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Pagaille à l’Assemblée nationale: Après Hama, l’amateurisme

19/12/2014

En vingt et un jours, l’Assemblée nationale du Niger a élu deux fois un même président. La première fois, c’était le lundi 24 novembre 2014, alors que le parlement était en session budgétaire, la plénière, sans l’opposition parlementaire, avait désigné le candidat du jour, Amadou Salifou, président de l’institution avec 71 voix sur 76 votants.

Ce 15 décembre, le même scénario se reproduit : Amadou Salifou qui n’avait pu prêter serment, est élu, réélu président de la même Assemblée nationale dans un désordre indescriptible. Il aura fallu que Hama Amadou s’exile pour que le parlement nigérien tombe si bas. Aujourd’hui, le temple de la démocratie, la Maison des lois est devenue l’enfer de la démocratie, l’autoroute sur laquelle les lois de la République sont foulées au pied et allègrement piétinées. Il aura fallu que Hama ne soit plus là pour que l’Assemblée envoie à la Cour constitutionnelle des Compte rendus sans signatures autant dire des brouillons. Il aura fallu que Hama Amadou ne soit plus président pour que des huissiers franchissent les franchises – la redondance est importante – de l’Assemblée nationale afin de transmettre une candidature d’un député de l’Assemblée nationale.

Tout ça pourquoi ? Simplement pour que la volonté du président Issoufou soit faite. D’ailleurs, à la première comme à sa seconde « élection » les premiers mots du nouveau président du parlement sont destinés à « remercier » le président de la République Issoufou Mahamadou qui « tient toujours ses promesses ». Et si Issoufou a promis le perchoir de l’Assemblée au « semi analphabète » Amadou Salifou au détriment de ses alliés des premières heures, ce n’est certainement pas pour sa propre importance politique mais sans doute le poids de Albadé Abouba, le puissant ministre d’Etat à la présidence de la République, l’homme de Dosso Sogha et sur les épaules duquel repose la majorité dont se targue le gouvernement.

Ayant choisi délibérément de se défaire de son ancien principal allié le MODEN FA avec ses 24 députés, le président Issoufou est aujourd’hui comme pris en otage par le camp des 13 dissidents du MNSD-Nassara conduit par Albadé Abouba. Si jamais ce groupe rejoint les 49 députés de l’opposition, le chef de l’Etat va inéluctablement se retrouver en cohabitation. Pour ceux qui ne le comprenaient pas, c’est cela qui fait la force de Albadé Abouba au point où les mauvaises langues le présentent comme un homme plus fort que Mohamed Bazoum, le président du PNDS- Tarayya, le parti qui a porté Issoufou au pouvoir.

Le ministre Albadé tient si fortement à l’élection de son poulain qu’il a dû quitter les festivités préliminaires du 18 décembre à Dosso et dont il a l’entière charge pour assister à la seconde élection du président de l’Assemblée. Preuve qu’il ne voulait pas prendre le risque de se fier à la parole donnée (zut !) du président Issoufou. Albadé a préféré « superviser » les travaux du parlement, ou disons, de la majorité parlementaire. Et ça a payé puisque le résultat s’est amélioré d’une voix. Le vote ayant donné : 72 voix Pour, 1 Contre et 1 Abstention même si on doit reconnaître que le nombre de votants a baissé passant de 76 à 74. L’opposition ayant boycotté les 2 élections.

Quelles bases juridiques pour la seconde élection du président de l’AN ? Le parlement nigérien est sinistrement devenu une jungle où la force de la loi est remplacée par la force sur la loi. Fort de sa relative majorité, le régime n’en fait qu’à sa tête Peu importe ce que disent ou ne disent pas la Constitution et le Règlement intérieur de l’Assemblée, tant que la volonté du chef  Pagaille à l’Assemblée nationale Après Hama, l’amateurisme suprême sera faite, tous les moyens sont bons. La loi est si méprisée que même la Cour constitutionnelle a de plus en plus de mal à trancher les litiges juridiques entre majorité et opposition.

En tout cas, ce n’est pas l’Arrêt n°18 du 11 décembre 2014 qui dira le contraire. Arrêt, dans lequel le juge constitutionnel a décidé ne pas être en mesure de valider ni invalider l’élection de Amadou Salifou. Est-ce vraiment ce que le président Issoufou et son régime veulent pour le Niger : que les institutions de la République soient banalisées au point de n’avoir aucune espèce de valeur aux yeux des citoyens ? A l’heure où les « grands » du monde tentent de faire comprendre que l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts mais d’institutions fortes, au Niger on magnifie le président de la République Issoufou Mahamadou à longueur de journée et dans le même temps on pousse les institutions à des actes qui les discréditent de manière cinglante. Pauvre Niger !

À propos de l'Auteur Ibrahim AMADOU (Le Monde d’aujourd’hui N°106 )