdou Labo, sur demande incessante du Premier ministre Brigi Rafini, adressait à AFRICARD une lettre lui notifiant l'annulation de la convention. Deux ans plus tard, certaines sources bien au fait du dossier se demandent  si Brigi Rafini n'aurait pas, à travers des soudanais et des hommes d'affaires du Nigeria, des rapports personnels avec la société Nigériane Contec Global, actuel fournisseur du passeport Biométrique. La décision en date du 24 Mars 2012 portant annulation de la convention étant un acte administratif lui causant grief, la société AFRICARD a entendu user des voies de recours ordinaires internes, c'est-à-dire le recours administratif et le recours pour excès de pouvoir, s'il y a lieu, afin d'obtenir, soit la rétractation de la décision ; soit l'annulation de celle-ci. C'est ainsi que suivant la procédure prévue par le droit interne nigérien, notamment les dispositions de l'Ordonnance n° 2010-16 du 15 avril 2010, déterminant l'organisation, les attributions et le fonctionnement de la Cour d'Etat en ses articles 89 et suivants, la société AFRICARD BVI a introduit un recours pour excès de pouvoir à l'effet d'obtenir l'annulation de la décision ministérielle en date 24 mars 2012.

Conformément aux dispositions de l'article 89 de l'ordonnance ci-dessus précité, ledit recours a été précédé d'un recours hiérarchique adressé au Premier ministre, chef du gouvernement, le 13 avril 2012. Le Premier ministre n'a jamais réagi et certaines sources indiquent qu'il agissait pour des raisons et intérêts personnels, en appuyant l'annulation du contrat avec AFRICARD afin d'attribuer le marché a une autre société, en l'occurrence Contec Global, entrainant ainsi le Niger dans un gouffre juridico-financier qui n'en finit plus.

En l'absence de réponse immédiate de cette autorité, et face à l'imminence d'un nouvel appel d'offre portant sur le même marché, AFRICARD s'est vue contrainte d'introduire prématurément sa requête en annulation devant la chambre administrative de la Cour d'Etat. Sur ce, ladite chambre, conformément à la jurisprudence constante de la cour en ce domaine, va déclarer recevable le recours de AFRICARD et statuant au fond, elle a par arrêt en date du 23 janvier 2013, annulé la décision du ministre de l'Intérieur en date du 24 mars 2012. Cette décision fut notifiée le 29 janvier 2013 au ministre de l'Intérieur, auteur de la décision annulée et au Secrétaire général du gouvernement.

Malheureusement, alors qu'aux termes de l'article 108 de l'ordonnance n°2010-16 du 15 avril 2010 déterminant l'organisation et les attributions de la Cour d'Etat," l'arrêt de la chambre administrative s'impose à tous ", le Premier ministre a toujours refusé d'exécuter la décision de la plus haute autorité juridique du pays : la COUR D'ETAT, malgré un rapport favorable à la restitution, préparé par le Secrétaire général du gouvernement, rapport assez détaillé et rigoureux, et malgré les conseils de Mohamed Moussa, secrétaire permanent de la cellule PPP et conseiller du PM. Une rencontre entre AFRICARD et le PM a ensuite eu lieu dans la Luxueuse suite du PM lors d'un séjour à Paris à l'hôtel Montparnasse. Là, le PM fut averti par le PDG de AFRICARD des répercussions sévères d'un éventuel arbitrage, mais Brigi Rafini a ignoré les observations d'AFRICARD. Conséquence : le Niger subit aujourd'hui une dette de 46 millions de dollars, sans aucune voix de recours. À noter que la dette augmente à raison de 13% par an. D'ici la fin du mandat issu du hold-up électoral du 20 mars 2016, le montant de la dette sera de 84 million de dollars.
La suite, c'est qu'après les saisies du Mont Greboun, des avoirs du Niger auprès d'Areva, des biens immobiliers et autres, AFRICARD prépare de nouvelles saisies et ne compte pas renoncer a ses droits ni s'arrêter en si bon chemin. Une proposition a été faite par AFRICARD afin de suspendre toutes les nouvelles saisies, réduire de 35% les montants accumulés de la dette, faire un échéancier, donner à l'Etat 60 jours supplémentaires pour trouver un accord global. En contrepartie, le Niger paie un acompte de moins de 6% du montant. La proposition d'AFRICARD attend toujours l'accord du Premier ministre et attendra jusqu'au lundi 05 décembre 2016 [Ndlr : un délai aujourd'hui dépassé] au plus tard avant de prendre de nouvelles mesures judiciaires.
Selon des sources dignes de foi, AFRICARD entendrait aussi saisir à nouveau les tribunaux français dans une affaire de fraude qui inclurait la Sopamin, Areva, optima Energy et Energo Alyans, et il est clair que les faits, une fois révélés, feraient sauter de grosses têtes, aussi bien au Niger qu'en France. L'affaire porterait sur quelques 300 millions d'euros, soit près de 200 milliards de francs CFA et concernerait de grands gueulards qui feraient mieux de faire profil bas et de se cacher. Une affaire qui, selon les mêmes sources, sera bientôt reprise par la police judiciaire française, à paris. Affaire, donc, à suivre !


08 décembre 2016
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

Banqueroute financière de l'Etat : Brigi Rafini serait-il au centre des misères juridico-financières du Niger avec Africard LTD ?

08/12/2016

Depuis de longues semaines, votre journal, Le Courrier, épluche et rend public un dossier sulfureux dont la naissance, tout autant que la conduite, traduit l'unique souci des gouvernants issus du hold-up électoral des 21février et 20 mars 2016 : s'enrichir à volonté sur le dos du peuple nigérien, quoi que cela puisse lui en coûter. Une propension mafieuse qui a ruiné l'Etat et qui continue à saigner les finances publiques. Dans le contentieux judiciaire avec AFRICARD dont il est question, c'est par la faute inexcusable d'un homme que le Niger est réduit à payer plus de 27 milliards de nos francs, avec tout ce que cela représente comme saisie des avoirs et biens immobiliers du pays à travers le monde.

Un montant qui connaît une majoration de 13% chaque année de retard mais qui laisse de marbre le régime et Brigi Rafini, l'homme-orchestre de ce " coup de poignard " dans le dos du peuple nigérien. Cet homme à qui on donnerait le bon dieu sans confession, a préféré, malgré les conseils et les mises en garde de multiples collaborateurs, faire passer des intérêts particuliers au détriment de ceux de son pays, faisant annuler, sans état d'âme, le contrat régulièrement signé avec AFRICARD pour le ré attribuer à CONTEC GLOBAL, une société nigériane. Un scandale qui prend l'allure d'une haute trahison, Brigi Rafini étant resté sourd à tous les appels à la raison. Voici l'histoire, rocambolesque, du plus grand scandale juridico-financier, avec désormais, le nom de celui qui en était à la base.

En 2010, sous la Transition de Salou Djibo, conformément à l'article 43 de l'Ordonnance n°2008-6 du 21 février 2008, le ministre de l'Intérieur, de la Sécurité publique, de la Décentralisation et des Affaires religieuses de l'époque, Abdou Labo, initia le lancement d'une procédure d'attribution avec mise à concurrence de trois (3) sociétés spécialisées en la matière, pour la conception de passeports biométriques. Une procédure entamée après avis favorable de la DGCMP [Ndlr : Direction générale du contrôle des marchés publics] et qui met en compétition les sociétés Panther Holding, Inkript et Africard SA, invitées à soumissionner suivant les modalités de l'Article 41 (nouveau) de la même ordonnance. Le 30 décembre 2011, Abdou Labo adresse une lettre au directeur de Cabinet du Premier ministre Brigi Rafini en vue de l'informer des résultats de la procédure entamée. Il lui dit en substance que " Le marché objet de cette convention est en financement BOOT (build, Own, operate and transfer) et a été régulièrement attribué à l'issue d'un processus qui a respecté toutes les dispositions du Code des marchés publics ". Abdou Labo précise par ailleurs que ladite convention a été régulièrement élaborée, conclue et signée et que le contractant, AFRICARD SA, s'emploie d'ores et déjà à honorer ses engagements. En réponse, Brigi Rafini dit marquer son accord pour que le contrat soit fait selon les principes du PPP (Partenariat public-privé) et lui fait observer que, malheureusement, le contrat signé le 13 octobre 2011 avec AFRICARD l'a été sur la base de l'ordonnance portant Code des marchés publics alors que les contrats de type PPP sont régis par l'ordonnance 2011-07 du 11 septembre 2011. Ça sentait déjà l'hyène qui voudrait manger ses petits ! L'ordonnance portant PPP ayant été publiée au Journal officiel du Niger en décembre 2011, elle ne pouvait s'appliquer à un contrat qui a été régulièrement signé par les deux parties le 11 octobre 2011. C'est ce que de proches collaborateurs ont essayé de lui faire comprendre. Sans succès ! Mohamed Moussa, conseiller du Premier ministre et responsable de la Cellule du PPP créée auprès de son Cabinet, a notamment attiré, avec insistance, l'attention de Brigi Rafini sur les conséquences désastreuses pour le Niger en cas d'annulation de ce contrat. Dans une note écrite datée du 25 juin 2012, il lui souligne, entre autres, que le 13 octobre 2011, date de la signature de la convention avec AFRICARD, la loi portant régime général du contrat de partenariat public- privé n'est pas opposable au tiers car diffusée au journal officiel du 5 décembre 2011. Cette note de Moahamed Moussa est en réalité la quintessence d'une réunion qui a regroupé, le Secrétariat général du gouvernement, le secrétariat permanent à l'appui au PPP ainsi que Maître Yankori, la défense d'AFRICARD SA. Une réunion qui a d'ailleurs proposé formellement de " considérer le marché signé le 13 octobre comme conforme et de renégocier le prix de production du passeport par voie d'avenant. Et de conclure : " Cette proposition semble le meilleur compromis ". Peine perdue, Brigi Rafini passera outre, car étant décidé à aller jusqu'au bout de sa logique : faire profiter certains  intérêts soudanais et nigérians. Il va alors demander au ministre de l'Intérieur, par lettre du 12 octobre 2012, d'examiner avec AFRICARD les conditions d'une rupture amiable du contrat. Or, depuis le 9 juillet 2012, Gandou Zakara, le Secrétaire général du gouvernement, agissant sur instruction du Premier ministre Brigi Rafini, a demandé à Abdou Labo de lui transmettre l'ensemble des éléments constitutifs du dossier pour le règlement du contentieux avec AFRICARD. Ce que Labo a fait le 30 juillet suivant. Il se décharge ainsi d'une affaire qui est en train de tourner au vinaigre.

Brigi Rafini entretiendrait-il, à travers des soudanais et des hommes d'affaires du Nigeria, des rapports personnels avec la société nigériane Contec Global, actuel fournisseur du passeport Biométrique ?
De fait, Brigi Rafini va user et abuser de sa position pour demander à Abdou Labo d'examiner les voies et moyens d'une rupture à l'amiable du contrat avec AFRICARD ? Ce qui, bien sûr, n'est pas possible à obtenir, l'ordonnance portant PPP ne pouvant être appliquée à AFRICARD de façon rétroactive. Finalement, le ministre Abdou Labo s'est résolu à notifier, ce 24 octobre 2012, à AFRICARD la rupture du contrat qui les lie.. Mais, même lorsqu'il écrit au directeur général d'AFRICARD pour lui notifier que le contrat signé le 13 octobre 2011 est désormais nul et de nul effet, il le rassure en précisant qu'il s'agirait juste de conformer la procédure à l'ordonnance portant régime général du contrat portant PPP. Manifestement, l'ancien ministre de l'intérieur était loin de cerner, en ce moment, les motivations réelles du régime . Dans sa lettre, il précise d'ailleurs que son département ministériel est en train de prendre toutes les dispositions pour engager la procédure appropriée et qu'AFRICARD fera l'objet d'une consultation au moment opportun. Ça ne sera jamais le cas. Pour le Niger, ça s'est terminé par un différend judiciaire qui est en train de coûter à l'Etat des dizaines de milliards. Un contentieux judiciaire dont la naissance, tout autant que la gestion, pousse à s'interroger si Brigi Rafini n'entretiendrait pas, à travers des soudanais et des hommes d'affaires du Nigeria, des rapports particuliers avec la société nigériane CONTEC GLOBAL, actuel fournisseur du passeport Biométrique ? Se sentant lésée, AFRICARD a fait d'abord prévaloir les mécanismes de règlement amiable en introduisant, le 13 avril 2012, un recours  hiérarchique auprès du Premier ministre, chef du gouvernement. Elle ne savait pas qu'elle se jetait dans la gueule du loup.  N'ayant jamais obtenu la moindre réponse de Brigi Rafini qui se voyait si près de son but, AFRICARD attaque alors, devant la Chambre administrative de la Cour d'Etat, la décision pour excès de pouvoir à l'effet d'obtenir son annulation. Le 23 janvier 2013, la Cour d'Etat annule la décision du ministre de l'Intérieur et le notifie, le 29 janvier suivant, à Abdou Labo et au Secrétaire général du gouvernement. Brigi Rafini aurait-il des intérêts personnels avec CONTEC GLOBAL, cette société nigériane ? Rien n'est moins sûr au regard de la persévérance absolue dont il a fait preuve pour passer outre les lois et règlements, le bon sens et les conseils avisés de ses collaborateurs, pour atteindre son objectif, c'est-à-dire réattribuer le marché acquis par Africard à CONTEC GLOBAL.

Brigi Rafini refuse de se soumettre à un arrêt de la plus haute juridiction du Niger et fait ce que bon lui semble, malgré les répercussions négatives de son entêtement sur le Niger
Aux termes de l'article 108 de l'ordonnance n°2010-16 du 15 avril 2010 déterminant l'organisation et les attributions de la Cour d'Etat, " les arrêts de la chambre administrative de la Cour d'Etat s'impose à tous ". Pourtant, Brigi Rafini refusera toujours d'exécuter la décision de la plus haute autorité juridique du pays. Et malgré un rapport préparé en conséquence par le SGG, rapport assez détaillé et rigoureux qui l'a mis devant l'inconséquence de son entêtement, et malgré les conseils persévérants de Mohamed Moussa, secrétaire permanent de la cellule PPP et conseiller du Premier ministre, l'homme ne fléchira pas. Il restera de marbre même après cette fameuse rencontre qu'il a pourtant eue avec AFRICARD dans la luxueuse suite du PM lors d'un séjour à Paris à L'hôtel Montparnasse. Au cours de cette rencontre, Brigi Rafini a été formellement averti, par le PDG d'AFRICARD, des sévères répercussions d'un éventuel arbitrage judiciaire. Il ignorera les observations d'AFRICARD, décidant implicitement de faire payer au Niger les dividendes qu'engrangera CONTEC GLOBAL dans le cadre de ce contrat. Pourquoi Brigi Rafini s'est entêté à passer outre l'arrêt de la Cour d'Etat, les conseils, avis et mises en garde, La violation délibérée de l'arrêt de la Cour d'Etat est absolument grave. Mais elle n'est pas isolée pour être montée en épingle. Depuis presque six ans, c'est la règle de conduite des gouvernants actuels. La Constitution elle-même est piétinée, violée régulièrement. Si Brigi Rafini s'y est aussi donné à cœur joie  et que cela vaut au Niger des misères juridico-financières qui donnent de notre pays l'image d'un Etat-voyou, c'est parce que son acte est conforme à l'air du temps ou plutôt aux mœurs du régime. Ce forcing cavalier de Brigi Rafini met en péril de grands intérêts financiers et mobiliers du Niger. À ce jour, le Niger croupit sous une dette de 46 millions de dollars, soit plus de 23 milliards de nos francs, sans aucune voix de recours. Cette dette, qui augmente à raison de 13% par an, atteindra en 2021, si les choses continuent telles qu'elles sont, le montant faramineux montant de 84 millions de dollars, soit 42 milliards de francs CFA. Une stupidité à laquelle il faut impérativement mettre un terme !

Laboukoye

08 décembre 2016
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

Lettre à mes compatriotes : Qui, des douaniers et des dirigeants de l’État, travaillent véritablement pour eux-mêmes ?

08/12/2016

Image d'illustrationJ’ai écouté parler deux porte-voix du pouvoir issu du hold-up électoral des 21 février et 20 mars 2016 à propos de deux évènements sociopolitiques ayant marqué la semaine du 1er au 5 décembre dernier et j’ai eu la confirmation que l’on ne peut pas tresser sur des poux et espérer travailler à son aise. Le ver est dans le fruit comme on dit, et le premier évènement, en l’occurrence le limogeage du directeur général des Douanes, Issaka Assoumane, puis son remplacement par un officier supérieur des Forces armées nationales, le Général Amadou Halilou, porte les stigmates d’une crise insidieuse qui mine le Pnds Tareyya.

D’abord larvée, elle est aujourd’hui ouverte et met aux prises deux camps qui s’affrontent : le premier, politiquement légitime, est porté par les thuriféraires du Pnds avec pour porte-étendards Mohamed Bazoum, Massoudou Hassoumi et d’autres militants de la première heure, jaloux de la prééminence de leur parti sur toutes autres formations politiques désireuses de manger avec eux. Le second est né en cours de route, dans les méandres de la "complotite" socialo-communiste qui a donné naissance à une pléthore de partis politiques agglutinés autour du Pnds et répondant à ses desiderata. C’est ce regroupement opportuniste  qui a attiré tous les picsous du pays que les Nigériens on appelé « Guri », c'est-à-dire l’essaim de politicards regroupés autour de Mahamadou Issoufou et dont les partis, véritables satellites du Pnds Tareyya, doivent renoncer à toute immunité existentielle et se conformer strictement aux positions du parti rose. La ligne de conduite est la suivante : « manger et se taire ! ». Le premier camp veut conserver le pouvoir en restant dans la logique d’un Pnds fort et incontournable qui perpétue son règne et la main basse sur les ressources vitales du pays en respectant le principe de l’alternance démocratique au sein du parti, c'est-à-dire que Mahamadou Issoufou accepte volontiers de faire son règne et de s’éclipser au profit d’un autre rose. Cette option aurait l’avantage de garantir les arrières de tous ceux qui ont fait main basse sur les deniers publics et qui craindraient une éventuelle reddition des comptes devant la justice ; d’où la solidarité manifestée par la plupart des cadres roses et de partis alliés vis-à-vis du courant "bazoumien" et l’assurance avec laquelle des hommes sans aucune assise populaire tels que Mohamed Bazoum et Hassoumi Massoudou affrontent Mahamadou Issoufou. Le second camp voudrait que tous s’effacent devant Mahamadou Issoufou, fassent corps avec lui et s’alignent dans la logique d’un tasartché qui offrirait à l’intéressé un troisième mandat inédit à septennat unique. De leur point de vue, les défenseurs de ce courant pensent que seul Mahamadou Issoufou, qui aurait l’habitude de dire que « derrière lui, c’est le désert total », eu égard à l’impopularité de ses camarades, serait en mesure de garantir la pérennisation de ce pouvoir que les Nigériens maudissent de toute leur âme. La contradiction entre les deux camps politiques internes au régime est flagrante. Car, si le premier est conscient qu’il lui faudra, pour réussir son coup, dissoudre les frontières politiques au sein de la MRN [Ndlrn : Mouvance au pouvoir] — ce qui a commencé lors du hold-up électoral avec un alignement systématique de certains leaders politiques comme Moussa Moumouni Djermakoye de l’Andp Zaman Lahiya derrière la candidature de Mahamadou Issoufou — le second est parfaitement conscient que cela ne se fera qu’avec leur mise à mort politique. Guri a, donc, un sens, et même une essence chez Mahamadou Issoufou ainsi que tous les petits serviteurs qui espèrent ainsi que l’écrasement des camarades considérés comme des "coquilles vides" et qui doivent tout, absolument tout, selon eux, à l’homme de Dandadji, serait une opportunité d’occuper les stations qui leur permettraient d’amasser davantage d’argent pour leur compte. Et Mahamadou Issoufou, aidé des porteurs de serviette et autres chargés de mission, alliés de la 25e heure et gâtés avec l’argent public, fait tout pour donner corps et âme à ce conglomérat de partis et d’hommes en roue libre désigné sous le vocable de "Guri". C’est sur ce regroupement qu’il mise et l’arrivée de Seïni Oumarou est un mal nécessaire. Il faut faire avec en attendant le prochain coup de Jarnac qui permettra à Albadé Abouba de récupérer ce qui reste du Mnsd Nassara. C’est cet impératif qui commande aux alliés naturels et/ou de première heure de Mahamadou Issoufou de prendre leur mal en patience et de souffrir ces privilèges … empoisonnés qui sont accordés à Seïni Oumarou.
Par contre, le camp Bazoum-Massoudou et tous les alliés qui perçoivent dans cette démarche, notamment avec l’arrimage inattendu du Mnsd Nassara à l’attelage, un processus incertain et chargé de menaces, ont tendance à considérer "Guri" comme étant un groupe de profiteurs qui vivent et mangent aux dépens du Pnds. Pourquoi alors leur donner plus d’importance qu’ils n’en ont en réalité alors que leur unique préoccupation est de manger ? C’est pourquoi Mohamed Bazoum et Massoudou Hassoumi ont tous deux déclaré en substance que, dans les conditions actuelles, l’arrivée du Mnsd n’a pas de réelles valeurs ajoutées. Ce n’est pas fortuit ; c’est l’expression d’une divergence de vision stratégique des futurs combats politiques à mener pour conserver le pouvoir et échapper à une reddition des comptes redoutable.
Mes chers compatriotes, c’est cette divergence de vue sur l’orientation stratégique à privilégier au lendemain du hold-up électoral des 21 février et 20 mars 2016 qui est également à la base des déclarations de Mohamed Bazoum, trouvées quelque peu déplacées par les inconditionnels de Mahamadou Issoufou, à propos des soupçons de modification constitutionnelle en vue d’assurer un maintien au pouvoir de ce dernier. Pourquoi ce séminaire dit informel qui en appelle ouvertement à une révision constitutionnelle ? La principale conclusion, je le rappelle, à laquelle ce séminaire a abouti est que le Niger gagnerait à opter pour un régime présidentiel à septennat unique. Une porte ouverte pour un troisième mandat de Mahamadou Issoufou. N’est-ce pas un changement de durée de mandat qui a amené Abdoulaye Wade à briguer un troisième mandat — heureusement perdu — dont la plupart des juristes sénégalais ont pourtant contesté le fondement constitutionnel ? Bref, ce n’est pas le sort du Niger qui est au centre des préoccupations, mais le souci de trouver les moyens les plus adéquats pour conserver le pouvoir et le gérer à sa guise afin que tous ces scandales à milliards ne soient, en définitive, que des couleuvres pour les Nigériens. N’est-ce pas cette nécessité de préserver l’essentiel qui a amené Massoudou Hassoumi à défendre, malgré tout, la nomination d’un officier supérieur des FAN à la tête de la Douane nigérienne ?
Mes chers compatriotes, vous aurez remarqué que Hassoumi Massoudou a non seulement, soigneusement, évité de dire les raisons pour lesquelles Issaka Assoumane a été viré – à peine s’est-il contenté de dire que ça n’a rien à voir avec le scandale des 490 containers disparus et je le crois puisque cela est parfaitement conforme aux mœurs du régime – mais il semble également trouver juste qu’un fonctionnaire limogé (soit pour faute grave, soit pour insuffisance de résultats) soit immédiatement nommé conseiller avec rang de ministre. Alors, qui a proposé à Mahamadou Issoufou le limogeage d’Issaka Assoumane ? N’est-ce pas lui, son supérieur hiérarchique ? Issaka Assoumane, lui, n’est pas dupe. Il sait d’où est venu le coup de poing et que sa nomination comme conseiller avec rang de ministre ne vise pas simplement à le réconforter. C’est une réponse du berger à la bergère. « Vous ne voulez plus de lui à la Douane, eh bien, je le nomme à mes côtés », semble avoir dit Mahamadou Issoufou. Le Niger ? Il est toujours absent des considérations mises en avant. De toute façon, c’est du cinéma et personne, dans le système, n’en voudra à l’autre de jouer son rôle à la perfection. Massoudou Hassoumi est-il désavoué par le camarade Mahamadou Issoufou qui nomme l’homme dont il a revendiqué la tête à un échelon supérieur ? Ce n’est pas grave tant que cela peut aider à préserver le système et ses intérêts troubles. Les propos dénués de considération et de respect de Massoudou Hassoumi vis-à-vis des agents des Douanes sont une belle envolée lyrique destinée à masquer, encore une fois, les drames intérieurs qui déchirent le régime. Ils ne traduisent nullement la réalité qui est tout autre. La réalité, c’est que le régime que sert Massoudou Hassoumi avec un zèle maladif est à la base des contreperformances de la Douane nigérienne. N’est-ce pas eux qui ont continuellement démotivé les agents des Douanes en travaillant pour eux-mêmes ? N’est-ce pas lui, Massoudou Hassoumi, qui a conduit et conclut les minutes de Paris avec Areva, en lieu et place de Ladan Tchiana, alors ministre des Mines à l’époque, pourtant présent dans la capitale française mais envoyé se promener sur les Champs Elysées ? C’était le premier grand acte de compromission qui a abouti à la remise en cause de la loi minière de 2006 qui contraignait Areva et toutes les autres sociétés étrangères à payer la Tva et autres taxes. N’est-ce pas eux qui ont, au mépris des règles d’éthique, mais surtout de déontologie auxquelles ils sont pourtant obligés, intervenu pour contraindre les douaniers à restituer des milliards en devises saisis sur des trafiquants à l’aéroport Diori Hamani de Niamey ? N’est-ce pas eux qui ont annulé des milliards que devaient les sociétés de téléphonie cellulaire à l’État, objets de redressements fiscaux de la part de la Direction générale des impôts ? N’est-ce pas eux qui ont prétendu avoir investi plus de 35 milliards dans l’achat d’un vieil avion de 16 ans, dont sept milliards pour le hangar devant lui servir d’abri ? N’est-ce pas lui en personne, Massoudou Hassoumi qui a conduit ces transactions frauduleuses menées aux îles Caïman, dans un paradis fiscal où l’argent n’a ni odeur ni couleur ? N’est-ce pas eux qui ont récemment introduit 500 millions de fonds politiques pour l’entretien de Seïni Oumarou alors que des enseignants accumulent plusieurs mois d’impayés ? N’est-ce pas eux qui sont incapables de dire publiquement où vont les recettes du pétrole nigérien ? N’est-ce pas qui portent plusieurs casquettes institutionnelles, émargeant deux fois, voire trois fois sur le budget de l’État en qualité de conseiller à la Présidence de la République ou à l’Assemblée nationale et membres d’autres institutions telle que l’Artp [Ndlr : Agence de régulation des télécommunications et de la poste] ou d’autres institutions nationales ? N’est-ce pas qui grèvent le budget de l’État avec plus de 60 d’entre eux qui émargent au Trésor public en qualité de ministres ? N’est-ce pas eux qui, contre l’avis motivé de toutes les couches socioprofessionnelles et des conseils pertinents de prudence financière, ont décidé de porter le nombre de sièges à l’Assemblée nationale à 171 au lieu de 113 ? N’est-ce pas eux qui ont construit, en moins de cinq ans de gestion des affaires de l’État, un siège à trois niveaux pour le Pnds Tareyya  – une première au Niger –  alors que l’État est en banqueroute financière ? N’est-ce pas qui, le pétrole se vendant bien, sont devenus subitement si riches au point d’offrir, dans des stations de ministres, des 4X4 aux structures régionales de leur parti politique ? N’est-ce pas eux qui, enfin, refusent obstinément de consentir le moindre sacrifice pour permettre à l’État de souffler ? Qui, des douaniers et des dirigeants de l’État, travaillent alors, véritablement, pour eux-mêmes ?
Mes chers compatriotes, il faut, donc, que vous compreniez une chose : l’État, chez les hommes qui nous dirigent, n’existe que lorsqu’il garantit les intérêts des clans politiques. Dans ce cas, on s’entend sur l’essentiel, en différant sans cesse la résolution des contradictions internes. L’interpellation des artistes, avec Ada Maïkano et Idi Sarki et ses potes dénote de cette détermination à préserver le parti-État Pnds de toutes menaces extérieures. Les explications tortueuses d’Assoumana Malam Issa sur la question n’ont fait que confirmer ce qui se raconte : ils ont été interpellés parce que leurs œuvres seraient porteuses de germes politiques. En faisant le lien entre l’interpellation de ces artistes et les propos inauguraux de sa première rencontre en tant que ministre avec lesdits artistes, Assoumana Malam Issa confirme implicitement que le pouvoir qu’il sert reproche à Ada Maïkano et les autres d’avoir glissé sur le terrain politique en chantant la dure réalité du moment. Ah, que c’est dur parfois de faire partie d’un groupe ! Ce garçon si intelligent, qui sait parfaitement qu’ils ont fait énormément de torts au Niger et qui ne manque pas de le confesser en privé, qui se retrouve contraint de défendre l’indéfendable ! Le Pnds Tareyya, c’est certain, est un parti politique qui a son avenir derrière lui. Il symbolise trop d’échecs, trop de scandales, trop de maux et de malheurs pour que  les Nigériens l’accréditent, demain, d’un quelconque crédit. Il est appelé à sombrer simplement. C’est une vérité amère comme dirait l’autre.
Mes chers compatriotes, j’ai lu, sur les pages d’un journal de la Place, ces mots pleins de chaleur : « Enfin, les Nigériens se réveillent peut-être ! ». En voyant, hier, les images de la marche suivie de meeting des enseignants qui sont décidés à se battre contre cette gouvernance où les délinquants sont protégés et promus à de hautes fonctions tandis que ceux qui travaillent ne sont pas payés, j’ai compris que nous sommes à un tournant décisif de cette histoire douloureuse que Mahamadou Issoufou incarne. Le Niger se réveille, c’est certain, et les volontés étouffées se rebiffent, complètement écœurées de constater que le souci des gouvernants actuels n’est pas le Niger, mais leur sort personnel. En exigeant des douaniers ce qu’ils sont incapables de s’appliquer en premier, histoire de montrer la voie, Massoudou Hassoumi et ses camarades expriment ainsi le type de relations qu’ils entretiennent avec le reste du Niger : ils sont les cerfs et les autres, des serviteurs qui ont pour obligation de travailler dur pour leur garantir une vie douillette, à l’abri de tout besoin. Il faut que la Douane et la DGI travaillent à mobiliser les ressources financières qui leur permettront de mettre à l’aise Seïni Oumarou et ses amis ; il faut que la Douane et la DGI travaillent pour leur permettre de payer régulièrement tous ces conseillers avec rang de ministre ; il faut que la Douane et la DGI travaillent dur pour leur fournir les moyens de voyager comme ils veulent, quand ils veulent et vers n’importe quelle destination qu’ils souhaitent. Aux frais de la princesse  et tant pis pour les autres !
Mes chers compatriotes, Tayi Tawri et ce n’est pas demain, la veille, que les choses se décanteront. À moins, bien sûr… que tout ce qui a été subtilisé des caisses de l’État soit restitué à l’État. Et ça, il est hors de question, n’est-ce pas Hassoumi Massoudou ?
Mallami Boucar

08 décembre 2016
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

Guéguerre entre Massoudou Hassoumi et le SNAD : Qui, des douaniers et des dirigeants de l’État, travaillent pour eux-mêmes?

08/12/2016

«Nous allons rétablir l'autorité de l'Etat sur la Douane aussi et casser cette organisation de captation des recettes de l'État », tel est la saillante réplique du puissant ministre des Finances, Massoudou Hassoumi, lors d’un point de presse qu’il a animé en réponse à la réaction du Syndicat national des agents des douanes (SNAD), suite à la nomination par le gouvernement d’un officier des FAN comme Directeur général des Douanes. Le ministre, qui a  fustigé la  sortie médiatique du SNAD, qualifiée de ''défi à l'autorité de l'État'' et brandi la menace, à peine voilée, de dissolution des agents des Douanes dans les FAN.

Massoudou Hassoumi a rappelé que l'article 164 de la loi 2013-31 du 4 juin 2013, portant Statut autonome des personnels du cadre des douanes, stipule que « les Inspecteurs principaux (des Douanes) organisent, animent, orientent et contrôlent l'action des services des Douanes. Ils ont vocation à occuper les emplois suivants...dont les postes de Directeur général adjoint et de Directeur général des Douanes». Il a beaucoup insisté sur l’expression  « vocation à occuper », qui signifierait, selon lui « qu'ils peuvent être nommés » sans que cela soit une obligation ». Par cet exercice, le ‘’Professeur’’ Hassoumi a cru donner aux douaniers une leçon de compréhension de leurs propres statuts auxquels ils n’auraient visiblement rien compris. Affirmant que l’ancien DGD ne serait pas un douanier mais un douanier à la retraite (allez-y comprendre quelque chose) et qu’il est de surcroît un politique puisque membre du CEN / PNDS, Massoudou Hassoumi a, encore une fois, jeté le pavé dans la marre et ce n’est pas surprenant de cette sulfureuse personnalité. Quant à la nomination de son remplaçant, un officier supérieur des FAN qui aurait fait des études d'économie et de Finances, et qui aurait eu à accomplir, sous plusieurs régimes, des missions de gestion et d'assainissement à la satisfaction de tous, ça tombe comme un cheveu dans la soupe. Ce n’est pas parce qu’on est financier que l’on est forcément douanier ou fiscaliste. Les procédures douanières s’apprennent à l’école et le dénier comme semble le faire Hassoumi Massoudou, c’est manquer de respect à la profession. Le Gouvernement, ajoute Hassoumi, est que l’Etat «  a tout à fait le pouvoir de nomination aux emplois supérieurs de l'État, et les Douanes est un corps à la tête duquel il peut nommer des douaniers, comme des non douaniers, tant qu'il estime que la personne qu'il nomme présente le profil qui cadre avec la mission… ». Autant dire que demain, il est probable que Hassoumi et ses camarades désignent un douanier, rigoureux et strict dans l’application du règlement, à la tête de l’Etat-major général des armées nigériennes. Cela est d’ailleurs plus que probable, Hassoumi ayant clairement agité le spectre d’un reversement des agents des douanes au sein des Fds.
En expliquant que le Niger, à cause de ce qui se passe dans notre Administration douanière, est devenu presque le dernier en termes de mobilisation et d'encaissement des recettes douanières au profit de l'État, Hassoumi noie le poisson dans l’eau en agitant un problème qui n’a rien à voir avec le scandale des containers disparus à la Soraz. Mais, qu’à cela ne tienne, a-t-il raison de pointer un doigt accusateur vers les agents des douanes, apparemment à la source, selon l’intéressé, de tous les misères financières qu’ils connaissent à la tête de l’Etat ? « Quand les recettes arrivent, dit-il, ils (les douaniers) prennent 7% pour eux (et donnent)  3% à l'État », avant d’ajouter : « On devrait avoir honte de cette situation qui ne fait que se dégrader. Depuis que je suis là, il y a moins d'un mois, ce que j'apprends chaque jour de la Douane et cela des quatre coins du Niger, est encore plus grave. On m'appelle pour me dire que les douaniers ne travaillent que pour eux-mêmes. Comment voulez-vous qu'on continue comme ça ? » Au journal Le Monde d’Aujourd’hui, nous nous posons la question suivante : Si les douaniers ne travaillent que pour eux-mêmes, pour qui travaillent alors les princes qui nous gouvernent ? Pour le peuple ? Nous en doutons, au vu de ce qui se passe. Si  la situation financière du pays s’est dégradée au point d’entraîner une forte tension de trésorerie, si le pays manque aujourd’hui d’argent, ce n’est certainement pas les seuls douaniers qui en sont responsables. En moins de cinq ans de gestion, des apparatchiks du régime qui, il n’y a pas longtemps, tiraient le diable par la queue, sont devenus subitement si riches au point que la rumeur publique crédite certains d’être des milliardaires. Des villas de grands standings sont sorties de terre comme des champignons. Ils roulent en voitures de luxe climatisées en compagnie de leurs femmes ou de leurs maîtresses parées de bijoux d’or, voire sertis  de diamant. Le problème est donc ailleurs. Au lieu de s’en prendre aux douaniers, Hassoumi ferait mieux de balayer devant sa porte en demandant au patron qui l’a nommé au ministère des Finances de s’atteler plutôt à la réduction du train de vie de l’Etat et de l’administration entière dont il est le Chef.

08 décembre 2016
Source : Le Monde d'Aujourd'hui