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Lien entre les différentes communautés nigériennes et amis du Niger réparties de par le monde. Boubacar Guede
Mis à jour : il y a 57 min 53 sec

La faillite de notre élite

28/09/2016

En Afrique, l’élite intellectuelle avait joué un rôle historique capital dans l’émancipation des peuples et dans ce combat, que les peuples africains avaient mené, le Niger n’était pas en marge. Notre peuple avait été de toutes les luttes. Et, notre passé commun ne manque pas de figures emblématiques qui peuvent nous donner quelques fiertés. Mais parce que cette histoire ne vit que dans les cimetières de l’oubli, ce peuple, semble aujourd’hui manquer de repères pour avancer, pour savoir encore se battre, pour sa dignité. Sans doute qu’il y a aujourd’hui une urgence à re-enseigner notre histoire, en sortant des décombres du passé, de ces vestiges saccagés, les gloires anciennes qui peuvent nous remobiliser. Il est terrible pour un peuple de ne pas trop savoir d’où il vient. On nous a trop enseigné une histoire qui n’est pas la nôtre et cela nous a poussés ainsi à oublier la nôtre.

Si l’on avait pensé que les mutations d’une société ne pouvaient être portées que par une élite conséquente, responsable, clairvoyante, c’est parce que l’on avait cru que nourrie du savoir moderne qui a aiguisé sa conscience,  elle pouvait être à l’avant-garde de la défense du peuple et de ses intérêts. L’envie de manger, hélas, a transformé presque tous les hommes en ?mange-mil?, pire en rapaces et terribles prédateurs qui n’ont que faire d’une éthique. Ce qui arrive au Niger, faut-il le plaindre – et les mots ne sont que peu – est grave. Diori, Kountché, Baré, ne peuvent que souffrir dans leur tombe de ce qui nous arrive. Les valeurs d’intégrité qu’ils avaient cultivées, ne sont plus là : la fourberie et le mensonge sont devenus les prières, les seules pour lesquelles, nombre d’hommes politiques ont du talent. C’est surtout la bipolarisation de notre espace politique favorisée par la gestion Guriste, qui a pu montrer à quel seuil de putréfaction est allée la société politique nigérienne. Si l’on peut se réjouir que cette gestion ait permis de séparer le vrai de l’ivraie, les méchants des justes, l’on peut cependant regretter que cette situation soit le reflet de la déconfiture morale d’une société où la dignité humaine, l’honneur personnel qui induit souvent quelques répercutions sur la réputation d’une ascendance que des turpitudes pourraient salir, sont de plus en plus bannis. Pire, c’est de la part de ceux chez qui l’on attend l’exemple, le bon exemple, que vient la vilenie. C’est à croire que ce pays n’a plus de sage, n’a plus aucun leader religieux bien écouté, aucun chef traditionnel au charisme imposant. Tout le monde semble être dans la médiocrité, vivant la même uniformité répugnante. Comment pouvait-on faire avancer une société quand tout le monde, tout son monde, semble être dans la faillite, dans la négativité ? Ce pays est à plaindre. C’est vrai.

De la conférence nationale à aujourd’hui, soit un peu plus de deux décennies d’aventure après, le peuple a vu passer tous les hommes à leur examen de passage. Une seule gestion, celle du MNSD et de la CDS, aura été rassurante pour avoir pu tenu dans la stabilité, en deux mandats normaux, n’eut été l’aventureuse option de la continuité, qui a fini par conduire ce régime au naufrage. Mais, que reste-t-il aujourd’hui de ce MNSD mythique, de cette CDS si mesurée ? Peut-être rien, quand on sait que des pans entiers – mangement oblige – sont allés se fondre à la renaissance dévoreuse. Ceux qui, sur l’autel de leurs intérêts égoïstes, ont sacrifié la grandeur de leur formation politique pour tacheter son histoire ou pour jouer à la combine contre un autre, répondront face à ce paysan, à ce chauffeur, à cet artisan, à ce citoyen lambda qui n’attend rien, aucune nomination, aucune promotion mais qui avait cru simplement à des discours et qui avait cru que ces hommes étaient dignes de confiance. Il se rend compte qu’ils ne croient à leurs propres discours. Ici-bas, il va sans dire, qu’avant l’autre tribunal, forcément, chacun répondra de ses forfaitures. Un jour ou l’autre

Dans la descente aux enfers de notre société l’on se demande bien où sont-ils, ces grands bavards qui ont dit qu’ils sont là pour défendre le peuple ? Où sont ces syndicalistes et autres acteurs de la société civile nourris chez Marx qui ont oublié qu’au-delà des luttes corporatistes, ils avaient en d’autres temps fait siennes, certaines revendications politiques, notamment, en ce qui est de la défense de la démocratie. Aujourd’hui, ils ne peuvent rien dire quand les lois sont violées, quand les libertés publiques sont restreintes, quand on enferme abusivement, quand un gouvernement qui viole la loi sur le quota est maintenu malgré certaines protestations. Ce Niger des silences et de l’inaction, ne peut que faire peur. Le syndicalisme nigérien, par ses proximités douteuses avec certains milieux politiques révélées aujourd’hui par ses silences complices et ses complaisances vis-à-vis des menaces qui pèsent sur les acquis des travailleurs et de la démocratie, s’est fortement discrédité. L’on sait comment, gueulards, ils avaient harcelé le régime Tandja pour exiger le paiement des incidences financières, sur lesquelles aujourd’hui, ils n’osent pas dire mot. Si quelques syndicats, presque orphelins de leurs centrales qui affichent un profil bas, s’agitent sans succès pour que leurs préoccupations soient prises en compte, l’on ne peut que déplorer le manque de solidarité dans les luttes sociales. Personne, ne peut plus faire confiance à ces acteurs vénaux. On peut même amputer les salaires de certaines indemnités, cela passe, et l’on comprend gentiment la mesure quand même elle n’avait pas été expliquée au préalable. Ce fut d’abord une rumeur qui informe sur la menace et quand, dans les faits, cela se concrétise, c’est le silence. Il n’est pas trop de dire qu’il n’y a plus de syndicalisme dans le pays de Djibo Bakari et d’Ibrahim Mayaki. Insidieusement et de manière sournoise, deux indemnités avaient été retirées des salaires en promettant qu’elles pourraient être restituées aussitôt après sur présentant des documents qui en donnent droit. N’est-il pas plus pratique de donner un délai pour tous ceux qui en bénéficient, de fournier pour toutes les indemnités les pièces administratives qui les justifient pour, par la suite, supprimer les indemnités de ceux qui ne seront pas exécuté ?

Quant à l’élite politique, elle est sans visage, du moins pour l’écrasante majorité de ses leaders qui ont choisi la compromission, le larbinisme. Soutenir un autre, est-ce être d’accord, toujours, sur tout ce qu’il fait et dit ? N’est-il pas possible de marquer sa différence par moment sur certaines questions surtout quand celles-ci font entorse à la morale, à l’éthique, aux principes, aux convictions, aux lois ? Une telle attitude peut-elle être aussi inamicale pour porter atteinte à une relation politique ? En jouant l’inféodation. On veut vendre une partie de la région de Diffa à des étrangers, personne n’a le courage au sein du camp du pouvoir à dénoncer une transaction attentatoire à notre souveraineté ? Moussa Tchangari peut passer

son temps à fulminer, le problème ne dit rien aux Nigériens devenus silencieux. On détruit l’économie à travers la destruction inopportune des boutiques, personne du pouvoir n’ose élever la voix, sans doute de peur qu’une telle audace ne lui coûte son maintien ou son entrée dans le prochain gouvernement dédié à Seini Oumarou. Il y a tant d’autres problèmes dans notre société pour lesquels l’on ne peut comprendre certains silences.

Si cette élite, à l’instar de celle des soleils des indépendances, ayant choisi la politique comme métier, déçoit, ce que l’on ne peut pas comprendre par contre, c’est l’attitude tout aussi passive qui frise l’indifférence, des intellectuels critiques, libres penseurs qui devraient alerter sur les dérives d’une société qui se meurt à petit feu, acculée à l’hypocrisie collective. La voix des universitaires n’est plus audible, comme celle d’autres grands intellectuels.

Pourquoi donc tant de silence dans un pays où chaque jour, surgissent de nouveaux problèmes ? Faut-il croire que l’immensité des problèmes, ne peut que qu’imposer pareille démission ? Nous sommes tous coupables !

 28 septembre 2016
Source :  Le Monde d'Aujourd'hui

Situation politique : Il faut le dire...

28/09/2016

Le Niger est dans le creux de la vague et celui qui préside à ses destinées depuis le 20 mars 2016 à la faveur d’un coup d’État électoral ne semble pas être pleinement conscient de la situation catastrophique dans laquelle se trouve ce pays. Alors, pas du tout. Outre que les finances publiques sont dans le rouge depuis quelque temps et que les scandales financiers à coups de milliards continuent de scander la vie publique, les autorités issues de ce coup d’État électoral ont poussé le bouchon trop loin en entreprenant de démolir boutiques, alimentations et autres petits commerces. Les ruines s’étalent, indescriptibles et les personnes victimes de cette folie ne se comptent plus.

Un vrai désastre économique dont les effets se feront nécessairement sentir sur la mobilisation des ressources internes. Les mairies, déjà financièrement exsangues, vont désormais se déclarer en faillite. Il y a de quoi. Incapable de payer régulièrement les salaires de ses employés, la ville de Niamey a dû récemment se débarrasser, dans un sursaut de survie, de plus de 2000 contractuels et conseillers recrutés à la pelle. Mais cela n’a pas suffi à desserrer l’étau criminel d’une gestion kamé-kamé où les services publics de la ville sont la «propriété» de Assane Saïdou et de quelques lieutenants dont certains ont échappé à la justice grâce à leur appartenance au clan des intouchables. Eh bien, le pire est à venir. Une source bien renseignée nous apprend que l’arrondissement communal Niamey 2, qui faisait habituellement 18 millions de francs CFA par semaine n’a pu réaliser que 300 000 FCFA au bout de trois semaines que l’on imagine laborieuses. Par delà la perception des taxes et impôts qui va dégringoler, il faut savoir que des sociétés comme la Nigelec [Ndlr : la nigérienne de l’électricité] et la Seen [Ndlr : la nigérienne de l’eau] vont enregistrer des pertes colossales dans leurs recettes. Combien de compteurs d’eau et d’électricité ont été déboulonnés dans cette entreprise débile ? Ces démolitions sans discernement ne constituent-elles pas un crime économique ? Ne peut-on pas allégrement les inculper… de haute trahison ? Comme dans les affaires criminelles où la police, après avoir mis la main sur les meurtriers, les promène sur le lieu du crime, Hamidou Garba, la bombe humaine qui a été utilisée pour dynamiter Niamey et les maires, commandités pour exécuter cette sale besogne contre des populations dont ils ont requis, souvent avec obséquiosité, les suffrages, doivent être, un jour, promenés dans les rues pour constater l’étendue des dégâts qu’ils ont causés.

Le Niger va mal, très mal et pourtant, l’auteur du coup d’État électoral de mars 2016 ne semble pas s’en rendre compte. Pour lui, le Niger est un des pays d’Afrique et du monde où les habitant vivent bien, sont heureux et libres comme dans le meilleur des mondes possibles. Lorsqu’on écoute Mahamadou Issoufou parler, on a comme l’impression qu’il vogue sur des nuages, complètement déconnecté des réalités douloureuses que vivent ses concitoyens. Voici ce qu’il a dit devant les Nations Unies : « …bien que 10% de ses ressources budgétaires aient été orientées dans la défense et la sécurité, le Niger a pu réduire la pauvreté de 63% en 2011 à 45% en 2015 ; réaliser l’OMD visant la réduction de moitié des personnes qui souffrent de la faim ; réduire de manière substantielle le taux de mortalité infantile et maternelle ; réaliser l’OMD relatif à l’accès à l’eau et à l’assainissement en milieu urbain ». Puis, dans une litanie connue des Nigériens, il déclame sa chanson : « Mon ambition ceci, mon ambition cela… », oubliant qu’il chante faux et que son auditoire est essentiellement composé de ces experts qui ont régulièrement classé le Niger dernier depuis cinq ans qu’il gouverne le Niger. Le bon dernier dans le classement du PNUD en matière d’IDH est-il celui dont parle Mahamadou Issoufou ou plutôt s’agit-il d’un pays qu’il est seul à connaître ?

En vérité, les ressources prétendument volatilisées dans la sécurité et la défense d’un pays dont une partie du territoire est actuellement déclarée infréquentable et que les populations autochtones ont dû se résoudre à fuir pour ne pas finir égorgées, ont pris d’autres destinations dont il est aisé de dresser la traçabilité. Le scandale des établissements BEDIR, achetés par Mariama ElHadj Ibrahim, ministre des Enseignements primaires sortant, est un cas parmi tant d’autres qui expliquent comment on en est arrivé là où nous sommes. Selon toute vraisemblance, le Niger se trouve aujourd’hui dans une situation où, soit les citoyens ignorent le bonheur immense qu’ils doivent à Mahamadou Issoufou, le magicien qui va transformer les cases en gratte-ciel ; soit, l’homme fort du 20 mars 2016 est un homme qui doit inquiéter au plus haut point. En attendant que nous sachions où se trouve le problème et que la solution pour y remédier soit trouvée, notre pays continuera à voguer sur des eaux peu sûres suivant les directives d’un commandant qui ne rassure pas du tout.

C’est dans la déconfiture totale que Seïni Oumarou, las de devoir continuer le combat politique pour l’alternance à la tête de l’Etat, décide de cracher sur tout ce qu’il a dégagé comme principes et volonté de se battre uniquement pour le bien de son peuple qu’il entendait arracher, comme il le disait lui-même, aux griffes d’un régime satanique. Il a aujourd’hui absous ce régime satanique pour se mettre à sa disposition, désormais accroché aux humeurs changeantes d’un homme qui s’est illustré par la remise en cause de ses engagements. Il a choisi d’apporter ses soutien à un homme qui a ruiné le Niger, donnant ainsi à Mahamadou Issoufou le « pass » pour des choses encore plus vilaines. N’est-ce pas ce soutien qu’il a attendu pour entreprendre la démolition de l’économie nationale ? Mahamadou Issoufou est à plaindre, c’est certain. Mais il n’est pas certainement à plaindre autant que ceux qui savent parfaitement qui est-il, que fait-il et pourquoi. Il n’est pas autant à plaindre que Seïni Oumarou, Mahamane Hamissou Moumouni, Cheffou Amadou, Hamid Algabit, Ibrahim Yacoubou, Moussa Moumouni Djermakoye… ainsi que tous ceux qui, pour des intérêts pécuniaires et/ou autres, ont vendu le Niger sans se préoccuper des conséquences sur les populations. Car, c’est vendre son pays que d’accorder une licence à une organisation quelconque ou à des personnes, soient-elles celles qui sont aux commandes de l’Etat — Et comment, donc ? — l’auteur d’un coup d’Etat électoral, pour disposer de son pays et de ses ressources comme bon leur semble.

Au lieu de s’attaquer à la corruption, aux fraudes, à l’enrichissement illicite et effarant de ses proches qui ont ruiné le Niger, promis à un si bel avenir en 2010, Mahamadou Issoufou n’a rien trouvé de mieux à faire que de saccager l’économie du pays, mettant en faillite plusieurs milliers de concitoyens dont beaucoup, parmi les plus jeunes, n’ont d’autre alternative que de partir en exil. N’est-ce pas l’impunité qu’il offre à tous ces délinquants à col blanc qui pullulent comme têtards dans un étang qui a fondée Mariama El Hadj Ibrahim se revendiquer « soldate de la renaissance » – le comble de la prostitution politique – dont les dénonciateurs, selon elle, attendront en vain la déchéance ? N’est-ce pas sa protection et sa bénédiction qui expliquent qu’une parfaite anonyme, il y a cinq ans, puisse aujourd’hui s’offrir le complexe scolaire BEDIR dont la valeur, selon les spécialistes, dépasse la dizaine de milliards ? C’est bien sur Mahamadou Issoufou qu’elle compte pour échapper à une reddition des comptes qui est pourtant inévitable. Cette dame, qui a osé reconnaître et écrire, dans un droit de réponse à notre confrère Le Courrier, que les propriétaires de BEDIR étaient dans une situation «déboussolante», sous menace d’être expulsés du Niger sous 48 heures, ne peut qu’énerver le procureur de la République et attiser le désir des juges de l’avoir, un jour, en face.

L’Etat a été ruiné, c’est certain. C’est sur ses ruines que des individus ont construit des fortunes immenses, achetant à tour de bras établissements scolaires, immeubles et terrains de grande superficie. Demain, ce sont sur ces fortunes que l’Etat va renaître. Ce jour viendra. Ce jour-là, il ne servira à rien de se revendiquer « soldate de la renaissance ».

28 septembre 2016
Source :  Le Monde d'Aujourd'hui

Affaire favoritisme à l’Éducation de base : Quatre personnes sous les verrous, l’ex-ministre Ali Mariama toujours en liberté

28/09/2016

Neuf personnes ont été interpellées dans une affaire de « favoritisme » dans un marché public octroyé par le Ministère de l’éducation de base sous l’ère de Mme Ali Mariama Elh. Ibrahim. Les cinq sont libérés, les quatre mis sous mandat dépôt à la prison civile de Niamey. Il s’agit du directeur des marchés dudit ministère ainsi qu’un autre fonctionnaire et deux fournisseurs. Si le grief « favoritisme » fait sourire sous ce règne de la Renaissance, il n’en demeure pas moins qu’il soit une infraction prévue et punie par la loi. De ce point de vue, il n’y a rien à redire. Cependant, concernant la procédure, il y a bien un hic.

Les faits

Un appel d’offre est lancé par le ministère en charge de l’enseignement de base pour la livraison de matériels informatiques. Un des soumissionnaires remporte le marché et livre « conformément » aux termes contenus dans le dossier d’appel d’offre, selon ses proches. Des sources proches du parquet indiquent que le « problème n’est pas au niveau de la livraison » mais bien dans la manière dont le marché a été attribué. Quoi qu’il en soit, si manquement il y a eu, elle ne pourra être que d’ordre administratif. Et là, on ne peut que s’étonner du fait que la première responsable du ministère à l’époque soit toujours libre de ses mouvements. Si mauvaise attribution de marché il y a, n’est-ce pas au sommet du département, en l’occurrence, à la ministre Ali Mariama Ibrahim qu’il faut demander des comptes ? Pourtant, ce sont les exécutants qui sont écroués pendant que le pôle de décision le plus important est ignoré. C’est vrai, en sa qualité d’ancienne ministre, Mme Ali Mariama dispose d’un privilège de juridiction. Elle ne peut être traduite que devant la Haute cour de justice après sa mise en accusation par l’Assemblée nationale. C’est une procédure assez longue faut-il le reconnaître. Mais pourquoi n’avoir pas attendu de boucler cette procédure et les enquêtes nécessaires avant de jeter en prison des chefs de familles ? De plus en plus, au Niger, contrairement à la tradition du droit qui veut que la liberté soit la règle et la détention l’exception, on a comme l’impression que le régime prend un malin plaisir à envoyer en prison des brebis galeuses tant que cela ne touche pas les barons et baronnes du système. C’est le cas avec l’affaire du concours frauduleux du ministère de la Santé publique dans laquelle plusieurs fonctionnaires de l’État gardent prison et qu’une demande de mise en accusation de l’ancien ministre serait même transmise au gouvernement selon un confrère, alors que la première dame Dr Malika Issoufou dont le nom est également cité dans la même affaire n’est jusque-là pas inquiétée. Du tout. Et puis, entre nous, s’il faut emprisonner toutes les personnes présumées coupables de « favoritisme » sous cette ère de la Renaissance du président Issoufou, les prisons du Niger pourront-elles contenir le déluge humain ? Evidemment non et même si on faisait recours au Guantanamo, on ne pourra pas s’en sortir. Cela, pour dire que comme à son habitude, le régime du président Issoufou choisit ses victimes dans les rangs des « petits » fonctionnaires mais surtout de ceux qui sont fichés comme étant de l’opposition ou proches de celle-ci. Quant aux autres, ils peuvent se la couler douce pour autant que leur appartenance à la famille politique qui gouverne ne fera pas défaut, rien, absolument rien ne peut leur arriver.

Dans le même temps, les faibles et sans défense sont derrière les barreaux loin de leurs familles, comme si eux, sont moins Nigériens que les autres. Quel régime ! Diviser autant les fils d’une même nation au point de créer des clans : d’une part, ceux qui sont les justiciables voire même les proies faciles de Dame justice, et d’autre part, ceux qui sont au-dessus des lois, et qui peuvent tout se permettre, impunément. Quelle démocratie !                            

Amadou BELLO

28 septembre 2016
Source :  Le Monde d'Aujourd'hui